Les courtiers doivent comprendre les structures de financement, les priorités des investisseurs et des promoteurs, les contraintes juridiques ainsi que les besoins des futurs locataires, car chacun de ces facteurs influence le risque, le rendement et la valeur globale de l’investissement.
Les courtiers qui manquent de connaissances dans ces domaines risquent d’être écartés des transactions. Les clients se tournent naturellement vers les conseillers capables de parler le langage du risque et du rendement.
Repenser les rôles professionnels
Les personnes en finance font face au défi inverse. Même si les modèles indiquent qu’un projet est rentable, ils peuvent sous-estimer le temps nécessaire pour obtenir les permis ou les changements de zonage.
« À Montréal, bonne chance pour que ce soit réglé en quatre, cinq ou six ans, » note Deslauriers. « J’ai acheté le terrain, je l’ai financé, je paie des intérêts, je paie des taxes, je paie une assurance, et au final, le projet pourrait ne même pas obtenir les changements de zonage nécessaires. Quel est l’effet net ? Moins de développement. »
Les spécialistes du marketing rencontrent un tout autre type d’obstacles. Ils ou elles peuvent exceller dans la mise en valeur d’un projet, mais la plupart des transactions en immobilier commercial ne se concluent pas grâce à la communication. Sans comprendre les enjeux financiers et juridiques liés au bien, leurs campagnes risquent de passer à côté de leur cible.
Les promoteurs urbains et les régulateurs offrent un autre point de vue. Leur rôle est d’appliquer les politiques et de répondre aux besoins de la communauté, mais sans saisir les pressions des investisseurs, leurs décisions peuvent freiner les projets au lieu de les faire avancer.
Chaque personne est efficace dans son propre domaine. Les problèmes apparaissent dans les espaces qui les séparent.
Quand les prévisions échouent
Ces écarts sont importants parce que l’immobilier commercial est rarement simple. La valeur d’un bien dépend des flux de trésorerie à venir. Les locataires peuvent partir, de nouveaux baux peuvent nécessiter des incitatifs, ou des chocs soudains peuvent transformer le marché.
« L’immobilier commercial, c’est avant tout une question de chiffres, » explique Deslauriers. « Ce qui est compliqué et risqué, c’est que la valeur d’un immeuble dépend de ses flux de trésorerie à venir. Personne n’a de boule de cristal. »
La pandémie de COVID-19 a mis en lumière cette réalité. Les personnes qui avaient acheté des tours de bureaux avant 2020 supposaient un taux d’occupation élevé et des loyers stables. En quelques mois, les vacances ont explosé alors que le télétravail transformait la demande. Les prévisions basées sur une réalité sont devenues obsolètes, et des actifs autrefois considérés comme sûrs se sont transformés en passifs.
Même les compétences traditionnelles les plus solides ne suffisent pas à mener un projet à travers la volatilité sans une compréhension interdisciplinaire.
Développer une compréhension partagée
Deslauriers estime que la solution consiste à donner aux professionnel·le·s une base suffisamment large pour communiquer entre disciplines. Cela ne signifie pas transformer les courtiers en financiers ou les spécialistes du marketing en juristes. Il s’agit de leur apprendre à anticiper les risques et à poser les bonnes questions lorsque des défis surgissent inévitablement.
« Je n’ai encore jamais trouvé de projet de développement où l’on ne rencontre pas d’obstacle, » explique Deslauriers. « Il n’est pas nécessaire d’être expert. Mais il faut avoir suffisamment de connaissances pour comprendre ce que les experts vous expliquent et parfois être capable de les remettre en question. »