Frontières intelligentes et moyens de subsistance numériques au programme de la conférence Bridging Divides 2026
Les discussions ont mis en évidence le fait que les technologies, souvent présentées comme des outils d’efficacité et d’objectivité, peuvent autant améliorer certains systèmes qu’en amplifier les inégalités existantes. Crédit photo : Morillo Photography.
Du 20 au 22 mai, des chercheur.euse.s, décideur.euse.s politiques, praticien.ne.s et représentant.e.s de la société civile du Canada et de l’international se sont réunis à l’Université Concordia à l’occasion de la conférence Bridging Divides 2026, organisée par l’Institut de recherche sur les migrations et la société (IRMS).
À travers une conférence d’honneur, un atelier, des panels et des tables rondes, les participant.e.s ont exploré la manière dont les systèmes alimentés par l’intelligence artificielle sont de plus en plus intégrés à la gouvernance des migrations, à la gestion des frontières, au recrutement de la main-d’œuvre, à l’accès aux soins de santé et aux services sociaux. Un thème récurrent tout au long de la conférence a été le remplacement croissant de tâches autrefois réalisées par des êtres humains par des systèmes automatisés, incapables de réfléchir, d’interpréter les situations ou de faire preuve d’empathie de la même manière que les personnes.
Les discussions ont mis en évidence le fait que les technologies, souvent présentées comme des outils d’efficacité et d’objectivité, peuvent autant améliorer certains systèmes qu’en amplifier les inégalités existantes. Bien que les outils numériques puissent élargir l’accès à l’information, aux services et aux possibilités d’emploi, des intervenant·e·s provenant de disciplines telles que les sciences sociales, le génie, l’urbanisme et les sciences de la santé ont également soulevé d’importantes préoccupations en matière de surveillance, de biais, de reddition de comptes et d’exclusion.
« Ce que j’ai le plus apprécié de cette conférence, c’est la créativité qui en a émergé », souligne Anna Triandafyllidou, directrice scientifique de Bridging Divides à la Toronto Metropolitan University. « Des politologues ont collaboré avec des analystes de données pour étudier les effets des outils alimentés par l’intelligence artificielle sur l’administration quotidienne des migrations. Des spécialistes en santé publique ont échangé avec des psychologues et des sociologues sur les inégalités d’accès aux services de santé et sur les façons dont la technologie peut faire une différence. C’est là toute la force de Bridging Divides. Nous produisons une recherche d’excellence qui nous pousse également à repenser notre manière de concevoir les migrations, de mener nos recherches et de partager les connaissances avec les communautés et les décideur·euse·s qui peuvent les mettre à profit. »
Plusieurs séances ont porté sur l’intégration de l’intelligence artificielle dans les processus décisionnels liés aux migrations, soulevant des questions autour de ce que Jocelyne Brad, étudiante aux cycles supérieurs à l’IRMS, a qualifié de « fragmentation du pouvoir discrétionnaire », c’est-à-dire le déplacement du jugement et de la responsabilité à travers des systèmes technologiques de plus en plus complexes. Les chercheur·euse·s ont discuté de la manière dont l’utilisation croissante d’outils automatisés peut brouiller les mécanismes de reddition de comptes tout en redistribuant le pouvoir décisionnel entre les gouvernements, les entreprises technologiques privées et les plateformes numériques.
Parallèlement, la conférence a souligné que les personnes migrantes et réfugiées ne sont pas de simples utilisatrices de technologies. Les présentations ont montré comment les outils numériques sont adaptés de manière créative et parfois inattendue pour développer des moyens de subsistance, maintenir des liens sociaux transnationaux, accéder aux soins de santé et s’orienter dans des institutions peu familières. Les discussions ont mis en lumière à la fois les possibilités offertes par ces technologies et leurs limites, notamment en ce qui concerne la littératie numérique, la fatigue liée aux données, l’hyperconnectivité et les inégalités d’accès.
Tout au long de la conférence, les intervenant.e.s ont rappelé que les technologies ne sont jamais neutres. Elles sont façonnées par des priorités politiques, des structures institutionnelles et des inégalités sociales plus larges, les personnes migrantes et réfugiées étant souvent parmi les premières populations touchées par ces systèmes émergents avant leur déploiement dans l’ensemble de la société.