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Le nouveau documentaire d’un professeur de Concordia dévoile l’histoire cachée de la population irlandaise du Québec

Lost Children of the Carricks, de Gearóid Ó hAllmhuráin, sera présenté en première le 24 janvier au théâtre D.-B.-Clarke
14 janvier 2020
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Gearóid Ó hAllmhuráin : « J’ai voulu réaliser un film du point de vue d’une seule famille pour aider les gens à comprendre que l’histoire est le lien qui nous unit. »

Bien des gens au sein de la population québécoise ont des racines en Irlande. Mais que sait-on du parcours qui a mené leurs ancêtres jusqu’ici?

Un nouveau film, Lost Children of the Carricks: Defying the Great Irish Famine to Create a Canadian Legacy (« enfants perdus du Carricks : défier la Grande Famine irlandaise pour créer un héritage canadien »), apporte un éclairage inédit sur cette question.

Le documentaire a été écrit et réalisé par Gearóid Ó hAllmhuráin, professeur à l’École des études irlandaises de l’Université Concordia et titulaire de la chaire Johnson en études canado-irlandaises au Québec.

Il jette un regard personnel sur le pénible voyage entrepris par les immigrants arrivés d’Irlande au milieu de XIXe siècle et la transmission de ce récit aux générations qui ont suivi les survivants du périple.

Lost Children of the Carricks sera présenté en première au théâtre D.-B.-Clarke de Concordia le 24 janvier dans le cadre d’une activité-bénéfice de la Fondation canadienne d’études irlandaises. Il s’agit également de la projection d’ouverture de la 28e saison de la série de films irlando-montréalais de Ciné Gael.

« J’ai voulu réaliser un film du point de vue d’une seule famille pour aider les gens à comprendre que l’histoire est le lien qui nous unit. Et je voulais montrer l’interconnexion des événements en présentant un contexte plus large », explique M. Ó hAllmhuráin.

Ayant a découvert l’histoire d’une famille qui a fait le voyage de l’Irlande au Québec, il s’est donné pour mission de la raconter.

Gearóid Ó hAllmhuráin, professeur à l’École des études irlandaises | Photo par Alain Decarie Gearóid Ó hAllmhuráin, professeur à l’École des études irlandaises | Photo par Alain Decarie

Le parcours d’une famille

Les immigrants irlandais qui ont mis le cap sur le Québec pour échapper à la Grande Famine (de 1845 à 1852) ont souvent navigué à bord de « bateaux-cercueils », ainsi nommés parce que beaucoup d’entre eux ont coulé dans l’Atlantique.

La famille mise en vedette par M. Ó hAllmhuráin descend de passagers du Carricks of Whitehaven, voilier à deux mâts qui a échoué sur la côte de Gaspé en mai 1847.

Des 173 passagers à bord, moins de 50 ont survécu.

Patrick Kaveney et Sarah MacDonald étaient du nombre. Leurs cinq jeunes filles ont péri dans le naufrage. Avec leur fils adolescent Martin, Patrick et Sarah ont refait leur vie sur la péninsule isolée de Gaspé.

Cinq générations plus tard, leur descendant Georges Kavanagh est un historien francophone qui a passé sa vie à retracer l’héritage de sa famille.

Dans le film, M. Kavanagh part en Irlande assister à une réunion familiale dans le village de Sligo, 168 ans après le naufrage du Carricks.

« Premier film trilingue à aborder le sujet »

La langue et la musique jouent un rôle central dans le film. M. Ó hAllmhuráin, un interprète de musique traditionnelle irlandaise de grand renom, a porté une attention particulière à la bande-son.

Pour ce qui est de l’aspect linguistique, « c’est le premier film trilingue à aborder le sujet », ajoute M. Ó hAllmhuráin. « Le documentaire présente le gaélique d’Irlande, le français et l’anglais en tant que langues de l’immigration irlandaise au Québec. »

Selon lui, bien des gens ignorent que de nombreux Irlandais issus d’un milieu gaélique en Irlande rurale ont directement adopté le français et embrassé la culture francophone.

« Cette profonde transformation culturelle a entraîné des répercussions à long terme d’une portée extraordinaire pour les Irlandais des deux côtés de l’Atlantique », explique M. Ó hAllmhuráin.

« Les Irlandais viennent d’un tout petit pays, longtemps resté dans l’ombre de la Grande-Bretagne. Ils savent très bien ce que cela signifie de voir la source de subsistance d’un pays se tarir, d’être séparés d’une terre natale, d’une famille et d’une collectivité, d’être jugés indésirables dans un nouveau pays, d’être craints et houspillés pour vouloir préserver une langue, une religion et un héritage. »

« Nous savons à quoi les gens ordinaires font face lorsque les ressources naturelles d’un pays sont pillées pour alimenter le moteur d’une superpuissance insatiable. L’histoire de l’Irlande fait écho à l’expérience de séparation et de déportation qui marque encore aujourd’hui la vie d’un nombre incalculable de personnes. La diaspora irlandaise disséminée partout dans le monde, forte de 70 millions de personnes, peut en témoigner. »

Entretenir la flamme

Une histoire de survie et de retrouvailles est au cœur du film, qui raconte comment les Irlandais se sont taillé une place aussi importante dans la société québécoise.

« Les habitants de l’ouest de l’Irlande ont une vieille tradition lorsqu’ils font leurs adieux, explique M. Ó hAllmhuráin dans le film. Avant de partir de chez eux et de quitter leur clachán (village), les immigrants transportaient la flamme de leur foyer chez un voisin dans l’espoir qu’un jour, ils reviendraient réclamer ce feu et reprendraient ainsi leur place dans leur ancienne vie. »

« Pour les centaines de milliers de personnes qui ont fui l’Irlande durant la Grande Famine des années 1840, ce retour au pays n’aura jamais lieu », poursuit-il.

« C’est l’histoire d’un souvenir qui touche cinq générations, et d’un feu qui a attendu ses maîtres pendant 168 ans dans l’ouest de l’Irlande. »


Procurez-vous vos billets pour la première de Lost Children of the Carricks: Defying the Great Irish Famine to Create a Canadian Legacy, le 24 janvier au théâtre D.-B.-Clarke de l’Université Concordia (1500, boulevard de Maisonneuve Ouest).



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