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Les problèmes qu’éprouve l’industrie du jeu vidéo sont pour la plupart d’origine humaine, et non technologique

Cristiano Politowski et Yann-Gaël Guéhéneuc ont étudié les rapports d’autopsie de quelque 200 jeux, afin de cerner les grands défis auxquels font face les développeurs
7 avril 2021
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Photo par JESHOOTS.COM via Unsplash

Comme beaucoup d’autres industries multimilliardaires, celle du jeu vidéo connaît sa part de problèmes. Se tenir à l’affût des nouvelles technologies, gérer les ressources humaines, répondre à la demande et aux attentes du marché – ces défis ne sont pas uniques aux développeurs de jeux vidéo.

Toutefois, cette industrie nourrit une tradition qu’on trouve rarement ailleurs. En effet, après les lancements de produits, les développeurs participent souvent à ce qu’on appelle une autopsie, ou un bilan : une évaluation informelle (idéalement) franche et honnête de ce qui a bien et mal fonctionné au cours du processus de développement du jeu. Sur le site Web de nouvelles de l’industrie du jeu vidéo Gamasutra, ces analyses rétrospectives prennent souvent la forme de publications dans des blogues personnels.

Cristiano Politowski, étudiant au doctorat, et Yann-Gaël Guéhéneuc, professeur d’informatique et de génie logiciel à l’École de génie et d’informatique Gina-Cody, ont récemment publié un article sur le sujet dans la revue Information and Software Technology. Dans le cadre de l’étude dont ils font le compte rendu, ils ont examiné plus de 200 bilans afin de déterminer le genre de difficultés auxquelles ont fait face les développeurs, de quelle manière ces problèmes ont évolué, ainsi que leurs causes d’origine. Ils espèrent que leurs travaux aideront les développeurs à trouver des solutions aux problèmes qu’ils ont cernés. Fabio Petrillo, de l’Université du Québec à Chicoutimi, et Gabriel Ullmann, de l’Université régionale du nord-ouest de l’État du Rio Grande do Sul, au Brésil (qui amorcera sa maîtrise à Concordia cet automne), ont cosigné l’article.

Cristiano Politowski et Yann-Gaël Guéhéneuc Cristiano Politowski (gauche) et Yann-Gaël Guéhéneuc ont étudié les rapports d’autopsie de quelque 200 jeux, afin de cerner les grands défis auxquels font face les développeurs

Les jeux évoluent, les problèmes persistent

Les bilans qu’ont examinés les chercheurs datent de 1997 à 2019, une période suffisamment longue pour leur permettre d’obtenir une perspective des tendances, des changements et des problèmes chroniques vécus par les développeurs alors que l’industrie connaissait un essor fulgurant. Ils ont ainsi cerné 927 problèmes distincts qu’ils ont par la suite catégorisés en vingt types différents.

Après avoir analysé leurs données, les chercheurs ont tiré les constats suivants :

● Les problèmes qu’éprouve l’industrie se répartissent pratiquement en deux catégories – gestion et production. Les difficultés de production se limitent pour la plupart à la conception et aux aspects techniques des jeux, alors que les difficultés de gestion imprègnent tous les aspects du développement.

● Les problèmes de production sont demeurés constants, alors que les difficultés de gestion se sont amoindries avec le temps. Toutefois, cette diminution est anéantie par la présence de défis urgents, notamment sur le plan du marketing et, particulièrement dans le cas du marché grandissant des jeux mobiles, de la monétisation.

● Au cours de la dernière décennie, on a observé une constante diminution des problèmes d’ordre technique et conceptuel, mais une augmentation des défis entourant la cohésion des équipes et l’harmonie parmi les membres.

● La plupart des problèmes que vit l’industrie sont d’origine humaine, et non technologique.

Après avoir cerné les problèmes les plus courants, les chercheurs ont entrepris de répartir les types de problèmes en 105 sous-catégories distinctes, puis ont proposé des solutions à certaines des difficultés les plus fréquentes. Il n’y a pas assez d’employés pour mener à bien toutes les tâches? Envisagez la sous-traitance. Les membres de vos équipes n’arrivent pas à s’entendre? Recherchez un équilibre entre les diverses expertises et gardez les équipes petites et axées sur la tâche. Le jeu risque-t-il de devenir trop complexe ou de souffrir d’une surcharge de fonctionnalités? Rappelez-vous de garder les choses simples. Poursuivez les tests, valorisez les commentaires des utilisateurs et gérez les attentes des joueurs.

Des industries plus saines favorisent de meilleures expériences

Cristiano Politowski dit avoir été attiré par le sujet des problèmes dans le domaine du jeu vidéo non seulement à cause de son amour pour ce type de jeux, mais aussi parce qu’il considère que la question est insuffisamment étudiée.

« Il est très difficile de comprendre ce qui se passe derrière la scène, explique-t-il. Pourquoi ces problèmes touchent-ils autant les entreprises de jeux vidéo? En général, les ingénieurs logiciels travaillent selon un horaire normal. Pourquoi est-ce différent dans l’industrie du jeu vidéo? »

Yann-Gaël Guéhéneuc ajoute qu’avec cet article et à l’occasion de futurs travaux, ils espèrent mettre le doigt sur certains problèmes auxquels l’industrie pourrait s’attaquer en priorité. « Nous savons que les contraintes de temps constituent un problème omniprésent dans cette industrie, mais nous avons aussi découvert que certains travailleurs du domaine éprouvent encore des difficultés avec plusieurs outils et langages de programmation. »

Cristiano Politowski entend poursuivre ses recherches dans le domaine du jeu vidéo sous la direction des professeurs Guéhéneuc et Petrillo. Il se penche actuellement sur le processus d’essai et sur la façon dont les entreprises peuvent éviter les fiascos d’envergure, comme celui du lancement prématuré, en 2020, du très attendu Cyberpunk 2077. En fait, il s’intéresse autant à l’étude des forces de ces entreprises qu’à celle de leurs faiblesses.

Lisez l’étude citée (en anglais seulement) : Game industry problems: An extensive analysis of the gray literature.

 



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