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L’apprentissage axé sur le territoire reconnecte les jeunes Autochtones à leurs cultures, déclare Elizabeth Fast

Une retraite de quatre jours axée sur le partage de connaissances, les techniques de survie, les cérémonies et l’inclusivité rehausse le sentiment d’appartenance
30 mars 2021
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Elizabeth Fast : « La perte des traditions entraîne un réel sentiment de vide et de deuil. Nous avons noté un vif intérêt pour le réapprentissage et la réappropriation de ces traditions. »

Les traditions autochtones placent souvent la terre au cœur de leurs cultures. Or, ce lien s’effiloche, car plus de la moitié de la population autochtone du Canada vit aujourd’hui dans des zones urbaines, et nombre de communautés autochtones luttent pour surmonter l’héritage du colonialisme défini par l’assimilation et le vol de terres.

C’est pourquoi Elizabeth Fast, professeure agrégée de sciences humaines appliquées à la Faculté des arts et des sciences, souhaitait aider les jeunes Autochtones à renouer avec leurs cultures de façon sûre et accessible. En collaboration avec un groupe consultatif jeunesse composé de jeunes Autochtones (dont certains sont aux études), elle a organisé une série de retraites d’apprentissage axé sur le territoire et s’articulant autour des traditions et des cérémonies autochtones.

La première retraite, tenue en juillet 2018, fait l’objet d’un article récemment publié dans la revue International Journal of Indigenous Health.

« Les jeunes participantes et participants ont trouvé la retraite extrêmement enrichissante, souligne Elizabeth Fast. Elle leur a permis de passer plus de temps avec les aînés et les gardiens du savoir pour s’initier plus intimement aux cérémonies et faire l’expérience de l’apprentissage axé sur le territoire. Nous avons expressément créé un cadre culturel sûr et adapté à différents degrés de connexion avec des facteurs d’identité personnelle comme le genre et la sexualité. »

Le projet Restoring our Roots (« réhabiliter nos racines ») a depuis évolué pour devenir un projet de recherche-action participatif de cinq ans, Land As Our Teacher (« la terre nous enseigne »). Celui-ci explore la façon dont les pédagogies axées sur le territoire profitent aux jeunes Autochtones.

Les participants à la retraite construisent une hutte de sudation Les participants à la retraite construisent une hutte de sudation

Pleins feux sur des pratiques culturelles autrefois bannies

Le projet Restoring Our Roots n’aurait pas pu voir le jour sans l’apport du comité consultatif jeunesse, dont plusieurs membres ont également participé au programme. En aidant à développer le cadre, le contenu pédagogique, les critères éthiques et d’autres aspects de la retraite de quatre jours, ils ont pu élaborer un programme éducatif culturellement approprié et inclusif.

Durant la retraite, les participants ont bénéficié du mentorat des aînés et travaillé avec des artistes, des leaders communautaires, des conteurs et d’autres jeunes qui les ont guidés dans le cadre d’activités conçues pour les aider à (re)nouer avec leur autochtonicité : ateliers culturels, activités artistiques, cérémonies, huttes de sudation, remèdes traditionnels, contes, etc. Toutes mettaient l’accent sur la relation avec la terre.

« Nos ancêtres ont grandi en apprenant de la terre, sur la terre, explique Elizabeth Fast. Mais pour un grand nombre de peuples autochtones, même ceux qui vivent en communauté, cela ne se fait plus, une grande partie de nos pratiques culturelles et cérémonies ayant été bannies. La perte des traditions entraîne un réel sentiment de vide et de deuil. Nous avons noté un vif intérêt pour le réapprentissage et la réappropriation de ces traditions. »

L’apprentissage axé sur le territoire porte également sur les moyens grâce auxquels les communautés autochtones survivent en tant que peuples, par exemple la chasse, la pêche, la cueillette de plantes médicinales, le tannage des peaux ainsi que la construction de feux et d’abris », ajoute la professeure Fast.

Appartenance pour tous et toutes

Elizabeth Fast souligne par ailleurs que la retraite faisait expressément une place aux jeunes LGBTQ et bispirituels souhaitant renouer avec leur héritage – ces groupes étant souvent coupés ou séparés de leurs communautés élargies.

« Nombre de ces jeunes se sont éloignés des cérémonies et de l’apprentissage axé sur le territoire, car ils ou elles ressentent encore plus l’impact de la colonisation sur les normes en matière de genre et d’identité sexuelle. Si ces personnes sentent qu’elles seront victimes de transphobie ou d’homophobie, elles vont simplement s’assimiler et s’éloigner de leurs cultures ou communautés. »

D’ailleurs, la professeure Fast organise actuellement pour cet été une retraite destinée uniquement aux jeunes Autochtones queers, malgré le bon accueil et l’esprit d’inclusion généralement observés lors des retraites précédentes.

« Le sentiment d’appartenance est très important pour les jeunes Autochtones, notamment celles et ceux qui se sont sentis coupés pour de nombreuses raisons, conclut-elle. Il leur donne le courage de renouer et peut permettre une certaine cicatrisation du trauma intergénérationnel. Il peut également servir de base à des relations meilleures et plus profondes avec la terre, et les aider à s’éloigner de leur quotidien hyper technologique afin de vivre une expérience que beaucoup n’ont encore jamais vécue. »

Le projet Land As Our Teacher est financé par le Conseil de recherches en sciences humaines du Canada (CRSH).

Consultez l’étude citée : Restoring Our Roots: Land-Based Community by and for Indigenous Youth.



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