Hope Moon poursuit actuellement une maîtrise en géographie, urbanisme et environnement à l’Université Concordia. Elle s’intéresse aux croisements entre changement climatique et systèmes sociaux, et ses recherches portent sur la sécurité du logement au Québec dans le contexte des risques d’inondation et de l’adaptation aux changements climatiques. Hope Moon a obtenu un double diplôme de Honours en sciences de l’environnement et en études contemporaines à l’Université King’s College de Halifax, en Nouvelle-Écosse. Elle a travaillé pour des organismes à but non lucratif voués à la protection de l’environnement qui sensibilisent les citoyens à l’importance de l’action climatique et de la résilience à l’échelle municipale; elle a également œuvré au sein de divers collectifs luttant pour la justice alimentaire et d’associations étudiantes militant pour un avenir viable pour tous.
Gratuité des transports et mieux vivre : Des solutions climatiques en phase avec les nécessités du quotidien
par Hope Moon
Cet article fait parti de l'édition spécial du journal de SHIFT, La recherche par et pour les communautés (septembre 2026), qui a invité des œuvres explorants qu'est-ce que ça pourrait donné si le développement relationnel, la curiosité, l'enquête collaborative, et le partage du pouvoir étaient mieux récompenser dans nos environnements de recherche et d'apprentissage. Cet article en particulier a été écrit part l'un des Fellows du programme de recherche et d'action collective du Centre SHIFT.
Quand vous pensez à la crise climatique, qu’est-ce qui vous vient à l’esprit? Voyez-vous défiler des manchettes, ou imaginez-vous une bombe à retardement dont le compte à rebours n’indique plus que quelques années? Les flammes des feux de forêt crépitent-elles devant vos yeux? Ou peut-être sentez-vous des inondations monter jusqu’à vos pieds? Commencez-vous à vous sentir dépassé et bouleversé, et avez-vous envie de faire quelque chose (n’importe quoi!) pour vous rassurer? Probablement… et vous n’êtes pas la seule personne à vivre cette situation.
L’époque où la peur constituait le principal levier de sensibilisation efficace à l’importance de l’action climatique est révolue. Nous savons tous trop bien ce qui nous attend, mais ignorons ce que nous devrions faire, surtout lorsque tant d’autres crises urgentes se produisent simultanément. Une telle situation peut engendrer épuisement et découragement. Le travail de mobilisation pour le climat doit donc faire le lien entre ces problèmes à grande échelle et la vie quotidienne des gens. C’est là que réside le potentiel de l’organisation locale pour la justice climatique.
Les mesures axées sur le transport en commun constituent des solutions locales au changement climatique hautement susceptibles de rallier les gens. La campagne de Justice climatique Montréal, Transport pour toustes, établit un lien entre la crise climatique et la vie quotidienne des Montréalaises et Montréalais. En effet, une utilisation accrue du transport en commun entraîne une diminution non seulement de nos émissions de carbone (en réduisant l’utilisation globale de l’automobile), mais aussi des inégalités sociales qui créent des obstacles aux déplacements dans la ville comme le faible revenu, les limitations physiques et le manque de services dans les quartiers. La campagne relie notre bien-être social et environnemental à l’existence d’un réseau de transport en commun adéquatement soutenu. L’un ne va pas sans l’autre. Il n’existe peut-être pas de solution miracle pour nous sortir de notre crise socioécologique, mais le transport en commun est certes un bon point de départ.
La campagne contribue à réduire les frictions auxquelles les familles font souvent face lorsqu’elles tentent de s’impliquer davantage dans le militantisme politique.
La gratuité des transports en commun pour les jeunes va plus loin encore, car elle contribue à humaniser cette revendication en en faisant une solution climatique. La sous-campagne cible la population des jeunes et plaide en faveur de la gratuité pour toutes les personnes de moins de 18 ans. À l’heure actuelle, le transport en commun est gratuit pour les enfants de moins de 11 ans (s’ils sont accompagnés d’un adulte) et pour les adultes de plus de 65 ans. Les arguments invoqués en faveur de l’extension de la gratuité du transport à la catégorie des 65 ans et plus ont établi un précédent. En effet, l’accroissement de l’accessibilité et de l’autonomie sont des avantages qui valent tout autant pour les enfants que pour les adultes. Des études menées au pays sur diverses initiatives en la matière montrent que l’accès gratuit au transport en commun entraîne d’importants avantages pour les jeunes. Ils en tirent un grand sentiment d’autonomie, et le fardeau financier qui pèse sur eux ou sur leur famille se voit réduit. En outre, un meilleur accès au transport en commun leur permet de profiter pleinement des ressources et des possibilités offertes dans toute la ville. L’argent n’est plus un obstacle pour rencontrer des amis, se rendre à l’école, prendre part à des activités parascolaires, faire du bénévolat, accéder à des services de santé et de mieux-être, se rendre à un emploi à temps partiel – la liste est longue! L’investissement dans les programmes de transport en commun destinés aux jeunes favorise leur développement et améliore leurs possibilités d’avenir.
En faisant appel aux préoccupations des familles en matière de santé, de mieux-être et d’accessibilité des services, la campagne est susceptible d’attirer de nouveaux publics qui ont été jusqu’ici peu actifs au sein du mouvement pour le climat. La campagne contribue à réduire les frictions auxquelles les familles font souvent face lorsqu’elles tentent de s’impliquer davantage dans le militantisme politique. Elle leur offre un gain d’efficacité qui les incite à appuyer la revendication en faveur de la gratuité des transports en commun pour les jeunes, celle-ci étant synonyme de multiples retombées comme des économies financières, une diminution du temps consacré à la garde d’enfants, un climat plus sain et une communauté plus équitable.
La vérité sur les solutions efficaces en matière de justice climatique, c’est qu’elles sont souvent banales [...] Or, une campagne comme celle de Justice climatique Montréal peut faire de la banalité du quotidien un tremplin pour l’action et l’inspiration.
Environ un Montréalais sur six a moins de 18 ans, ce qui représente une grande partie (environ 17 %) de la population dont la vie serait transformée si elle pouvait bénéficier d’un meilleur accès au transport en commun. De plus, les jeunes qui profiteraient de cette mesure grandiraient en tenant pour acquis que l’accès au transport en commun devrait être gratuit. Cette génération de jeunes adultes exigera donc davantage d’abordabilité à mesure qu’elle avancera en âge (nul doute que ces personnes préféreraient ne pas devoir renoncer à l’accès aux services et à la qualité de l’air simplement parce qu’elles vieillissent!) La campagne fera alors partie des attentes des jeunes adultes, qui continueront de militer pour un meilleur accès au réseau.
La vérité sur les solutions efficaces en matière de justice climatique, c’est qu’elles sont souvent banales. Les transports en commun, bien qu’ils attirent parfois l’attention lorsqu’est livré un nouvel autobus ou un nouveau train, ne sont en fin de compte qu’un outil de mobilité destiné à permettre aux gens de se déplacer en ville. Or, une campagne comme celle de Justice climatique Montréal peut faire de la banalité du quotidien un tremplin pour l’action et l’inspiration. Les campagnes prônant l’accès au transport pour tous et le transport gratuit pour les jeunes interpellent de nouveaux publics en tenant compte des défis quotidiens liés à la mobilité en ville; elles incitent les voisins à se mobiliser et à devenir partie prenante d’un changement en faveur de l’abordabilité, de l’équité et de l’action climatique.