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Le taux de recyclage augmente lorsque la fréquence de collecte des déchets diminue, montre une nouvelle étude de l’Université Concordia

Une étude sur les pratiques de gestion des déchets au Royaume-Uni révèle quelles politiques et quels quartiers affichent les meilleurs résultats en matière de recyclage
3 mars 2026
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Three differently coloured waste bins
Nareeta Martin, Unsplash

Malgré de modestes progrès réalisés au cours des vingt dernières années, les efforts du Canada en matière de réacheminement des déchets restent insuffisants. En effet, selon le gouvernement canadien, seuls 27 % des déchets du pays sont recyclés, compostés ou détournés des sites d’enfouissement. En 2022, quelque 26,6 millions de tonnes de déchets solides ont abouti dans des décharges ou dans des incinérateurs, ce qui représente une augmentation de 11 % par rapport à 2002.

Les taux de recyclage au Canada sont bien inférieurs à ceux d’autres pays, notamment à ceux du Royaume-Uni et tout particulièrement à ceux du Pays de Galles, où les taux de recyclage des ménages avoisinent les 70 %.

Selon une nouvelle étude de Concordia, plusieurs facteurs influent sur les taux de recyclage des ménages. Parmi ceux-ci, citons la culture, le revenu, le niveau de scolarité, la densité de population et la fréquence de collecte des ordures.

Publiée dans la revue Waste Management, cette étude est le fruit des travaux de deux doctorants, Jonathan Wilansky, du Département de géographie, urbanisme et environnement, et Kailun Cao, du Département des sciences économiques. Les chercheurs ont examiné les données et les politiques de 297 districts municipaux d’Angleterre et du Pays de Galles afin de déterminer quelles combinaisons de politiques étaient associées aux taux de recyclage les plus élevés dans les foyers.

« Nous avons observé qu’une collecte des ordures à fréquence réduite, une collecte hebdomadaire des déchets alimentaires et une collecte gratuite des déchets verts étaient corrélées à des taux de recyclage plus élevés », indique M. Wilansky. « Ce constat nous a d’abord surpris, mais il est en fait logique : conserver ses déchets pendant deux ou trois semaines devient fastidieux, ce qui incite les gens à les recycler et à les composter pour s’en débarrasser. Résultat : on recycle davantage et il y a moins de camions poubelles en circulation.

« Bien sûr, cette stratégie ne fonctionne que si l’on dispose de systèmes de recyclage et de compostage fiables et pratiques », précise-t-il.

Un homme est assis dans une poubelle de recyclage à côté d'un autre homme debout. « Nous avons observé qu’une collecte des ordures à fréquence réduite, une collecte hebdomadaire des déchets alimentaires et une collecte gratuite des déchets verts étaient corrélées à des taux de recyclage plus élevés », selon Jonathan Wilansky, à gauche, avec Kailun Cao.

Des données recueillies auprès des municipalités

À partir de données tirées des sites Web des municipalités, les chercheurs ont examiné divers facteurs. Ils se sont notamment penchés sur la fréquence de collecte des déchets résiduels et des matières recyclables, sur l’obligation ou non pour les résidants de trier leurs déchets, et sur la collecte des déchets alimentaires et des déchets verts. Ils ont également vérifié si ces services étaient gratuits.

Les chercheurs ont croisé leurs résultats avec les données du recensement de 2021 sur les revenus, le niveau de scolarité, l’âge, le type de logement, la composition des ménages, le chômage et la langue parlée à la maison. Ils ont ensuite recouru à un modèle de régression pour isoler les effets des politiques et des données démographiques sur les taux de recyclage.

Leur analyse a montré que les districts procédant à la collecte des déchets une fois toutes les trois semaines ou plus affichaient des taux de recyclage nettement plus élevés qu’ailleurs. Il s’est également avéré que la fréquence de collecte des déchets recyclables n’avait pas d’effet notable, pas plus que l’obligation pour les résidants de trier les matériaux recyclables dans différents bacs. Ces résultats indiquent que la commodité d’un bac de recyclage unique n’a peut-être pas une incidence aussi importante qu’on le pensait sur les habitudes de recyclage.

Les districts combinant la collecte hebdomadaire des déchets alimentaires, la collecte gratuite des déchets verts et la collecte des ordures ménagères toutes les trois semaines affichaient un taux de recyclage médian d’environ 61 %.

Certaines observations liées aux données démographiques se sont également révélées frappantes : l’âge, le revenu médian et la proportion de personnes vivant en appartement n’étaient pas des facteurs prédictifs importants des habitudes de recyclage. Cependant, les régions où les niveaux de scolarité étaient plus élevés présentaient des taux de recyclage supérieurs.

Les quartiers caractérisés par un taux de chômage élevé, un nombre important de ménages composés d’une seule personne et une forte population étudiante présentaient des taux de recyclage moindres. Les zones à forte densité de population étaient également associées à des taux de recyclage plus faibles.

L’importance de la culture et de l’engagement

La politique du gouvernement gallois, qui a mis sur pied des programmes et des campagnes de sensibilisation pour encourager le recyclage, a été saluée pour ses résultats supérieurs à ceux des districts de l’Angleterre, où le recyclage semble avoir plafonné. Selon les chercheurs, cette situation montre clairement que les objectifs nationaux et la culture influent sur les résultats en matière de recyclage.

Ils recommandent aux gouvernements d’optimiser les ressources limitées en établissant des programmes de sensibilisation au recyclage qui ciblent en priorité les communautés où les taux sont les plus bas et en adoptant des politiques qui permettent d’atteindre les taux de recyclage les plus élevés. Toutefois, les chercheurs préviennent qu’il faudra mettre en place des programmes et des engagements encore plus ambitieux si l’on souhaite dépasser les objectifs actuels de recyclage et en atteindre de nouveaux à l’avenir.

Selon M. Wilansky, cette étude met en lumière de précieuses leçons pour le Canada. En effet, la principale raison pour laquelle l’équipe a choisi d'étudier les habitudes de recyclage au Royaume-Uni était la disponibilité de données accessibles au public, ce qui fait défaut dans la plupart des municipalités canadiennes.

« Nos taux de recyclage ne sont absolument pas comparables à ceux du Royaume-Uni, mais notre étude montre qu’apporter des changements simples et rapides à l’infrastructure existante peut mener à des améliorations substantielles. »

Lisez l’article cité : « A comparison of municipal waste collection policies to optimize recycling rates: Evidence from England and Wales ».



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