Aller au contenu principal
article

Soleil et vent ne suffisent plus, le stockage d’énergie est un enjeu de survie

15 janvier 2026
|
Par Meysam Maleki

Source: Media Relations

Cet articlé a été publié dans Le Devoir.

Les pannes de courant fréquentes ne sont pas de simples problèmes techniques : ce sont des avertissements. Compte tenu d’une demande énergétique croissante et inévitable au Canada, elles ne feront que s’aggraver. En 2024 seulement, la Nouvelle-Écosse a subi plus de 4700 coupures, perturbant foyers, entreprises et hôpitaux. Le Québec a fait face à des défis similaires : en 2023, les clients ont été privés d’électricité en moyenne pendant près de 17 heures.

Parallèlement, de nombreuses communautés éloignées à travers le Canada font face à leur propre version de l’insécurité énergétique. Situées loin des infrastructures centralisées, elles connaissent une alimentation électrique peu fiable. Des communautés comme Fort Chipewyan, dans le nord de l’Alberta, sont impatientes d’adopter l’énergie renouvelable. Mais sans stockage fiable, les panneaux solaires seuls ne suffisent pas à répondre à leurs besoins une fois le soleil couché.

Pour réduire ces pannes, soutenir les communautés éloignées et atteindre les objectifs de zéro émission nette du Canada d’ici 2050, il est nécessaire d’investir dans le stockage d’énergie renouvelable à grande échelle. Ces systèmes permettent de corriger l’intermittence des énergies renouvelables en stockant l’électricité propre produite lors des périodes de forte production et en la redistribuant en cas de pénurie, de pics de demande ou de perturbations climatiques. Le World Energy Outlook 2024 de l’Agence internationale de l’énergie (AIE) signale un virage mondial : pour atteindre la neutralité carbone, la capacité mondiale de stockage d’énergie devra être multipliée par presque quatorze d’ici 2030. Les systèmes de stockage seront essentiels pour nos réseaux électriques : sans eux, il sera impossible de s’appuyer pleinement sur les énergies renouvelables.

Aujourd’hui, la grande majorité de la capacité de stockage énergétique mondiale repose sur des centrales hydroélectriques à accumulation par pompage. Cependant, ces systèmes présentent un inconvénient majeur : ils dépendent de conditions géographiques spécifiques. Ces installations coûteuses nécessitent de grandes quantités d’eau et des dénivelés importants, ainsi qu’une infrastructure massive, ce qui soulève des préoccupations environnementales.

En comparaison, les batteries à grande échelle émergent comme un élément crucial pour l’intégration des énergies renouvelables. Elles offrent bien plus qu’une simple réserve d’électricité : elles renforcent activement la résilience du réseau. Par exemple, elles peuvent réduire les pics de demande en fournissant de l’énergie lors des périodes de forte consommation, comme les soirées d’été où tout le monde utilise la climatisation. Cela diminue le besoin pour les services publics de construire de nouvelles centrales ou lignes de transport coûteuses juste pour gérer ces pics ponctuels.

Un autre avantage clé des batteries est l’arbitrage énergétique : stocker l’électricité produite à bas coût par les panneaux solaires à midi pour la redistribuer lors du pic de consommation du soir, lorsque les prix de l’électricité sont plus élevés. Une étude récente, utilisant les données réelles du marché californien, a montré que l’arbitrage énergétique seul pourrait générer jusqu’à 240 $ par kilowattheure (kWh) sur la durée de vie d’une batterie.

Selon Bloomberg NEF, les installations mondiales de stockage d’énergie non hydroélectrique devraient atteindre 411 GW/1194 GWh d’ici 2030, soit une augmentation de 15 fois par rapport aux 27 GW/56 GWh installés en 2021. Le Canada est bien placé pour devenir un leader dans le stockage d’énergie à grande échelle. Pour ce faire, il faut des politiques et cadres réglementaires qui non seulement soutiennent le déploiement du stockage, mais encouragent également le développement de technologies électrochimiques diversifiées, allant des batteries lithium-ion aux systèmes émergents, comme les batteries à flux à base d’eau.

Aucune chimie de batterie unique ne peut répondre à tous les besoins. Les systèmes lithium-ion traditionnels à réponse rapide sont idéaux pour des applications de courte durée, comme la recharge de véhicules électriques. Les systèmes longue durée — comme les batteries à flux — sont mieux adaptés pour stocker l’énergie solaire et éolienne pendant plusieurs heures ou jours, en particulier dans les communautés rurales ou hors réseau.

En investissant dans un portefeuille diversifié de technologies de stockage, le Canada peut s’assurer que l’électricité renouvelable soit disponible au bon moment et au bon endroit, tout en renforçant la résilience du réseau et en soutenant une transition énergétique fiable et ambitieuse.




Retour en haut de page Retour en haut de page

© Université Concordia