Michel Laroche (1945-2026) : « Il a enrichi notre profession et nos vies. »
Michel Laroche a consacré près de cinq décennies à étudier les facteurs qui influent sur les décisions des gens, qu’il s’agisse des marques qu’ils choisissent ou des cultures et des technologies qui façonnent leur comportement.
Mais pour les collègues et les étudiants qui l’ont connu, son influence allait bien au-delà de ses travaux de recherche.
Professeur de longue date au Département de marketing de l’École de gestion John-Molson de l’Université Concordia, Michel Laroche est décédé le 25 septembre 2026. Il était âgé de 81 ans.
Selon Anne-Marie Croteau, doyenne de l’École de gestion John-Molson, Michel Laroche était l’un des chercheurs les plus cités de l’histoire de l’Université. Son profil Google Scholar comptait plus de 41 500 citations en octobre 2026, ce qui témoigne de la portée internationale de ses travaux.
« Michel était l’un des chercheurs les plus éminents et les plus influents de l’histoire de l’École de gestion John-Molson », ajoute-t-elle.
« Il était respectueux, aimable et généreux de son temps. Même après des décennies de recherche, il continuait de s’intéresser aux nouveaux enjeux et aux nouvelles idées, et avait profondément à cœur de soutenir la prochaine génération de chercheuses et chercheurs. »
Michel Laroche se joint à l’Université Concordia en 1979 à titre de professeur adjoint, puis est promu professeur titulaire en 1983. En 2000, il devient le premier titulaire du poste de professeur distingué Banque Royale en marketing.
Son parcours universitaire s’amorce dans le domaine de l’ingénierie. Il obtient un diplôme de l’École centrale de Paris en 1969, puis une maîtrise en génie de l’Université Johns Hopkins en 1971 et un doctorat de l’Université Columbia en 1974.
Au cours des décennies suivantes, il mène des travaux de recherche approfondis sur le comportement des consommateurs, l’identité culturelle, la publicité et le marketing numérique.
Comprendre comment les gens font leurs choix
Durant toute sa carrière, Michel Laroche explore les mécanismes de prise de décisions chez les consommateurs, qu’il s’agisse du choix des marques, de la gestion des différences culturelles ou de l’adaptation aux nouvelles technologies.
Ses premiers travaux permettent de mieux comprendre comment les gens catégorisent les marques avant d’effectuer leurs achats. Il s’intéresse ensuite à l’influence de la culture sur le comportement des consommateurs, notamment dans le cadre d’une recherche menée avec Mark Cleveland et Nicolas Papadopoulos. L’article détaillant les conclusions de cette recherche remporte le prix Hans-B.-Thorelli en 2016 en reconnaissance de l’important apport qu’il représente pour le marketing international.
L’une de ses études les plus marquantes, publiée en 2001, aborde les raisons pour lesquelles les consommateurs sont prêts à payer plus cher pour des produits écologiques. Issue d’un travail rédigé par un étudiant au programme de MBA, cette recherche devient sa publication la plus citée.
« La recherche a eu un grand retentissement, auquel nous ne nous attendions pas », relate Michel Laroche dans une entrevue accordée à Concordia en 2023.
Les recherches de Michel Laroche ont évolué au rythme des habitudes des consommateurs. Il s’est intéressé au magasinage en ligne, aux médias sociaux, aux communautés de marques et aux technologies émergentes, ainsi qu’à la plateforme TikTok.
Michel Laroche (au centre) reçoit le prix d’excellence Cutco-Vector 2025 pour l’enseignement en marketing de l’Academy of Marketing Science, en compagnie de Helen Brown (à gauche) et de Barry Babin (à droite). | Photo : Red Window Communications, University, Mississippi
Bâtir une communauté de recherche
Les contributions de Michel Laroche ne se limitent pas à ses publications.
Il a coécrit 26 importants manuels et supervisé des générations d’étudiantes et étudiants aux cycles supérieurs. Il a également contribué à créer diverses occasions permettant aux chercheurs d’échanger des idées et de faire progresser leur carrière.
Dans le cadre de son poste de professeur distingué Banque Royale en marketing, il a organisé des séminaires qui ont réuni des chercheuses et chercheurs du Canada et de l’étranger. Cette série de séminaires s’est par la suite prolongée à l’échelle internationale, avec des événements organisés à Tokyo et à Shanghai.
Michel Laroche a été directeur-rédacteur en chef du Journal of Business Research (JBR) de 1999 à 2015 et rédacteur en chef de la revue Canadian Journal of Administrative Sciences de 2017 à 2022. Le prix du meilleur corédacteur en chef du JBR (1997) porte aujourd’hui son nom.
Ses réalisations lui ont valu la reconnaissance de plusieurs organisations savantes internationales. Il a été nommé membre de la Société royale du Canada et Fellow de l’American Psychological Association, ainsi que Distinguished Fellow de la Society for Marketing Advances et de l’Academy of Marketing Science.
Parmi les distinctions qu’il a obtenues, mentionnons le prix Acfas Jacques-Rousseau en 2000, le titre de Légende vivante du marketing décerné par HEC Montréal en 2002 et le prix d’excellence Cutco-Vector pour l’enseignement en marketing de l’Academy of Marketing Science, en 2025.
Un généreux mentor et un ami pour la vie
Pour Alan Hochstein, professeur au Département de finance de l’École de gestion John-Molson, la générosité de Michel Laroche s’est manifestée dès le début de sa carrière.
Alan Hochstein s’est joint à Concordia en 1984. Bien que lui et Michel Laroche aient travaillé dans des départements différents, leurs bureaux étaient voisins et ils discutaient souvent des recherches du professeur Laroche.
En 1989, Michel Laroche a désigné Alan Hochstein comme coauteur d’un article publié dans le Canadian Journal of Administrative Sciences.
« C’était ma première publication! Comment pourrais-je jamais oublier ça? », lance Alan Hochstein.
L’humilité de Michel Laroche l’a profondément marqué.
« Il ne s’est jamais servi de son statut pour nous imposer quoi que ce soit, ni à moi ni aux autres, affirme-t-il. Même si les réalisations de Michel étaient remarquables, il nous traitait tous d’égal à égal. »
Alan Hochstein raconte que Michel Laroche l’a aidé à acquérir la confiance dont il avait besoin pour assumer des responsabilités plus importantes, notamment celle de doyen par intérim de l’École de gestion John-Molson.
Michèle Paulin, professeure au Département de marketing de l’école, qui a travaillé en étroite collaboration avec Michel Laroche, se souvient d’un homme discret dont les gestes en disaient plus long que les paroles.
« C’était un homme de peu de mots, mais qui avait un très grand cœur », se souvient-elle.
Elle décrit un superviseur qui faisait confiance aux étudiants pour qu’ils développent leurs propres idées plutôt que de leur imposer son approche. Il encourageait les jeunes chercheurs à explorer leur potentiel et leur accordait l’autonomie nécessaire pour y parvenir.
Michèle Paulin se souvient également de son ouverture à la collaboration, et de sa volonté de transmettre son expertise et d’appuyer ses collègues.
Cette générosité se manifestait bien au-delà de Concordia.
Barry Babin, directeur général de l’Academy of Marketing Science et professeur à l’Université du Mississippi, a été un ami et un collaborateur pendant plus de 30 ans.
Tous deux ont travaillé ensemble pendant plus de 15 ans au Journal of Business Research et contribué à soutenir des organisations internationales de marketing.
« Michel s’intéressait sincèrement aux gens, indique Barry Babin. Il prenait le temps d’être là pour les autres, se réjouissait de leurs réussites et était toujours prêt à les encourager, à leur donner des conseils ou simplement à les écouter. »
Barry Babin se souvient également de l’amitié qui les liait en dehors du milieu universitaire, notamment de leurs conversations autour d’un succulent repas et d’un bon vin.
« Je me souviendrai surtout des bons moments que nous avons passés à table », confie-t-il.
Évoquant l’héritage de Michel Laroche, Barry Babin ajoute : « Il a enrichi notre profession et nos vies. »
Pour Michèle Paulin, la curiosité intellectuelle de Michel Laroche constituait une autre qualité déterminante, même à la fin de sa carrière.
Dans une entrevue accordée à Concordia en 2023, Michel Laroche parlait de son intérêt grandissant pour l’intelligence artificielle et de l’influence potentielle de cette technologie sur la recherche en marketing.
« Je m’intéresse constamment à de nouveaux sujets et je suis toujours aussi curieux. Même après 50 ans, je continue. »