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Concordia lance le groupe de travail sur le racisme contre les Noirs

L’Université répond ainsi aux appels mondiaux et locaux à la prise de mesures pour examiner et enrayer les problèmes systémiques
29 octobre 2020
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En mai 2020, à la suite du meurtre de George Floyd, précédé de ceux de Breonna Taylor et d’Ahmaud Arbery plus tôt dans l’année, le monde a commencé à entendre des appels renouvelés à l’action pour que soit abordé et enrayé le racisme systémique contre les Noirs, demandes qui s’alignent avec les revendications du mouvement Black Lives Matter.

Les mêmes préoccupations ont été exprimées par des Montréalais et Montréalaises, y compris des groupes communautaires et des membres de la communauté de Concordia qui réclamaient que les établissements écoutent leurs mandants et prennent des mesures pour aider à éradiquer le racisme systémique.

Assumant ses responsabilités à l’égard des membres de sa communauté, reconnaissant que le statu quo est inacceptable et imaginant le type d’avenir qu’elle souhaite créer, Concordia lance le groupe de travail du recteur sur le racisme contre les Noirs.

« Durant l’été 2020, j’ai commencé à tenir des réunions avec des professeurs, des employés, des étudiants et des diplômés noirs », relate Anne Whitelaw, vice-rectrice exécutive aux affaires académiques par intérim.

« Ils et elles exprimaient des sentiments semblables à ceux qui se dégageaient partout dans le monde de Black Lives Matter ainsi que du rapport du groupe de travail sur l’équité, la diversité et l’inclusion de Concordia, à paraître sous peu. Il était clair que l’expérience universitaire n’offrait pas un accès égal aux yeux de bon nombre de nos étudiants, professeurs et employés noirs.

« À la lumière de ces réunions, dont plusieurs se sont tenues en présence du recteur Graham Carr, nous savions qu’il était nécessaire de lancer un groupe de travail pour nous assurer que Concordia incarne les idéaux auxquels elle adhère, qu’elle soit une université diversifiée et accueillante pour les membres de la communauté noire », poursuit Mme Whitelaw.

Engager le dialogue afin d’induire un changement positif

Depuis ces rencontres initiales, Anne Whitelaw a continué de mener de vastes consultations et de collaborer à la mise sur pied du groupe de travail du recteur sur le racisme contre les Noirs. Celui-ci comprend trois codirecteurs, une équipe de direction de 15 personnes ainsi que huit sous-comités.

Le mandat du groupe de travail consiste à superviser et à coordonner les efforts nécessaires à l’établissement de recommandations pour vaincre le racisme systémique contre les Noirs qui se manifeste dans tous les aspects de la vie universitaire – les politiques, les pratiques d’enseignement et d’apprentissage ou encore les expériences vécues par des membres du corps professoral, du personnel et de l’effectif étudiant.

Le groupe de travail collaborera avec le conseil directeur sur les directions autochtones et, par la suite, avec le Bureau de l’équité en vue de formuler des recommandations qui s’attaquent au racisme systémique de manière intersectionnelle.

Composition transversale du groupe de travail

Trois codirecteurs

  • Angélique Willkie, professeure agrégée de danse contemporaine, Faculté des beaux-arts
  • Stéphane Brutus, professeur de management, École de gestion John-Molson
  • Annick Maugile Flavien, coordonnatrice fondatrice du Bureau des perspectives noires

Une équipe de direction de 15 personnes

  • Étudiantes et étudiants du 1er cycle et des cycles supérieurs : Harvin Hilaire, étudiante au 1er cycle; Lisa Ndejuru, étudiante aux cycles supérieurs
  • Représentantes et représentants des diplômés, des syndicats et des associations étudiantes : Evan Pitchie, diplômé de Concordia; Linda Dyer, représentante de l’Association des professeurs de l’Université Concordia; Jacqueline Peters, représentante de l’Association des professeures et professeurs à temps partiel de l’Université Concordia; Sarah Mazhero, représentante de l’Union des étudiants et étudiantes de Concordia
  • Membre du Caucus noir de Concordia : Jamilah Dei-Sharpe, coordonnateur du Caucus noir de Concordia
  • Responsables des huit sous-comités

Les huit sous-comités et leurs responsables

  • Sécurité sur les campus : Lisa White, Bureau des droits et des obligations
  • Éducation antiraciste : Sharon Nelson, École de gestion John-Molson
  • Histoire de Concordia et relations avec les communautés noires : Annick Maugile Flavien, Bureau des perspectives noires
  • Programmes d’études et ressources pédagogiques : Françoise Naudillon et Angela Kross, Faculté des arts et des sciences
  • Services aux étudiants : Lisa Ndejuru, doctorante, Faculté des arts et des sciences
  • Développement du corps professoral : Linda Dyer, École de gestion John‑Molson; Roch Glitho, École de génie et d’informatique Gina‑Cody
  • Initiatives en matière d’emploi : Jacqueline Peters, Faculté des arts et des sciences
  • Collecte de fonds : Andrea Clarke, Bureau de l’engagement communautaire

Le groupe de travail établira la composition finale des sous-comités, définira leur mandat et présentera un plan de travail préliminaire à la vice-rectrice exécutive aux affaires académiques par intérim avant le 30 novembre 2020.

En avril 2021, la vice-rectrice exécutive aux affaires académiques par intérim recevra un rapport d’étape sur les travaux des sous-comités où seront énoncées des mesures à prendre immédiatement.

Au plus tard en avril 2022, le recteur recevra une liste complète de recommandations et des plans d’action plans pour vaincre le racisme contre les Noirs à Concordia.

Les codirecteurs Stéphane Brutus, Annick Maugile Flavien et Angélique Willkie partagent leurs réflexions, leurs expériences et leurs espoirs à l’égard du groupe de travail.

Comment définissez-vous le racisme contre les Noirs?

Annick : En gros, le racisme contre les Noirs est un ensemble de préjugés, de violences, de croyances et de comportements discriminatoires à l’endroit des communautés noires. Dans le contexte de l’Université, le racisme contre les Noirs s’exprime sur le plan interpersonnel dans les interactions entre les membres de la communauté et, à une plus grande échelle, dans des politiques et des pratiques institutionnelles qui excluent et isolent les communautés et les perspectives noires tout en normalisant et en rendant invisible le racisme contre les Noirs aux yeux des communautés non noires.

Je dis « en gros » parce qu’il est important de réaliser que le racisme contre les Noirs évolue et s’adapte sans cesse. C’est ainsi qu’il a pu survivre depuis les débuts de l’esclavage des Noirs et se muter en diverses formes.

Qu’est-ce qui vous emballe le plus dans la création du groupe de travail?

Angélique : À la fois le sentiment de vivre un moment charnière et l’impressionnante ampleur de la tâche devant nous.

Je suis consciente du caractère historique du moment, et je suis fière et honorée d’assumer cette responsabilité au nom de ma communauté. Pour moi, c’est aussi l’idée de pouvoir changer la vie d’étudiants, d’employés et de professeurs de toute l’Université.

Le groupe de travail nous donne l’occasion de jeter un regard lucide sur l’Université à travers les yeux de sa communauté noire et de remettre en question les principes qui animent notre établissement. Pour moi, il s’agit d’abord et avant tout de nous assurer d’être vus, entendus et pris en compte – et non pas simplement rendus invisibles. Et enfin, dans mon cas, c’est la possibilité de tirer profit de ma permanence à titre de professeure noire pour autre chose que seulement assurer ma sécurité d’emploi. 

Annick : À la petite échelle du contexte de l’Université, le groupe de travail du recteur sur le racisme contre les Noirs est un projet emballant, car il élimine les silos entre les nombreux membres noirs phénoménaux de la communauté de Concordia ainsi que leurs alliés. Nous qui luttons toutes et tous contre le racisme à l’égard des Noirs dans nos différents secteurs pouvons ainsi imaginer une stratégie depuis le cœur même notre établissement, laquelle fera inévitablement des vagues dans l’ensemble de l’Université.

À plus grande échelle, le groupe de travail représente un virage important dans le dialogue. Les perspectives des Noirs sont maintenant entendues et crues; elles sont jugées précieuses et dignes d’attention, de ressources et d’action. Il s’agit d’un changement considérable par rapport à des générations de violence contre les communautés noires et d’effacement de leurs expériences.

Stéphane : Nous engageons au sein de l’établissement une conversation qui est d’actualité et si nécessaire. En même temps, nous tirons avantage du formidable capital intellectuel de Concordia et de son cadre pédagogique unique pour transformer la conversation en mesures concrètes.

Comment avez-vous défini les secteurs d’intervention des sous-comités du groupe de travail?

Annick : Les codirecteurs du groupe de travail consultent la communauté noire de Concordia depuis plusieurs mois. Les sous-comités reflètent les besoins, les désirs et les demandes de la communauté. Leurs secteurs d’intervention ont été formulés de concert avec le Caucus noir de Concordia.

Dans l’ensemble, comment caractériseriez-vous la vie universitaire actuelle des étudiants, des employés et des professeurs noirs de Concordia?

Angélique : En toute honnêteté, je n’ai personnellement vécu aucune expérience négative à Concordia du fait d’être noire. Cependant, j’ai été témoin de manques de sensibilité qui pourraient certainement avoir été vécus comme des microagressions. C’est sur ce plan, je crois, que réside surtout la gêne et où le besoin de sensibilisation et de changement est le plus grand.

Encore une fois, je pense que cela a à voir avec l’aveuglement et la présomption de l’universalité des expériences qui découlent du fait d’appartenir à la « norme » raciale, culturelle et économique. Bien qu’il ne s’agisse pas d’une intention délibérée, cette « norme » et l’universalité présumée qui nous rend invisibles imposent une dynamique de pouvoir qui est ressentie et réelle.

Deux fois durant mes cinq années à Concordia, des étudiants noirs de mon département m’ont mentionné qu’ils n’avaient jamais eu de professeur noir auparavant. Ils regrettaient de ce fait de ne pas pouvoir se voir dans ce qui était projeté soit par ma discipline particulière (la danse contemporaine) soit par l’Université. Or, ces deux étudiants ont fini par quitter notre établissement! 

Annick : Isolée. Notre communauté est cloisonnée, sous-représentée, et nos perspectives sont essentiellement gommées du paysage universitaire. Les réussites personnelles des membres noirs de la communauté de toute l’Université demeurent largement personnelles et dépendent souvent de notre capacité à endurer le racisme à notre égard et à suivre des normes hégémoniques. De nombreux membres nous ont confié que bien qu’ils puissent aimer beaucoup faire partie de la communauté universitaire, ils ont l’impression de devoir laisser leur caractère noir au vestiaire pour jouir d’une pleine participation. Ils sont incapables de nourrir un véritable sentiment d’appartenance.

Stéphane : Comme Angélique, durant mes plus de 20 ans à Concordia, je ne me souviens d’aucun moment où la couleur de ma peau a pu poser problème. Toutefois, je suis conscient que mon expérience personnelle de Concordia ne peut être généralisée.

Il existe des milliers d’expériences de Concordia, et dans certaines d’entre elles, il y a des problèmes à aborder. Si j’ai accepté de siéger au groupe de travail, c’est que je souhaitais mieux comprendre les expériences de divers membres de la communauté et faire de mon mieux pour les aider à vivre une expérience semblable à la mienne.

Suffit-il d’embaucher simplement davantage d’employés et de professeurs noirs?

Angélique : Absolument pas. Il est essentiel d’avoir un plus grand nombre d’employés et de professeurs noirs, mais il importe aussi que certaines de ces personnes occupent des postes d’autorité à l’Université. Le travail sur les ressources éducatives entourant les microagressions est un autre élément clé. J’estime aussi que l’enseignement des contributions des Noirs à la recherche ne devrait pas exiger des professeurs noirs! Les savoirs noirs doivent faire partie des programmes d’études de toutes les facultés, qu’elles comportent ou non des programmes d’études des Noirs de diverses formes.

Annick : Embaucher davantage d’employés et de professeurs noirs est une étape préalable à l’intégration du savoir et des perspectives noires dans tous les aspects de l’Université, une tâche beaucoup plus grande. Il ne s’agit pas seulement d’une nécessité de représentation, mais plutôt d’un changement de mentalité. L’Université ne doit pas être « daltonienne » et insensible aux injustices du monde. En tant que partie prenante de la société, l’Université doit s’attaquer au racisme systémique, ce qui nécessite une reconnaissance profonde des réalités, des perspectives et des connaissances des Autochtones, des Noirs et des personnes de couleur.

Stéphane : Nous devons jeter un regard élargi sur le racisme. Il s’agit d’un enjeu complexe aux facettes multiples. Oui, Concordia se doit de représenter la société dans laquelle elle plonge ses racines, mais le groupe de travail vise bien plus que cela – entre autres reconnaître l’histoire et sensibiliser les gens à cette question tant au sein de l’Université qu’à l’extérieur, par l’éducation. Bref, les genres de choses qu’aborderont les huit sous-comités.

Craignez-vous que les établissements attendent que le mouvement Black Lives Matter disparaisse des manchettes pour revenir au statu quo?

Angélique : Bien entendu! C’est une des raisons pour lesquelles j’ai répondu présent! Je ne me considère pas normalement comme une militante, même si mes convictions sont claires. Mais je suis consciente que si nous ne profitons pas du moment – à Concordia aussi! – ce sera une occasion manquée. Il est essentiel que la pression soit maintenue, et le groupe de travail est un élément clé pour y parvenir. 

Annick : Comme pour tous les mouvements, le temps a le don de faire ressortir la profondeur véritable de l’engagement. Il est inévitable que nous assistions à un abandon graduel de la part des établissements dont l’engagement relève surtout de la performance. Or, je n’entrevois pas ce problème à Concordia, car notre communauté noire est largement ancrée dans tous les secteurs de l’Université. Nous n’avons pas été embauchés pour livrer une performance. Nous sommes toutes et tous des membres de longue date de la communauté de Concordia et avons toujours été dévoués à son avenir. Nous n’avons aucune intention de reculer.

Stéphane : Je ne pense pas. L’un des aspects les plus intéressants de ce mouvement est son ampleur. Comparez des photos du premier mouvement pour les droits civiques avec celles des manifestations Black Lives Matter.

Ce mouvement traverse de nombreux segments de la société, réunissant entre autres des gens de races et d’âges différents. Il est également planétaire. Une fois que vous êtes conscientisé au sujet d’une réalité, il est difficile de vous « déconscientiser ». Il faut être optimiste.   

Comment imaginez-vous une université où un groupe de travail sur le racisme contre les Noirs ne serait plus nécessaire?

Angélique : Ce serait une université où tous les étudiants et étudiantes peuvent se reconnaître dans le personnel, le corps professoral et les services qui les entourent. Où la spécificité de leur expérience historique et sociale est reconnue. Où les nombres d’employés et de professeurs noirs reflètent la proportion des Noirs au sein de la population montréalaise. Où les apports des penseurs, des chercheurs et des érudits noirs sont abordés sans qu’il soit nécessaire de créer des programmes précis pour que leur travail soit reconnu. 

Annick : Si nous avons besoin d’un groupe de travail sur le racisme contre les Noirs, ce n’est pas parce que ce racisme existe dans le monde, mais plutôt parce que jusqu’à maintenant, l’Université n’avait pas de systèmes administratifs en place pour entendre les Noirs, leur fournir du soutien et lutter contre le racisme qu’ils subissent dans sa propre structure et ailleurs.

L’Université ne peut balayer sous le tapis les questions raciales et garder les bras croisés face à l’injustice. Il est de son devoir de participer activement au démantèlement du racisme tant interpersonnel que systémique. Lorsqu’elle aura assumé pleinement cette responsabilité, un groupe de travail sur le racisme contre les Noirs ne sera plus nécessaire, car nos perspectives seront dûment considérées dans tous les domaines.


Prenez un moment pour en apprendre davantage sur le nouveau
Bureau des perspectives noires de Concordia.

 



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