Negar Sahebalzamani
Double Consciousness I, Double Consciousness II et Sar-e Sofreh
Double Consciousness II , 2024, huile sur toile, 24" x 30"
Description du projet
La série Double Consciousness est une exploration continue de la nature dissonante de l'identité au sein de la diaspora. Elle reflète la tension qui naît de la tentative de vivre normalement alors que le bourdonnement des nouvelles venant du pays natal résonne en arrière-plan. Double Consciousness II s'inspire de moments de réconfort partagés entre l'artiste et sa mère en regardant des films ; capturant l'intimité qui coexiste avec la discrète esquive que de tels rituels peuvent contenir.
Dans Double Consciousness I, bien que séparées par le miroir, les deux femmes demeurent liées par leurs gestes et tenues dans une égale importance, révélant la connexion et la solidarité. Alors que le lien à une maison diasporique s’enracine souvent dans la mémoire et l'imaginaire, ces espaces superposés évoquent un état onirique.
L'usage de l'explosion crée une contradiction, étant physiquement éloignée mais psychiquement attachée à un lieu menacé. Le sujet diasporique voit, se souvient, ressent, mais ne peut intervenir. Les femmes représentées demeurent calmes, mais leur immobilité est lourde, un face-à-face silencieux avec un sentiment d’appartenance fracturé et un deuil indicible. La superposition des lieux rappelle les réalités fragmentées du sujet diasporique, où le danger est normalisé et reste inavoué. L'éloignement entre les corps et la bombe résiste à une narration simplifiée de la guerre, refusant l'exigence du spectaculaire et la réduction des vies moyen-orientales à la victimisation. Ces œuvres deviennent un acte discret de deuil, de confrontation et de résistance, réaffirmant une forme d’auto-détermination face aux tentatives d’effacement.
--
Cherchant à explorer la dispersion des liens culturels et familiaux dans un contexte de déplacement, Sar-e Sofreh met en scène un dîner qui n’existe que dans la mémoire et l’imaginaire. Une grande famille habite cet espace liminal, où les corps et l’environnement oscillent entre présence et absence. L’œuvre explore le va-et-vient entre l’incarnation charnelle et une dissolution diaphane, en examinant la manière dont l’identité diasporique habite des états d’entre-deux. Les figures incarnent et vivent cette liminalité à travers une chair translucide qui se fond dans leur environnement, ainsi que par la jonction de plans spatiaux dissonants. Cette œuvre cherche à déstabiliser les fondements sur lesquels repose le modèle occidental familier de la famille nucléaire et à mettre en lumière des modes d’existence alternatifs.
Le titre fait référence au « sofreh », un tissu persan traditionnel sur lequel on sert la nourriture et autour duquel on s’assoit, mais qui évoque culturellement le rassemblement, le partage et la communauté. La bordure en fil fait écho à ce tissu, en maintenant des liens rhizomatiques tout en adoptant une forme nouvelle et dispersée. Les « mehmoonis », ou grands rassemblements, constituent un fondement de la culture persane, mais dans cette condition vécue, ce fondement se perd et se fragmente dans la mémoire. Des motifs persans familiers ornent le mur, tout en apparaissant eux aussi fragmentés et décontextualisés. L’œuvre devient ainsi le portrait d’une famille à la fois dispersée et encore enchevêtrée, tenue ensemble par les fils de la mémoire partagée, alors même qu’elle se dissout dans la fluidité de la distance.
Double Consciousness I , 2025, huile sur toile, 36" x 48"
Biographie de l'artiste
Negar Sahebalzamani est un·e artiste iranien·ne qui explore la nature fluide et rhizomatique de l’identité au sein de la diaspora. Puisant dans son héritage culturel et son expérience vécue en Occident, elle/iel crée des portraits figuratifs qui mettent l’accent sur la résilience, la résistance et l’introspection. En confrontant les regards coloniaux et phallocentriques, son travail remet en question les normes hégémoniques et revendique l’agentivité narrative. Ses figures évoluent souvent dans des espaces liminaux, prises entre mémoire et déplacement, l’imaginaire et le tangible. La pratique de Sahebalzamani est à la fois un compte rendu personnel et une exploration collective, offrant un espace où les identités marginalisées peuvent se sentir vues, représentées et valorisées