Rami Hammoud atteint la finale des Séries mondiales de poker et repart avec 1,75 M$ US
Rami Hammoud a terminé sixième au tournoi principal des Séries mondiales de poker, tenues en août.| Photo: Poker News
Rami Hammoud (B. Sc. 2013) était prêt à quitter Las Vegas. Arrivé avec 20 000 $ en poche, il en était à ses derniers dollars.
« Je n’avais qu’une envie : rentrer à la maison », confie-t-il.
Puis une rencontre fortuite a tout changé. En croisant un autre joueur de poker de Montréal, il s’est laissé persuader de rester jusqu’au tournoi principal des Séries mondiales de poker (World Series of Poker). « S’il a confiance en moi, peut-être devrais-je y croire moi aussi », s’est-il dit.
Le diplômé est resté et a finalement atteint la table finale des neuf derniers joueurs, avant de terminer au sixième rang en août et d’empocher 1,75 million de dollars américains, sans pour autant aspirer à une carrière de joueur professionnel.
L’esprit de compétition
C’est à 15 ans que Rami Hammoud découvre le poker en apprenant que son professeur d’anglais, Matthew Schnarch, est joueur. Au cours d’un voyage scolaire à New York, lui et ses amis réussissent à convaincre leur enseignant, d’abord hésitant, de leur montrer les règles. Le coup de foudre est instantané.
Le poker n’a jamais dépassé le stade du passe-temps, mais il a contribué à forger un redoutable esprit de compétition qui s’est rapidement manifesté dans d’autres sphères. À l’Université Concordia, où il poursuivait des études en mathématiques actuarielles et une mineure en finance, Rami Hammoud a même parié avec son ami Christopher Migirdic (B.A. 2013) qu’il serait capable d’obtenir uniquement des A jusqu’à l’obtention de son diplôme.
« Disons simplement que j’ai passé énormément de temps à la bibliothèque de Concordia », lance-t-il en riant. Le pari lui a donné raison : il a obtenu son diplôme avec une moyenne de 4,15.
Cette éthique de travail et cette détermination lui ont servi de fil conducteur, tant dans son parcours universitaire que dans les hauts et les bas du poker, et jusque dans sa quête d’une carrière à son image.
Diplôme en poche, Rami Hammoud a passé cinq ans chez TD Assurance. Il a toutefois fini par comprendre que cette carrière n’était pas faite pour lui. En quête d’un emploi plus près de ses centres d’intérêt, il a accepté un poste d’analyste de données chez Playtika.
« L’entreprise avait un jeu mobile gratuit appelé World Series of Poker, explique-t-il. Je me suis retrouvé à travailler de 70 à 80 heures par semaine, sans rémunération pour mes heures supplémentaires, mais pour la première fois, j’étais vraiment heureux au travail. »
Aujourd’hui directeur de l’analytique dans un studio de Roblox, Rami Hammoud n’a rien perdu de cet enthousiasme. Mais rien dans son parcours professionnel n’aurait pu le préparer à l’intensité des huit jours de compétition à Las Vegas, où les participants pouvaient jouer jusqu’à 12 heures par jour pour accéder à la finale.
Pour rester concentré, il a adopté une stratégie bien à lui. Chaque matin, il libérait sa chambre d’hôtel et laissait ses bagages à la conciergerie. Il ne réservait une autre chambre que s’il se qualifiait pour la journée suivante. Son mantra était simple : « J’ai un avion à prendre. »
Plus le tournoi avançait, plus Rami Hammoud se retrouvait sous les projecteurs. Les caméras l’entouraient et il avoue que cette visibilité l’a d’abord déstabilisé. Pourtant, le fait d’être suivi et interviewé par ESPN a graduellement transformé son regard sur lui-même et sur ce qu’il était capable d’accomplir.
Cette confiance a également été renforcée par le soutien de son entourage, dont des amis de longue date et plusieurs personnes diplômées de Concordia, qui ont même voyagé jusqu’à Las Vegas pour l’encourager.
« À notre âge, les mariages et les funérailles sont souvent les seules occasions qui nous réunissent tous au même endroit. C’était donc vraiment exceptionnel », se souvient-il.
Deux jours seulement après la fin du tournoi, Rami Hammoud était déjà de retour au travail et reprenait sa routine habituelle.
« Je vais investir cet argent, précise-t-il. Il ne transformera pas fondamentalement ma façon de vivre, mais la confiance que cette expérience m’a donnée, elle, aura des effets durables. »