Dans ce contexte, l’argument selon lequel le capitalisme contemporain engendre des formes politiques autoritaires mérite une attention particulière. Plus les inégalités se creusent, plus le maintien de l’ordre social existant requiert des dispositifs de contrôle, de répression et de délégitimation des revendications populaires.
Par exemple, les discours anti-immigration de ce point de vue peuvent servir de diversion afin de canaliser la grogne populaire non pas envers les classes dominantes, mais envers des boucs-émissaires vulnérables. La montée des droites autoritaires dans de nombreux contextes nationaux peut ainsi être interprétée non pas comme une rupture avec le système économique dominant, mais comme l’une de ses modalités de stabilisation politique face à des contradictions internes croissantes.
En dernière analyse, le récent rapport d’Oxfam met en évidence un enchaînement préoccupant : concentration extrême de la richesse, aggravation de la précarité matérielle, captation du pouvoir politique et érosion démocratique. Le rapport invite donc à dépasser une lecture strictement morale ou technocratique des inégalités.
Celles-ci ne sont pas de simples « excès » qu’il suffirait de corriger à la marge par des ajustements fiscaux. Elles constituent le produit normal d’un système économique fondé sur l’exploitation et la précarité du plus grand nombre, et la subordination de la démocratie aux intérêts économiques.
Dans ce cadre, la défense de la démocratie ne peut se limiter à la protection des procédures électorales ; elle suppose également une transformation plus profonde des structures économiques qui conditionnent l’exercice effectif de la citoyenneté.
Résister à la montée des autoritarismes implique dès lors de s’attaquer aux causes structurelles de ces dynamiques. Cela passe non seulement par des politiques de redistribution ambitieuses, mais aussi par le développement de formes d’organisation économique et sociale alternatives au capitalisme, plus à même de mettre l’économie et le travail au service des besoins de tous et toutes, plutôt qu’à l’accumulation privée des richesses par une poignée de milliardaires.
Jonathan Martineau, Professeur de philosophie, Liberal Arts College, Université Concordia, Concordia University
Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.