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Des chercheuses et chercheurs de Concordia et de la SAT mettent au point des outils de création numériques à code source libre à l’intention des artistes

« La SAT ne se contente pas de présenter l’IA comme une boîte noire hermétique. Nous donnons aux artistes et aux créateurs les moyens de comprendre, de tester et de façonner les systèmes directement »
17 avril 2026
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Jean-Michaël Celerier : « Nous apportons des améliorations continues aux outils de développement de logiciels embarqués conçus pour les arts médiatiques. » | Photo : Société des arts technologiques
Jean-Michaël Celerier : « Nous apportons des améliorations continues aux outils de développement de logiciels. » | Photo : Société des arts technologiques

« Les artistes sont à la recherche d’outils pouvant leur permettre de tirer parti de la puissance des modèles d’IA tout en garantissant la sécurité de leurs données et leur stockage dans des serveurs locaux », affirme Jean-Michaël Celerier, directeur du développement technologique à la Société des arts technologiques (SAT) de Montréal et diplômé du programme de recherche postdoctorale de la Faculté des beaux-arts de l’Université Concordia.

Cette préoccupation que partagent Concordia et la SAT est à l’origine d’une fructueuse collaboration combinant recherche, création et conception d’outils. Dans ce contexte, le rôle de Jean-Michaël Celerier consiste à diriger les efforts visant à concevoir des outils alliant IA générative, vision par ordinateur et technologies immersives, tout en tenant compte des enjeux éthiques et artistiques liés au recours à l’IA en création artistique.

Jean-Michaël Celerier. | Photos avec l'aimable autorisation de Jean-Michaël Celerier Jean-Michaël Celerier. | Photos avec l'aimable autorisation de Jean-Michaël Celerier

Les artistes aux commandes

La SAT a récemment lancé plusieurs outils à code source libre centrés sur les artistes, conçus pour soutenir le processus créatif tout en permettant aux artistes de garder le contrôle sur leurs données, leurs droits d’auteur et leur flux de travail. Plutôt que de faire appel à des plateformes commerciales opaques, cette approche permet aux artistes d’héberger leurs œuvres sur leurs propres serveurs.

« Nous apportons des améliorations continues aux outils de développement de logiciels embarqués conçus pour les arts médiatiques, et nous nous efforçons de donner aux artistes les moyens de s’approprier des outils utilisables avec des systèmes extrêmement compacts », indique Jean-Michaël Celerier.

À Concordia, les travaux de Jean-Michaël Celerier ont porté sur ossia, un outil intermédia libre qu’il a exploré en collaboration avec la chaire de recherche sur les pratiques critiques en matérialité. Ce projet est dirigé par Alice Jarry, professeure agrégée de design et d’arts numériques.

« Notre objectif était d’intégrer ossia à des appareils et à des systèmes embarqués et de travailler à la conception d’une solution de rechange à faible consommation d’énergie aux outils communément utilisés par les étudiants », ajoute Jean-Michaël Celerier.

Le dispositif artistique participatif Ballets résiduels réalisé dans le cadre du doctorat de l’artiste-chercheur, Brice Ammar-Khodja mené entre l’Université Concordia et l’Université Paris, Sciences et Lettres, met en œuvre cette démarche. Ce projet de recherche-création développé en collaboration avec Jean-Michaël Celerier intègre ossia au cœur d’un projet d’exploration de la contamination métallique des sols dans un ancien site contaminé Montréalais. Ce projet montre que de puissants systèmes créatifs peuvent fonctionner au moyen d’un matériel minimaliste.

Mené à l’aide d’un Raspberry Pi Zero 2 W – un micro-ordinateur monocarte ultra-compact –, le projet se cartographie en temps réel grâce à un GPS, traite les sons, génère une rétroaction haptique et diffuse des odeurs. Alimenté par la batterie d’un téléphone, le processus peut se prolonger pendant des heures.

Des systèmes portables que l’on peut entraîner

Cette priorité accordée aux systèmes légers s’inscrit dans une évolution plus générale amorcée à la SAT. Ainsi, Jean-Michaël Celerier et l’équipe de recherche de la SAT se concentrent désormais presque exclusivement sur l’IA en libre accès et locale.

« Au cours des deux prochaines années, nous mènerons des projets de recherche-création visant à étudier les façons dont les artistes utilisent les outils à code source libre pour explorer de nouvelles avenues créatives », déclare Edu Meneses, directeur de la recherche à la SAT.

« Les outils à code source libre nous donnent la possibilité de développer des systèmes entièrement locaux, ce qui nous procure un contrôle total sur les données, y compris sur la manière dont l’IA les génère, poursuit-il. C’est là un aspect essentiel qui nous permet d’utiliser efficacement une IA spécialement adaptée à la pratique artistique. »

L’IA entraînable permet aux artistes d’obtenir des résultats conformes à leur propre style, renchérit-il, avec des avantages tels que la portabilité, la pérennité et un meilleur accès pour les communautés historiquement marginalisées.

Un soutien aux étudiantes et étudiants en art

Cette collaboration devrait également prendre de l’ampleur à Concordia. On prévoit en effet solliciter une participation plus directe des étudiantes et étudiants grâce à un cours intensif d’été sur l’IA et la créativité. Ce cours en studio sera animé par Christian Beltrami, premier expert en résidence en IA de l’Université.

Selon Christian Beltrami, l’objectif est d’amener les étudiantes et étudiants à aborder l’IA comme un moyen d’expression souple et expressif.

« Nous souhaitons que les étudiants explorent l’IA en tant que système créatif multimodal. Cela signifie étudier de quelles façons les mouvements du corps, les gestes, la voix, le style et même les émotions peuvent constituer des données d’entrée qui génèrent des résultats tels que des images, de la musique, des requêtes, des univers en 3D et des récits. »

L’expert ajoute que cette approche met l’accent sur l’expérimentation et la transparence.

« La SAT ne se contente pas de concevoir l’IA comme une boîte noire hermétique. Nous mettons en place des moyens permettant aux artistes d’explorer physiquement l’espace latent de l’IA et, ce faisant, de s’éloigner des résultats génériques et prévisibles pour découvrir des vocabulaires artistiques totalement nouveaux et inexplorés. »

Cette évolution vient également selon lui redéfinir la pratique créative.

« Nous ne nous demandons pas seulement ce que l’IA peut générer, mais comment le corps, l’espace et la performance peuvent servir d’interface créative. Ces possibilités ne sont pas purement théoriques : elles peuvent être explorées à l’aide d’outils qui relient en temps réel gestes, postures, sons, images et espaces. »

Le cours intensif d’été sur l’IA et la créativité se déroulera du 11 mai au 1er juin 2026. Les inscriptions sont maintenant ouvertes. Pour en savoir plus ou pour vous inscrire, rendez-vous sur la page Web du cours.


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