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Comment les fabricants canadiens peuvent rattraper leur retard en matière d’adoption de l’IA avant qu’il ne soit trop tard

Des leaders du domaine de l’IA affirment que l’adoption commence par un changement de mentalité et une première étape concrète et ciblée
26 août 2025
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Par Darcy MacDonald


Un homme utilise un ordinateur portable dans une usine

L’intelligence artificielle (IA) est en voie de révolutionner les industries partout dans le monde, mais les fabricants canadiens tardent à l’adopter. En effet, une enquête de Statistique Canada a révélé que seulement 3,7 % des fabricants utilisent actuellement l’IA dans leurs activités.

Andy Manel, cofondateur de Bold New Edge, société spécialisée dans l’adoption des technologies, cette hésitation reflète un problème de mentalité découlant d’un leadership prudent, d’une expertise interne limitée et d’une tendance à sous-estimer le potentiel de l’IA.

« Le changement de mentalité le plus important consiste à cesser de considérer l’IA comme un coût à gérer et à commencer à la considérer comme une intelligence à recruter », estime M. Manel. « Cela permet aux gestionnaires de se demander : “Quelle est la tâche la plus importante pouvant être confiée en premier lieu à cette nouvelle intelligence?”, au lieu de se laisser paralyser par l’ampleur du défi. C’est ainsi qu’il faut commencer : par un projet concret et ciblé qui crée une véritable dynamique. »

Un nouveau parcours d’apprentissage pour les leaders

Afin d’aider les dirigeants à franchir cette première étape d’adoption de l’IA cet automne, l’entreprise Bold New Edge, en partenariat avec Formation continue Concordia, lance le programme AI for Decision-Makers in Advanced Manufacturing (« l’IA pour les décideurs dans le secteur de la fabrication de pointe »). Ce programme hybride de huit semaines met en relation des dirigeants du secteur manufacturier avec des mentors spécialisés en IA et leur permet de dresser une feuille de route permettant de relever les défis organisationnels auxquels ils sont confrontés en recourant à l’IA. La formation sera menée par des formateurs tels qu’Adrián González Sánchez, architecte en IA à Microsoft, qui a conseillé des gouvernements, des leaders de l’industrie et des instituts de recherche sur les façons d’utiliser l’IA dans des secteurs allant de la santé publique à la fabrication de pointe.

« L’adoption de l’IA se fait étape par étape, en choisissant des cas simples mais porteurs qui permettent de commencer à bâtir la maturité interne et la portée technologique », précise M. González Sánchez.

Surmonter les obstacles à l’adoption de l’IA

M. Manel relève trois obstacles interreliés qui ralentissent l’adoption de l’IA.

Le premier est une lacune en matière de leadership et d’imagination : de nombreux chefs d’entreprise canadiens utilisent déjà des outils basés sur l’IA dans leurs activités sans s’en rendre compte, ce qui les empêche de reconnaître la valeur stratégique de l’IA ou d’en quantifier le rendement.

Le deuxième est une tendance culturelle à la « progressivité prudente », où les investissements modestes et sûrs l’emportent sur des expériences potentiellement transformatrices.

Andy Manel, cofondateur de Bold New Edge Andy Manel, cofondateur de Bold New Edge

Le troisième obstacle est une lacune dans la mise en œuvre résultant d’un manque d’expertise interne.

« Il s’agit là de difficultés liées au leadership », observe M. Manel. « Le principal obstacle est la perception d’un faible rendement du capital investi, ce que nous considérons non pas comme un échec technologique, mais comme un manque d’imagination. »

M. González Sánchez ajoute que les leaders du secteur manufacturier ont souvent du mal à voir comment les capacités de l’IA peuvent être mises au service de solutions durables ayant de grandes retombées.

« Un leader compétent doit être capable d’analyser son environnement, de cerner les occasions réalistes et de trouver le juste équilibre entre développer à l'interne, faire appel à un intégrateur ou acquérir une licence pour des outils existants », énumère-t-il. « Ces décisions ont une incidence non seulement sur les budgets et les échéanciers, mais aussi sur les besoins en formation, facteur déterminant d’une adoption réussie. »

Des occasions pratiques pour les fabricants

Les deux experts s’accordent à dire que les capacités prédictives de l’IA la rendent particulièrement utile dans le secteur manufacturier.

Lorsqu’ils sont employés pour analyser les données relatives à la chaîne d’approvisionnement et à la production, ces outils permettent aux entreprises d’anticiper les variables et d’agir avant que les problèmes ne surviennent. L’IA peut également servir à remédier aux inefficacités opérationnelles, qu’il s’agisse d’automatiser l’inspection des actifs physiques ou d’accélérer l’accès aux documents techniques.

L’entreprise Bold New Edge suggère de s’attaquer d’abord à un problème d’entreprise clairement défini pour lequel des données sont déjà disponibles. M. Manel se souvient d’avoir travaillé avec un directeur des opérations du secteur aérospatial qui envisageait la mise en place d’un « copilote » IA pour aider le personnel technique à diagnostiquer plus rapidement des problèmes complexes. Les leaders se sont d’abord concentrés sur les risques perçus, si bien que l’idée est restée en suspens pendant des années.

Dans le cadre du programme AI for Decision-Makers in Advanced Manufacturing, les leaders développent des concepts similaires en vue de mettre au point des prototypes fonctionnels. Ils produisent ainsi des dossiers d’investissement qui ont beaucoup plus de chances d’être approuvés.

Produire de meilleurs résultats

Selon M. González Sánchez, la confiance se bâtit grâce à une exposition régulière et à la collaboration avec des experts.

Il voit souvent des leaders confrontés au « syndrome de l’imposteur en IA », qui doutent de leur capacité à diriger des projets malgré leurs compétences stratégiques. Son conseil : acquérir des connaissances par petites étapes progressives tout en gardant à l’esprit les objectifs d’entreprise. Il souligne également que les considérations réglementaires et de conformité doivent être prises en compte à chaque phase d’un projet d’IA afin d’assurer une mise en œuvre fluide sans freiner l’innovation.

Adrián González Sánchez, architecte en IA chez Microsoft Adrián González Sánchez, architecte en IA chez Microsoft

Une fois ces bases posées, les leaders peuvent se concentrer sur la gestion des projets avec clairvoyance et détermination.

« L’adoption de l’IA ne signifie pas que vous devez maîtriser tous les algorithmes vous-même », souligne M. González Sánchez. « Il s’agit plutôt d’en savoir suffisamment pour poser les bonnes questions et faire en sorte que le projet aboutisse à des résultats commerciaux concrets. »

Un moment décisif pour l’industrie manufacturière canadienne

Selon M. Manel, les obstacles techniques s’amenuisent rapidement. Des caméras et des capteurs abordables peuvent désormais doter l’IA d’une vision, d’une ouïe et d’une perception spatiale au sein même des usines, et permettre la création de modèles numériques intelligents à un coût bien inférieur à ceux qui avaient cours dans le passé.

Les fabricants qui passent à l’action dès maintenant peuvent rapidement démontrer la valeur ajoutée de cette technologie, susciter un élan et intégrer l’IA dans leur planification stratégique. Ceux qui hésitent risquent de prendre du retard en conservant des outils dépassés.

« Ils ne seront pas simplement en retard », renchérit M. Manel. « Ils joueront dans une tout autre catégorie. » Selon lui, les leaders d’aujourd’hui doivent décider de l’avenir qu’ils souhaitent pour leur organisation. « La priorité est désormais de former des leaders qui comprennent à la fois le potentiel et les limites de l’IA. »

M. González Sánchez abonde dans le même sens.

« Adopter l’IA ne signifie pas se précipiter sur toutes les nouvelles technologies », précise-t-il.

« Il s’agit de choisir les bonnes occasions, d’agir avec détermination et de préparer votre organisation à prospérer dans les années à venir. »



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