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Stratégie énergétique américaine Ottawa ne doit pas se laisser enchaîner à une technologie obsolète
Cet articlé a été publié dans LaPresse.
L’intervention du président Trump au Venezuela et la capture de Nicolás Maduro envoient un message sans équivoque depuis Washington : la doctrine de la domination énergétique est de retour. En prenant le contrôle des réserves massives de la ceinture de l’Orénoque, l’administration américaine entend écraser son inflation et asphyxier ses rivaux géopolitiques en inondant le marché de pétrole bon marché.
Pour un voisin riche en ressources comme le Canada, ce pivot pourrait avoir des airs de répit. Il suggère que la pression pour accélérer la transition énergétique et économique retombe, et que le moteur à combustion interne vient d’obtenir un nouveau sursis. Toutefois, emboîter le pas aux Américains dans cette renaissance fossile relève de l’autosabotage économique.
La logique brutale du marché est implacable. La stratégie américaine mise sur le volume pour faire chuter les prix (Goldman Sachs projetant une baisse jusqu’à 4 $ le baril d’ici 2030). Le pétrole canadien, avec ses coûts d’extraction élevés, ne peut sortir vainqueur d’une guerre des prix face à un marché à la baisse.
Si l’on décidait de poursuivre sur cette voie, nous arrimerions alors notre économie à une matière première artificiellement dévaluée par notre plus proche allié, tout en affamant le secteur de l’électrification qui sera pourtant le moteur de croissance des siècles à venir. C’est la définition même du « verrouillage carbone » : le pétrole bon marché tue l’incitation à l’innovation.
Virage Pacifique
C’est précisément là que l’accord rapporté de Pékin par Marc Carney peut changer la donne. Loin de s’enfermer dans le passé fossile, ce réchauffement des relations sino-canadiennes doit être vu d’un très bon œil. Il offre au Canada une porte de sortie stratégique vers l’économie de demain.
L’ouverture contrôlée à 49 000 véhicules électriques chinois par an est une excellente nouvelle. L’arrivée de ces modèles abordables va démocratiser l’accès à l’électrique pour les consommateurs canadiens, contournant ainsi le blocage des prix élevés qui freinait l’adoption massive.
Mais l’ambition de cet accord doit dépasser la simple consommation. Le milieu universitaire a longtemps mis en garde contre le paradoxe de l’abondance, où l’on se contente d’exporter des ressources brutes pour importer des produits finis. Il faut espérer que cette collaboration avec la Chine ne se limite pas à un échange de biens (produits agricoles contre voitures), mais qu’elle serve de catalyseur pour nos propres industries.
En accueillant le savoir-faire chinois, le Canada peut accélérer sa courbe d’apprentissage. Les clés de notre souveraineté se trouvent dans notre capacité à intégrer ces partenariats pour monter en puissance dans la chaîne de fabrication mondiale de l’électrification.
Il n’est pas trop tard pour que le Canada trouve sa place dans cette nouvelle économie. Pendant que Washington regarde dans le rétroviseur, Pékin a redessiné la carte du monde industriel avec des géants comme BYD. S’associer à cette dynamique, plutôt que de l’ignorer par idéologie, est la seule voie pragmatique.

PHOTO STR, AGENCE FRANCE-PRESSE
Voitures prêtes pour l’exportation au port de Lianyungang, en Chine
Ottawa se retrouve pris en étau : d’un côté, un allié américain qui bat en retraite vers le passé ; de l’autre, un partenaire chinois qui préempte l’avenir. Le choix de Mark Carney de stabiliser la relation avec Pékin est lucide. La véritable souveraineté économique exige de diversifier nos alliances pour bâtir notre propre filière.
Le Canada doit cesser de voir ses minéraux critiques comme une simple rente. Au bout du compte, le Canada doit maîtriser sa propre filière d’électrification. Cet accord est la première pierre d’un édifice plus vaste qui doit nous permettre de tisser des liens industriels profonds, non seulement avec la Chine, mais aussi avec le Japon et la Corée.