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La résidence d’artiste de la famille Jorisch est octroyée à l’étudiant Alexey Lazarev dans le cadre de sa maîtrise ès beaux-arts à l’Université Concordia

Alexey Lazarev explorera la transformation des matériaux à Salzbourg
22 avril 2026
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Picture of man artist in studio with solorful materials (including fibres) Alexey Lazarev dans son studio (sur le campus). Photo de Melanie Saumure.

Alexey Lazarev, étudiant à la maîtrise ès beaux-arts à l’Université Concordia, vient d’obtenir le prix de résidence d’artiste de la famille Jorisch. À ce titre, il passera quatre semaines au Musée d’art moderne de Salzbourg, en Autriche, où il se consacrera à son projet de recherche-création.

Cette résidence a vu le jour à Concordia grâce à un don de Georg Jorisch, dans le cadre de la restitution par sa famille d’œuvres d’art spoliées pendant l’occupation nazie.

Alexey Lazarev affirme que cette résidence l’aidera à faire progresser ses recherches artistiques et son mémoire de maîtrise, qui se situent à la croisée du dessin, de l’architecture, de la sculpture et des médias d’impression.

Mixed-media colorful sculpture Shark Teeth, 2024. Sculpture en techniques mixtes combinant du contreplaqué découpé CNC, de l’aquarelle sur bois non traité, des chaînes décoratives, une épingle de sûreté et une perle de verre fabriquée par l’artiste. Photo : Katya Konioukhova.

Pouvez-vous nous parler de votre pratique artistique et des thèmes que vous explorez?

Alexey Lazarev (AL) : Ma pratique se situe à l’intersection du dessin, de la sculpture et des techniques d’impression élargies. J’étudie la manière dont des structures comme les grilles, les portails, les clôtures et d’autres fragments architecturaux se transforment lorsqu’elles passent de matériaux rigides à des matériaux souples.

De manière plus générale, je m’intéresse aux moments où les systèmes commencent à se déstabiliser et à la façon dont ces tensions peuvent devenir productives. À travers des procédés tels que le report, la pression, le moulage et l’empreinte, j’explore la manière dont les images migrent d’un matériau à l’autre et comment la matière peut servir de support d’enregistrement.

Le concept de matérialité (tel qu’il est décrit par Jane Bennett) occupe une place centrale dans mon travail. Je m’intéresse tout particulièrement à la manière dont des matériaux tels que le métal, l’argile, le papier ou les pigments exercent leur propre agentivité et contribuent à façonner l’image finale.

En quoi vos expériences à Montréal et à l’étranger inspirent-elles votre processus créatif?

AL : Travailler dans différents lieux a joué un rôle central dans ma façon de penser et de travailler. Je vis à Montréal depuis 2012, et ayant grandi à Saint-Pétersbourg, j’ai toujours été attentif à la manière dont des éléments structurels similaires, tels que les clôtures, les balcons et les grilles, marquent la frontière entre l’espace public et l’espace privé, organisant la ville de manière subtile, mais durable.

Ces expériences nourrissent à la fois le langage visuel de mon travail et ma curiosité pour la forme. La résidence que je m’apprête à effectuer à Salzbourg offre un contexte unique où ces formes fonctionnelles revêtent souvent un aspect ornemental, notamment dans les grilles en fer forgé et les détails architecturaux. J’aurai ainsi l’occasion d’explorer plus en profondeur la manière dont elles régulent la visibilité, relient ou séparent les espaces, et orientent les corps au sein de la ville.

Metal carpet-like sculpture Soft to Touch (Fireweed), 2026, présentée dans le cadre de Bois Magique 04 à Espace Transmission. Sculpture en acier déformé à la main avec dessin au chalumeau plasma et attaches autobloquantes en plastique. Photo : Alexey Lazarev.

Quels matériaux ou techniques explorez-vous actuellement?

AL : Je travaille actuellement sur une série d’œuvres dans lesquelles j’utilise l’oxydation à base de sel comme technique de dessin s’inscrivant dans la durée. Pendant mon séjour à Salzbourg, je travaillerai avec des plaques d’acier et de cuivre, auxquelles j’appliquerai des solutions salines pour déclencher une corrosion contrôlée. Salzbourg est un lieu particulièrement approprié pour ce travail, compte tenu de son histoire liée à l’exploitation des mines de sel.

Ce qui me fascine, c’est la façon dont la rouille devient à la fois un processus chimique et une technique de création d’images. Plutôt que d’appliquer de l’encre, j’appuie le papier directement sur les surfaces en cours d’oxydation, ce qui permet aux résidus minéraux de s’incruster dans les fibres. J’expérimente également la collecte de particules de rouille pour les transformer en matériau de dessin, transposant ainsi le processus du métal vers le papier.

Cette approche comporte une forte part d’imprévisibilité… Les facteurs environnementaux influent sur le résultat. Cette instabilité permet au matériau de façonner activement l’œuvre.

Comment pensez-vous que votre travail sera perçu par le public?

AL : J’envisage mon travail comme une œuvre se dévoilant au fil d’une observation attentive et n’étant pas immédiatement lisible.

Cela dit, les structures, telles que les grilles et les portails, rappellent des fragments architecturaux et sont reconnaissables d’une culture à l’autre. Elles se présentent sous diverses formes dans différentes villes et différents contextes, établissant ainsi des repères familiers pour les visiteurs. Je m’intéresse à leur transformation, ainsi qu’à la manière dont celle-ci offre de nouvelles façons d’interagir avec l’œuvre.

 

Suspension in art gallery Yellow Ochre, installation by Alexey Lazarev, 2024 at Concordia MFA Gallery, Montreal. Mediums: Ceramics, polyurethane foam, steel and more. Photo by Katya Konioukhova

Qu’est-ce qui vous enthousiasme le plus dans ce projet?

AL : La résidence au Musée d’art moderne est étroitement liée à mon mémoire de maîtrise, qui porte sur la façon dont les éléments visuels et structurels perdurent lorsqu’ils sont transposés dans divers matériaux et contextes historiques.

Je me réjouis aussi de créer une série de plaques de métal oxydées, en travaillant selon un format défini et un rythme de production régulier. Au fil du temps, ce projet mènera à la création d’une vaste installation dans laquelle les plaques et les impressions seront présentées ensemble, révélant à la fois la source et l’empreinte.

Je continue également de m’intéresser à la manière dont différents médias peuvent s’influencer mutuellement, et à la façon dont les processus physiques comme la corrosion peuvent constituer des systèmes génératifs. De plus, je souhaite étendre cette recherche à des formes de nature plus spatiale, notamment des systèmes modulaires ou s’apparentant à des portails dans lesquels seront intégrés des fragments de matériaux provenant de différents lieux.

Apprenez-en plus sur la Faculté des beaux-arts de l’Université Concordia et la maîtrise ès beaux-arts.



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