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L’efficacité des ruelles vertes dépend de leur conception et des objectifs visés, révèle une étude de l’Université Concordia

Les petits espaces verts en milieu urbain peuvent renforcer la biodiversité locale et le tissu social, mais les approches varient
28 avril 2026
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Une femme dans une ruelle
Isabella Richmond : « Les ruelles vertes forment de longs et vastes réseaux qui constituent une excellente manière de verdir des villes densément peuplées. »

Les ruelles vertes – ces petites rues résidentielles réaménagées pour améliorer la qualité de vie des résidents, renforcer la cohésion sociale et favoriser la biodiversité – gagnent en popularité dans les villes d’Amérique du Nord. Mais à mesure que le phénomène prend de l’ampleur, le concept reste flou : qu’est-ce qui constitue exactement une ruelle verte et quels avantages peut-elle apporter?

Comme le montre une nouvelle étude de l’Université Concordia publiée dans la revue Ecosystems and People, il n’y a pas de définition unique de ce qu’est une ruelle verte, car ce type d’aménagement peut prendre de nombreuses formes. Bien qu’on associe souvent les ruelles vertes à une plus grande biodiversité et à la création de liens de voisinage, l’étude montre qu’elles n’atteignent pas toujours ces deux objectifs simultanément. En réalité, les résultats obtenus dépendent de la conception de la ruelle en question et des objectifs visés au départ.

L’étude a été dirigée par Isabella Richmond (Ph. D. 2025), sous la supervision de Carly Ziter, professeure adjointe au Département de biologie. Elle a été menée en collaboration avec l’Université de Montréal et avec l’Université du Québec à Montréal.

Green alleys in Trois-Rivieres and Montreal Photo Isabella Richmond

Chaque ville a sa propre manière de voir les choses

Les différences sont évidentes lorsqu’on compare les ruelles de Montréal, aménagées à l’initiative des résidents, et celles de Trois-Rivières, qui sont le fruit d’un programme standardisé piloté par la ville.

« À Montréal, les résultats sont très divers, explique Isabella Richmond. Il peut s’agir d’aménager une aire de jeu pour les enfants, de peindre des murales ou encore d’éliminer le béton et de planter des arbres. »

De son côté, le programme de Trois-Rivières, qui met l’accent sur la gestion des eaux pluviales, conserve l’accès aux véhicules, notamment aux fins de collecte des déchets. Le couvert végétal des ruelles trifluviennes est plutôt standardisé et on y trouve davantage de gazon ainsi que des bandes de béton permettant la circulation des véhicules.

L’équipe de recherche a constaté que cette approche donnait des résultats plus uniformes et des températures plus fraîches la nuit. Elle ne répond pas toutefois à l’ensemble des désirs des citoyens, qui souhaitent dans certains cas y voir plus d’arbres de fort calibre.

Ce constat permet d’expliquer pourquoi les ruelles vertes de Montréal présentent des résultats si hétérogènes. On y trouve parfois plus d’arbres que dans d’autres secteurs de la ville, mais ceux-ci sont souvent plus petits, ce qui limite leur capacité à offrir de l’ombre et à rafraîchir. Dans certains cas, le couvert arboré se situe à moindre hauteur que dans les rues environnantes. Pour ce qui est de la capacité de contrer les îlots de chaleur, les données sur la température indiquent un effet modeste et très variable, certaines ruelles vertes ne faisant pas mieux – voire pire – que leurs équivalentes bétonnées à certains moments de la journée.

Relevés et entretiens avec des résidents

L’équipe de recherche a analysé 53 ruelles vertes, 23 ruelles n’ayant fait l’objet d’aucun aménagement et 76 segments de rue à proximité dans l’arrondissement de Villeray-Saint-Michel-Parc-Extension de Montréal, ainsi qu’à Trois-Rivières. L’étude a été menée à l’été 2023 en récoltant des données sur les lieux et en interviewant des résidents.

Les chercheurs et chercheuses ont noté les espèces d’arbres, le couvert végétal, la canopée et la présence de plantes indigènes ou envahissantes. À Montréal, ils ont également tenu compte de la présence de lucioles comme indicateur de la qualité de l’habitat.

Afin de mesurer l’efficacité potentielle à contrer les îlots de chaleur, on a installé des thermomètres qui ont pris des mesures toutes les 15 minutes pendant plusieurs semaines. On a également interrogé 30 résidents pendant qu’ils marchaient dans leur quartier afin de leur demander quelles étaient les caractéristiques qu’ils recherchaient (ombre, verdure, attrait visuel, par exemple).

Peu d’avantages sans engagement soutenu

Dans les deux villes, les chercheurs et chercheuses ont observé que les ruelles aménagées il y a quelques années tendaient à devenir moins vertes parce que leur entretien avait été négligé faute de financement. Ils font remarquer qu’un projet est davantage susceptible d’être abandonné lorsque son coût est transféré aux citoyens, ce qui est fréquent.

« L’approche préconisée par chacune des villes comporte ses avantages et ses inconvénients, explique Isabella Richmond. Si votre ville vise un taux de canopée de 30 % et qu’elle compte atteindre son objectif en plantant des arbres dans les ruelles, le modèle de la ville de Trois-Rivières est celui offrant les résultats les plus rapides. Toutefois, si vous souhaitez plutôt améliorer la qualité de vie des résidents, l’approche montréalaise permet aux citoyens de mettre en œuvre des projets qui répondront à leurs attentes. »

« Les ruelles vertes constituent une excellente manière de verdir des villes densément peuplées, ajoute-t-elle. Je crois qu’un juste milieu serait d’avoir des projets issus de la population, qui sont appuyés par des experts, dotés d’un financement stable et soutenus dans leur gestion dans une perspective à long terme. »

Lisez l’article cité : « Green alleys in Quebec provide variable biodiversity support and ecosystem services »



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