La réduction de l’étalement urbain nécessite l’établissement d’objectifs clairs et de limites à l’expansion, selon une nouvelle étude réalisée à l’Université Concordia
Il est nécessaire de fixer des objectifs et d’établir des limites en matière d’étalement urbain afin d’évaluer l’efficacité des orientations urbanistiques, par exemple la préservation de ceintures vertes et un effort de densification renouvelé, montre une nouvelle étude réalisée à l’Université Concordia. L’utilisation systématique de ce type d’indicateurs, courante dans d’autres champs d’activité visant à limiter la dégradation de l’environnement, est le seul moyen d’assurer un avenir durable pour les décennies à venir.
Dans un article publié dans la revue Environmental Management, une équipe de recherche du Département de géographie, urbanisme et environnement expose les résultats d’une étude de cas qu’elle a menée sur sept scénarios de développement urbain jusqu’en 2070 en se fondant sur les schémas de croissance rapide observés dans des zones bâties de Montréal entre 1986 et 2016. Ces scénarios vont de l’absence d’intervention – ne proposer aucun changement de politique et laisser les tendances de développement actuelles se poursuivre – à l’arrêt complet de l’expansion urbaine, c’est-à-dire l’interdiction de toute nouvelle construction dans les zones bâties. Les cinq autres modèles prévoient une augmentation plus lente de l’utilisation du sol par personne, une densification accrue et une modération de l’étalement urbain en autorisant l’accroissement de l’utilisation du sol à certains endroits tout en la limitant ailleurs.
Seul le dernier scénario a été considéré comme pleinement durable. L’équipe souligne que même si les ceintures vertes constituent un élément important de leur approche, l’aménagement de ces zones devra être associé à d’autres politiques pour que les objectifs et les limites fixés en matière de durabilité puissent être atteints.
« La discussion politique sur l’établissement de ceintures vertes à Montréal a considérablement ralenti, ce qui va à l’encontre de nos besoins compte tenu des taux de croissance actuels de l’étalement urbain, qui restent très élevés », signale le professeur agrégé Jochen Jaeger, auteur-ressource de l’article. « L’étalement urbain est contraire à la durabilité, et nous devons de toute urgence y mettre un frein pour de nombreuses raisons. »
Jochen Jaeger fait remarquer que le Schéma d’aménagement et de développement de l’agglomération de Montréal 2025 ne fait aucune mention des ceintures vertes, et souligne que cette omission devrait être rectifiée au plus vite.
« La discussion politique sur l’établissement de ceintures vertes à Montréal a considérablement ralenti, ce qui va à l’encontre de nos besoins compte tenu des taux de croissance actuels de l’étalement urbain, qui restent très élevés », selon Jochen Jaeger
Bâtir à la verticale et non à l’horizontale
Les chercheuses et chercheurs ont évalué les résultats de leurs scénarios à l’aide d’un indicateur appelé « prolifération urbaine pondérée » (PUP), établi conjointement il y a plus de 15 ans par Jochen Jaeger pour étudier l’étalement urbain en Europe. Cet indicateur s’appuie sur trois facteurs pour déterminer le degré d’étalement urbain d’une ville : la superficie des zones bâties, la dispersion de ces zones et la superficie moyenne du sol utilisée par personne. Des valeurs élevées indiquent une croissance dispersée et accaparant de grandes superficies de sols.
Pour réaliser leur étude, les chercheuses et chercheurs ont appliqué la méthode PUP à la région métropolitaine de Montréal, en s’appuyant sur des cartes détaillées et sur des données historiques et prévisionnelles relatives à la croissance démographique et à la création d’emplois dans l’agglomération. Ils ont constaté que le rythme de l’étalement urbain s’est accéléré au cours des dernières décennies. En effet, entre 1986 et 2016, la superficie des sols utilisés a presque doublé, alors que la population n’a augmenté que de 25 %. Cela reflète une tendance croissante à privilégier les habitations unifamiliales plus spacieuses construites sur de grands terrains en banlieue et en périphérie de la ville.
L’équipe de recherche a également examiné différents scénarios impliquant l’aménagement d’une ceinture verte en comparant quatre options possibles. Celles-ci comprenaient le renforcement des protections existantes des terres agricoles, des espaces verts et des parcs entourant Montréal, y compris de nouvelles protections pour les zones agricoles autour de Varennes ainsi que la protection des terres forestières autour de Gore et de Saint-Colomban. Le scénario le plus ambitieux pour la ceinture verte comprendrait de nouvelles protections pour toutes ces zones.
Toutefois, ces ceintures vertes ne suffiraient pas à elles seules à freiner suffisamment l’étalement urbain sans l’application de politiques supplémentaires favorisant la densification dans les zones déjà construites.
« Cela ne veut pas dire qu’il faudrait construire dans les parcs urbains, car ces espaces verts doivent également être préservés, affirme Jochen Jaeger. Lorsque nous parlons de densification, nous pouvons citer à titre d’exemple un quartier prisé comme le Plateau–Mont-Royal, où prédominent les triplex plutôt que les tours d’habitation. Le modèle de la maison unifamiliale de banlieue est dépassé. Nous devons partager les espaces que nous avons déjà transformés en zones bâties et mieux les utiliser. »
L’approche de l’équipe de recherche consiste entre autres à proposer des objectifs et des limites similaires aux mesures utilisées pour réduire la pollution sonore et atmosphérique.
« Ces valeurs aident les urbanistes à évaluer l’efficacité de leurs plans et stratégies visant à prévenir ou à réduire l’étalement urbain », affirme Sepideh Mosharafian
« Ces valeurs aident les urbanistes à évaluer l’efficacité de leurs plans et stratégies visant à prévenir ou à réduire l’étalement urbain », souligne l’auteure principale de l’étude, Sepideh Mosharafian, étudiante à la maîtrise.
La chercheuse ajoute que ce cadre est facilement transposable à d’autres villes qui cherchent à limiter l’étalement urbain et à mettre en place des formes de développement urbain plus durable. Elle note cependant qu’à Montréal, le temps presse
Elle a calculé que si les tendances actuelles se maintiennent, les terres qui ne sont pas encore développées dans la zone circonscrite par la ceinture verte proposée pourraient se remplir en 12 ans seulement.
Lisez l’article cité : « Proposing Targets and Limits to Urban Sprawl: How Likely are Current Greenbelt Scenarios for Montreal to Achieve Proposed Reference Values by 2070? »