Lorsqu’ils sont adéquatement financés, les projets de conservation menés par les Autochtones donnent lieu à des résultats équivalents ou supérieurs aux autres projets similaires, selon une nouvelle étude
Selon une nouvelle étude menée par des chercheuses et chercheurs de l’Université Concordia, les programmes de conservation pilotés par des Autochtones et financés par le gouvernement fédéral donnent d’excellents résultats en matière de climat et de biodiversité, qui s’inscrivent dans les objectifs nationaux de réduction des émissions de gaz à effet de serre et de préservation de la biodiversité.
Dans un article publié dans la revue Earth’s Future, l’équipe de recherche affirme que ces programmes menés par des Autochtones, connus sous le nom de solutions fondées sur la nature (SfN), peuvent être tout aussi efficaces, voire plus, que les mesures prises par les parcs nationaux et provinciaux en matière de stockage du carbone et de conservation de la biodiversité.
« La plupart des connaissances que nous avons sur les efforts de conservation menés par les Autochtones proviennent de pays tropicaux », indique Camilo Alejo, auteur principal et chercheur postdoctoral au Département de géographie, urbanisme et environnement. « Nous avons donc voulu explorer les retombées du soutien gouvernemental sur les projets menés par des Autochtones au Canada. »
Comparaison de vastes zones
L’étude examine deux SfN pilotées par des Autochtones : les aires protégées et de conservation autochtones (APCA) et le programme des gardiens autochtones.
Établies en 2018, les APCA couvrent de vastes régions terrestres et aquatiques dans les Territoires du Nord-Ouest. Elles sont administrées par les nations locales selon les lois et traditions autochtones et permettent aux peuples qui y vivent de maintenir leur lien avec ces territoires. Les deux APCA étudiées par l’équipe de recherche – Thaidene Nëné, sur la rive est du Grand lac des Esclaves, et Edéhzhíe, à l’ouest – représentent ensemble une superficie de quelque 40 000 kilomètres carrés.
Le programme des gardiens autochtones, doté d’un budget de 125 millions de dollars, a été lancé en 2017. Il a financé plus de 240 projets qui sont en quelque sorte « les yeux et les oreilles sur le terrain » des peuples autochtones. Les gardiens surveillent la santé écologique et assurent l’entretien des sites culturels ainsi que la protection des zones et des espèces sensibles. Tous ces projets sont pilotés par des communautés des Premières Nations, inuites ou métisses.
Pour mener cette étude, les chercheuses et chercheurs ont combiné des données prélevées à l’échelle nationale sur les forêts, la végétation, les sols, l’habitat faunique et l’utilisation des terres avec des informations sur les projets menés par les Autochtones et financés entre 2018 et 2020.
Ils ont comparé trois types de terres : les territoires autochtones financés par le gouvernement, les territoires sans financement fédéral et les territoires protégés classiques comme les parcs nationaux ou provinciaux.
Au moyen de l’analyse géospatiale, l’équipe a pu cartographier le carbone stocké dans les plantes et les sols afin d’établir un indice de biodiversité tenant compte de la richesse des espèces, de leur rareté et de leur intégrité écologique. Le recours à des méthodes statistiques fournissant un portrait plus clair des effets de la gouvernance autochtone sur les territoires sous gestion autochtone a permis d’obtenir une comparabilité optimale entre les différentes zones terrestres étudiées.
Enfin, les membres de l’équipe de recherche ont analysé les descriptions des projets menés par des Autochtones afin de dégager des thèmes communs. Trois thèmes principaux ont émergé : les pratiques de gestion, notamment les pratiques traditionnelles de brûlage dirigé, l’échange de connaissances et l’adaptation climatique.
Ces analyses ont montré que les projets menés par les Autochtones et financés par le gouvernement fédéral en matière de stockage du carbone et de préservation de la biodiversité ont donné des résultats équivalents ou supérieurs à ceux obtenus dans les zones fédérales et provinciales protégées. Ainsi, de 2017 à 2020, les projets menés par les Autochtones ont mené à une réduction de la perte de carbone considérablement plus importante que dans ces autres zones, tout en maintenant la biodiversité à un niveau stable. Il s’agit là d’une amélioration des tendances en matière d’émissions de carbone par rapport à la période antérieure au financement.
L’étude n’avait pas pour but de déterminer les causes de l’augmentation ou de la diminution des émissions, mais tout porte à croire que la transformation des terres attribuable à l’activité humaine comme l’exploitation forestière et les incendies de forêt y contribue.
Enjeux frontaliers
L’équipe de recherche a remarqué que les descriptions des projets de conservation établissaient souvent un lien entre les avancées environnementales et la gouvernance autochtone, la transmission intergénérationnelle des connaissances et les projets d’adaptation climatique et de préservation de la biodiversité.
Cependant, elle affirme également que les problèmes persistants liés au régime foncier, à la propriété et aux compétences territoriales risquent de compliquer les efforts de conservation.
« Cette étude montre que les projets de conservation menés par les Autochtones constituent un mécanisme efficace permettant de générer des résultats avantageux sur le plan environnemental », conclut Damon Matthews, coauteur et professeur au Département de géographie, urbanisme et environnement.
« Le financement public contribue à améliorer ces résultats. Mais nous devons également nous pencher sur les enjeux liés au régime foncier et au contrôle des terres. »
Graeme Reed, conseiller stratégique à l’Assemblée des Premières Nations et chercheur postdoctoral à l’Université York, a contribué à cette étude.
Cette étude a bénéficié du soutien du Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie du Canada et de Microsoft.
Lisez l’article cité : « Indigenous-Led Nature-Based Solutions Align Net-Zero Emissions and Biodiversity Targets in Canada ». and Biodiversity Targets in Canada »