Les pénuries de neige dans l’ouest et le sud du Canada pourraient avoir une incidence sur la quasi-totalité de la population canadienne, révèle une étude de l’Université Concordia
Une équipe de recherche de l’Université Concordia a mis au point une nouvelle méthode pour mesurer la quantité d’eau utilisable contenue dans le manteau neigeux. Cette technique globale, appelée « disponibilité de l’eau provenant de la neige », s’appuie sur des données satellites et des techniques de réanalyse climatique pour calculer l’épaisseur, la densité et la couverture de neige sur une grande partie du Canada et de l’Alaska.
« Cette technique permet de quantifier l’eau disponible là où il y a un manteau neigeux. Il est essentiel de savoir où se trouve cette neige, car l’endroit où l’eau s’écoulera après la fonte dépend de l’emplacement initial du manteau neigeux », explique l’auteur principal de l’étude, Ali Nazemi, professeur agrégé au Département de génie du bâtiment, civil et environnemental de l’École de génie et d’informatique Gina-Cody.
Les données recueillies à l’aide de cette méthode montrent que la quantité d’eau utilisable provenant de la neige a fortement diminué dans les régions des Rocheuses canadiennes, où se trouvent les sources des principaux cours d’eau. Ces régions ne représentent que 3 % de l’ensemble du territoire canadien, mais si l’on ajoute les baisses moins importantes observées ailleurs, ces changements touchent un quart du territoire canadien et 86 % de la population. Selon le Pr Nazemi, cette situation a des conséquences sur l’agriculture, l’hydroélectricité, le transport maritime, les loisirs et les communautés autochtones.
« Il s’agit d’une sécheresse insidieuse, une sécheresse qui peut être très difficile à déceler jusqu’à ce que l’on se retrouve en pleine crise », souligne le chercheur. Les sécheresses survenues dans le sud de l’Ontario et du Québec (2012) et dans l’ouest du Canada (2015) illustrent à quel point les pénuries d’eau peuvent s’aggraver rapidement.
Les résultats ont été publiés dans la revue Communications Earth & Environment du groupe Nature.
« Une sécheresse insidieuse peut être très difficile à déceler jusqu’à ce que l’on se retrouve en pleine crise », prévient le Pr Ali Nazemi.
Un assèchement en haute comme en basse altitude
L’évolution du manteau neigeux a été particulièrement marquée dans les régions de moyenne altitude des Rocheuses. La diminution de l’épaisseur de la neige s’est révélée le principal facteur à l’origine de la baisse de la disponibilité de l’eau provenant de la neige dans ces régions.
Les bassins hydrographiques les plus touchés sont celui de l’Okanagan et de la Similkameen situé au cœur de la Colombie-Britannique; celui de l’Assiniboine et de la Rouge traversant la Saskatchewan et le Manitoba; de même que celui de la Saskatchewan, qui s’étend sur une vaste région allant des Rocheuses aux Prairies jusqu’au lac Winnipeg et au-delà.
La région de l’Okanagan et de la Similkameen, peu étendue et densément peuplée, dépend fortement de la fonte des neiges en montagne pour satisfaire ses besoins en eau. Le stockage de neige dans cette région a considérablement diminué au cours des deux décennies visées par l’étude.
Par ailleurs, les bassins de l’Assiniboine et de la Rouge ainsi que de la Saskatchewan montrent l’effet cumulatif de faibles réductions de la couverture neigeuse sur de vastes territoires. Selon l’équipe de recherche, ces résultats révèlent que des pertes apparemment négligeables de l’eau provenant de la neige peuvent entraîner de graves conséquences à long terme.
Plus de neige au nord, moins d’eau au sud
Contrairement aux méthodes traditionnelles utilisées pour mesurer l’eau stockée dans le manteau neigeux, celle axée sur la disponibilité de l’eau provenant de la neige permet de mesurer les changements rapides de la couverture neigeuse entre le début et la fin de la saison neigeuse. En analysant la profondeur, la densité et la couverture neigeuse à l’aide de quadrillages de 25 km2 (environ 18 000 quadrillages couvrant un territoire de 4,5 millions de km2), les chercheurs ont pu rendre compte des subtilités régionales telles que les pentes, les types de terrain et la répartition inégale de la couverture neigeuse à l’échelle annuelle, saisonnière et mensuelle.
Le Pr Nazemi souligne que, contrairement à la croyance populaire, la quantité totale d’eau provenant de la neige au Canada a en fait augmenté, en particulier dans les régions nordiques et près de la côte arctique. Le réchauffement des températures a entraîné le recul de la banquise de l’océan Arctique, libérant ainsi davantage d’humidité dans l’atmosphère. Cette humidité peut retomber sous forme de neige dans les régions intérieures où il fait plus froid, mais elle ne contribue pas nécessairement au cycle hydrologique dont dépendent les populations et les activités socioéconomiques canadiennes.
« L’effet asymétrique de cette sécheresse, où une baisse considérable de 3 % de la SWA peut avoir des répercussions sur 26 % des terres abritant 86 % de la population, montre qu’il est impératif de réévaluer notre système de gestion de l’eau », estime le Pr Nazemi.
Ont collaboré à cette recherche Robert Sarpong (M. Sc. 2025) et Amir AghaKouchak, de l’Université de la Californie à Irvine.
Cette étude a été financée par le fonds canadien Nouvelles frontières en recherche – volet Exploration et le Programme de subventions à la découverte du Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie du Canada.
Lisez l’article cité : « Creeping snow drought threatens Canada’s water supply ».