Ni les tensions politiques ni la distance ne sauraient empêcher Richard Foltz, chercheur à Concordia, d’étudier les communautés linguistiques en péril

Le professeur de religions et cultures est l’auteur des premiers ouvrages en anglais issus du monde iranophone, sur les Tadjiks d’Asie centrale et les Ossètes du Caucase
11 août 2022
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Un homme souriant assis devant une fontaine par une journée ensoleillée. « Depuis quatre ans, j’étudie deux peuples iranophones situés aux deux extrêmes du monde iranien », explique Richard Foltz.

On ne pourra jamais accuser Richard Foltz, professeur au Département de religions et cultures à la Faculté des arts et des sciences de l’Université Concordia, de timidité dans la poursuite de ses travaux de recherche.

Spécialiste de la civilisation iranienne, le Pr Foltz a exploré de nombreux recoins peu connus de l’Asie centrale postsoviétique – du Caucase, à l’ouest, jusqu’à la région chinoise du Xinjiang, plus à l’est.

Son récent voyage de recherche en Ossétie du Nord et du Sud, dans la région centrale du Caucase, ne s’est pas tout à fait déroulé comme prévu.

« J’ai vécu six mois en Ossétie, en pleine période de pandémie, à tenter de composer avec ce qui se passait en Russie – jusqu’à ce que les services de sécurité russes décident que j’étais un espion à la solde de l’OTAN et m’expulsent du pays », relate-t-il. « J’étais censé passer un an et demi en Ossétie, mais j’ai été chassé du pays après à peine sept mois, dans des conditions presque identiques à celles dépeintes dans la dernière scène du film Argo! »

Ce voyage lui a néanmoins donné la chance d’effectuer trois visites en Ossétie du Sud, un pays indépendant sur le plan fonctionnel, mais pour ainsi dire non reconnu – la plupart des autorités mondiales le considérant comme faisant partie de la Géorgie.

Publié à la fin de 2021 chez Bloomsbury Press et intitulé The Ossetes: Modern-Day Scythians of the Caucasus, le plus récent ouvrage du Pr Foltz est le premier sur le sujet à paraître dans une langue occidentale, quelle qu’elle soit. C’était aussi le cas de son œuvre précédente, sortie en 2019 et intitulée A History of the Tajiks: Iranians of the East.

« Depuis quatre ans, j’étudie deux peuples iranophones situés aux deux extrêmes du monde iranien », explique Richard Foltz.

« Dans l’est sont réunis les Tadjiks, qui vivent au Tadjikistan, en Ouzbékistan, en Afghanistan, et aussi au Xinjiang, dans l’ouest de la Chine. Puis, à la limite occidentale vivent des groupes tels que les Kurdes, en Turquie, et les Ossètes, au Caucase », poursuit-il.

« Les Ossètes sont les seuls descendants linguistiques des Scythes – qui parlaient un dialecte du nord-est de l’Iran – à survivre encore aujourd’hui. L’ossète moderne et le persan sont des cousins très éloignés – autant que le sont l’anglais et l’islandais – mais ces langues font toutes partie de la culture iranienne élargie. »

Les Tadjiks, les Ossètes et le monde persanophone

La civilisation iranienne au sens large constitue un monde immense et historiquement complexe qui correspond plus ou moins à ce que l’on désigne aujourd’hui comme l’Asie centrale et occidentale. Riche d’une histoire écrite vieille de 2 500 ans, elle englobe une grande diversité de peuples qui se sont établis de l’Europe de l’Est à la Chine, jusqu’en Inde.

« Quand les gens entendent le mot Iran, ils pensent immédiatement à la République islamique d’Iran que nous connaissons aujourd’hui, alors que je fais plutôt référence à la civilisation iranienne au sens large – une notion qu’on pourrait dire analogue à la civilisation gréco-romaine ou à la civilisation chinoise, particulièrement en raison de ce même rôle fondamental dans l’histoire de l’Eurasie », fait-il remarquer.

« Bien que les ancêtres sarmates des Ossètes se soient séparés des autres peuples iraniens il y a plus de 2 000 ans, les Tadjiks ont fait partie du monde perse jusqu’à récemment, soit jusqu’au 18e siècle. Ils sont évidemment associés au Tadjikistan, mais en réalité, la majorité des Tadjiks vivent en Afghanistan, où ils forment environ 40 pour cent de la population », précise-t-il.

« Leur langue est en quelque sorte un dialecte du persan, qu’on appelle le dari en Afghanistan, mais cela reste fondamentalement du persan. Je me suis intéressé à tout ce territoire tadjik – pas seulement le Tadjikistan, mais aussi l’Ouzbékistan, l’Afghanistan, et même la province chinoise du Xinjiang. »

Depuis la première parution de l’ouvrage du Pr Foltz, les Tadjiks de l’Asie centrale, et au-delà, ont vécu de nombreux bouleversements. Compte tenu de cette nouvelle conjoncture, la maison d’édition du Pr Foltz a approché ce dernier avec l’idée de faire paraître une édition revue.

« Étant donné que beaucoup de choses se sont passées au cours des quatre dernières années, mon éditeur m’a contacté pour me dire qu’il souhaitait que je rédige une deuxième édition de mon livre sur les Tadjiks, qui prendrait en compte tous ces nouveaux développements, indique-t-il. Je me suis donc rendu en Ouzbékistan en avril et j’ai rédigé un nouveau chapitre pour l’ouvrage. »

« Je parle notamment du retour au pouvoir des talibans en Afghanistan, des bouleversements au Badakhchan, des Tadjiks en Russie et de l’incidence de la guerre en Ukraine sur ces derniers. Leur économie repose à 40 pour cent sur des transferts de fonds en provenance de la Russie. »

La parution de l’édition revue d’History of the Tajiks est prévue pour janvier 2023 –  couronnement d’une période productive pour le Pr Foltz. Son prochain article savant, à propos des survivants ossétophones du centre de la Turquie, paraîtra à l’automne dans la revue Iran and the Caucasus.

Apprenez-en davantage sur le Département des religions et cultures de l’Université Concordia.



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