Aller au contenu principal
article

Quel bilan pour François Legault sur les questions LGBTQ+?

28 janvier 2026
|
Par Francesco MacAllister-Caruso

Source: Media Relations

Cet articlé a été publié dans Le Devoir.

Le bilan de son gouvernement ne relève ni d’un antagonisme assumé ni d’un engagement allié.

François Legault quitte la scène politique après un parcours jalonné de décisions controversées, souvent présentées comme relevant du pragmatisme et du gros bon sens. Les enjeux liés aux minorités sexuelles et de genre n’ont pas échappé à cette logique. Tantôt décrite comme modérée, tantôt critiquée pour ses reculs, l’approche du premier ministre à l’égard des droits LGBTQ+ a suscité des réactions contrastées.

À la suite de sa démission, annoncée au milieu du mois de janvier, une question s’impose : quel bilan peut-on dresser de l’action de François Legault sur les droits des minorités sexuelles et de genre, depuis son arrivée à la tête de la Coalition avenir Québec (CAQ), en 2011, jusqu’à la fin de son mandat comme premier ministre, en 2026 ?

À l’opposition : dans le consensus

Lorsque François Legault devient chef de la CAQ, un large consensus parlementaire s’est déjà formé au Québec sur les droits des minorités sexuelles, tandis que les revendications trans commencent à être reconnues. Comme chef de parti dans l’opposition, il ne fait pas de ces questions un axe central de son leadership, mais il ne les conteste pas non plus.

Sous sa direction, la CAQ appuie le projet de loi 35 en 2013, qui abolit l’exigence de chirurgie pour changer la mention de sexe à l’état civil, puis le projet de loi 103 en 2016, qui ajoute l’identité et l’expression de genre à la Charte québécoise. Adoptées à l’unanimité par l’Assemblée nationale, ces mesures traduisent moins un engagement affirmé qu’une adhésion aux normes institutionnelles de l’époque.

Au pouvoir : consolidation sélective

L’arrivée au pouvoir de François Legault, en 2018, marque un changement de registre : son gouvernement consolide certains acquis, mais adopte une approche plus restrictive dès que les politiques touchent à la reconnaissance de la diversité de genre.

D’un côté, le gouvernement adopte en 2020 une loi interdisant les pratiques de conversion et renouvelle en 2023 le Plan d’action contre l’homophobie et la transphobie, en doublant son financement. De l’autre, les politiques touchant directement les personnes trans et non binaires deviennent des lieux d’arbitrage politique.

Le projet de loi 2 déposé en 2021 à la suite d’une décision de la Cour supérieure illustre ce virage. Dans sa version initiale, il proposait de revoir en profondeur le cadre juridique de la reconnaissance du genre et risquait de réintroduire des exigences chirurgicales abolies en 2013. Bien que ces dispositions aient été retirées après de vives critiques, l’épisode rompt avec la logique d’élargissement graduel des droits observée la décennie précédente.

Cette rehiérarchisation devient explicite lorsque les droits entrent en tension avec des institutions centrales de l’État. En 2025, le gouvernement annonce que les personnes trans incarcérées seront désormais placées selon leur « sexe anatomique » plutôt que selon leur identité de genre reconnue. Cette décision rompt avec des pratiques antérieures plus flexibles, expose ces personnes à des risques accrus et réaffirme le contrôle étatique sur la conception biologisante du sexe dans le système carcéral.

La gestion du marqueur de genre « X » s’inscrit dans cette même logique. Malgré une décision judiciaire favorable rendue en 2021, le gouvernement tarde à en assurer la mise en œuvre. Il met sur pied, en 2023, un comité des sages chargé de conseiller le gouvernement sur son approche à l’égard des personnes trans, sans représentation des groupes concernés. Ce n’est qu’en 2024 que le marqueur « X » est finalement autorisé sur les pièces d’identité, à l’issue d’un processus vivement contesté, perçu comme un signal de fragilité des droits acquis.

La même logique se manifeste dans le traitement réservé aux familles queers non traditionnelles. En 2025, le gouvernement annonce son intention de porter en appel une décision reconnaissant la pluriparentalité. Le gouvernement, en présentant les familles pluriparentales comme une menace pour les enfants, réaffirme un cadre normatif privilégiant la filiation biparentale, même lorsque des configurations alternatives ont déjà été reconnues par les tribunaux, au Québec comme ailleurs au Canada.

Pris dans son ensemble, le bilan de François Legault ne relève ni d’un antagonisme assumé ni d’un engagement allié. Il correspond plutôt à une reconfiguration du régime de reconnaissance : consolidation des droits les plus consensuels, combinée à une gestion restrictive et conditionnelle des revendications jugées politiquement sensibles.

Tout en préservant certains acquis, les choix de M. Legault ont contribué à maintenir — et parfois à approfondir — des hiérarchies durables entre différentes composantes de la communauté LGBTQ+. Ce bilan rappelle que, en politique, l’absence d’homophobie ou de transphobie explicite ne suffit pas à faire de quelqu’un un allié.




Retour en haut de page Retour en haut de page

© Université Concordia