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Un doctorant de l’Université Concordia crée un jeu de société sur les théories du complot en ligne et leur amplification dans les médias sociaux et leurs utilisateurs

Scott DeJong a conçu Lizards & Lies pour en faire un outil d’enseignement en culture numérique
7 juin 2022
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Scott DeJong : « Les personnages sont conçus en fonction d’enjeux du monde réel ».

De QAnon aux acteurs de crises, en passant par les élections truquées et l’Ivermectin, les fausses nouvelles et les théories du complot abondent en ligne. Il semble que plus la proposition est farfelue ou absurde, plus vite elle se répand, avec de graves conséquences dans la réalité.

Scott DeJong veut comprendre pourquoi les faussetés propagées en ligne prennent une ampleur virale et comment elles façonnent nos relations avec les médias sociaux et avec autrui. L’étudiant au doctorat en communication a créé un jeu de société qui oppose, d’une part, des complotistes et les trolls en ligne qui répandent leurs propos, et d’autre part, des modérateurs et des pédagogues. Scott DeJong précise que son jeu Lizards & Lies (Lézards et mensonges), offert gratuitement en téléchargement, est pensé comme un modèle qui permet de saisir la mouvance du contenu fallacieux et les frustrations vécues par les personnes qui le combattent.

Comme il l’explique, le jeu explore la supposition très répandue que la propagation des théories du complot et de la désinformation en ligne constitue un nouvel adversaire dans la lutte mondiale pour obtenir la vérité. À son avis, il s’agit là d’un précepte trop simple qui fait fi du rôle crucial (volontaire ou non) de l’utilisateur humain dans la propagation d’une fausse nouvelle.

« J’ai voulu voir si ces analogies fonctionnent lorsque nous les simulons dans le cadre d’un jeu, affirme-t-il. Un jeu fonctionne selon un système de règles, où des limites peuvent être définies. Nous pouvons donc explorer ce qui se passe à l’intérieur de celles-ci. »

Lizards & Lies Lizards & Lies

Mentir ou résister

Le jeu Lizards & Lies se déroule en trois rondes au cours desquelles deux ou quatre joueurs s’affrontent de façon asymétrique. Autrement dit, chaque joueur a un rôle distinct. Il recrée les jours qui précèdent une élection fictive : un camp véhicule des théories du complot (notamment sur les reptiliens humanoïdes et l’idée selon laquelle les oiseaux sont en fait des drones-espions) et l’autre camp fait de son mieux pour les réfuter. Les joueurs peuvent incarner un complotiste, un troll cantonné dans ses opinions marquées qui amplifie la théorie véhiculée, un vérificateur de faits ou un pédagogue en culture numérique. Les deux camps s’affrontent pour savoir s’il est possible de propager les fausses nouvelles ou de prévenir leur diffusion.

« Les personnages sont conçus en fonction d’enjeux du monde réel, explique Scott DeJong. Les complotistes tentent de rassembler de petits groupes de partisans et les utilisent pour propager leurs idées. Les trolls s’intéressent moins aux idées conspirationnistes qu’aux points sensibles des utilisateurs – ils cherchent à les faire réagir à leur contenu. » Par ailleurs, le concepteur remarque que les pédagogues ont besoin de temps pour enseigner et que les modérateurs sont surchargés. En effet, la quantité de contenu à traiter est infinie.

« Il s’agit d’illustrer les enjeux que vivent les gens au quotidien en les représentant dans le jeu », poursuit-il.

« Les utilisateurs obtiennent des points à la fin de chaque ronde et les totalisent à la fin de la partie pour savoir quel camp a gagné. Un jeu d’équipe coordonné peut accroître les chances de victoire. »

Des controverses issues des utilisateurs

Selon Scott DeJong, le jeu est censé être amusant, mais aussi instructif. Issu d’un projet de recherche qui a pris de l’ampleur, le jeu Lizard & Lies vise à préciser le concept d’écosystème des médias sociaux, où de nombreux acteurs évoluent dans des espaces distincts, chacun influençant l’autre. Une idée qui émerge sur Reddit, par exemple, peut rapidement se retrouver sur TikTok, Instagram ou Facebook.

« Le jeu étudie l’échec des analogies existantes à démontrer la façon dont les fausses nouvelles et la désinformation se propagent, précise-t-il. L’algorithme de la plateforme n’est pas le seul responsable de la diffusion des mensonges. C’est cet écosystème dont font partie les utilisateurs, où ce que l’on dit et ce que l’on fait, ainsi que les publications qu’on voit et choisit d’aimer ou de partager sont autant d’éléments qui font naître les tendances dans ces univers. »

Apprenez-en davantage sur Lizard & Lies, le nouveau jeu du doctorant Scott DeJong sur les théories du complot et les médias sociaux.

Board games against social media disinformation with Scott DeJong


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