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Façonner la culture journalistique dont nous avons besoin

les discours progressistes sont essentiels à la santé de l’écosystème journalistique

par Alaina Pert

Glass shaping process

La culture des médias progressistes indépendants au Canada possède une saveur particulière et distinctive qui constitue un apport en probiotiques essentiel au sein du biome médiatique et informationnel malsain d’aujourd’hui. Je l’ai toujours su intuitivement, mais ce n’est que récemment que j’ai eu l’occasion de découvrir les qualités uniques de cette culture grâce à mon implication auprès d’Unrigged, une organisation qui utilise des moyens innovants pour la disséminer partout au Canada. J’adore observer la créativité avec laquelle cette coalition médiatique s’appuie sur les valeurs ancrées dans les mouvements progressistes pour ouvrir les échanges sur les médias indépendants à Montréal et ailleurs.

En tant que réseau décentralisé regroupant plus de 30 organes médiatiques diversifiés, Unrigged vise à renforcer stratégiquement la portée des discours qui propulsent les valeurs de ses membres concernant le rôle d’une presse libre et la mission du journalisme, qui consiste selon eux à demander des comptes aux détenteurs du pouvoir.

Unrigged a récemment eu l’occasion de faire la promotion de certains discours parallèles dans le cadre d’un événement organisé à Montréal : le deuxième Sommet des médias indépendants. L’objectif de l’événement lui-même, ainsi que les discours, les courriels, les appels à l’action et les témoignages qui y ont été diffusés s’appuyaient tous sur les positions suivantes :

  1. Les modèles d’affaires innovants sont centrés sur le journalisme plutôt que sur les profits.
  2. Les médias locaux indépendants appartenant à la communauté servent les intérêts de celle-ci.
  3. Les journalistes sont des agents de changement systémique.

Les discours prônant une croissance rapide et une rentabilité maximale occupent de plus en plus de place et servent à modifier la perception qu’a le public de la valeur sociale des journalistes et de l’information elle-même. La vérité et l’exactitude étant des objectifs trop longs à atteindre et trop coûteux, la confiance du public s’en trouve érodée.

Dans toute société, la « construction des discours » s’opère au sein de la culture, des médias et des mouvements sociaux, trois espaces où toutes sortes de récits se créent pour aider les gens à comprendre le monde. Ces discours véhiculent certaines visions du monde et valeurs, ce qui permet à divers récits et messages de prendre de l’ampleur en fonction de la relation entre ces visions du monde et ces valeurs profondément ancrées, et de se propager largement au sein de la société. L’infrastructure ou la capacité organisationnelle nécessaire pour générer et diffuser ces discours évolue constamment afin de répondre à nos besoins. Les technologies ont transformé les supports de diffusion, tandis que l’imagination a transformé les méthodes.

Messages  Récits  DISCOURS  Valeurs  Visions du monde Analogie de la vague formulée par le groupe Narrative Initiative pour représenter visuellement la relation entre valeurs, discours et récits.

À mesure que s’accentuent la concentration et l’uniformisation des médias, la construction des discours devient l’apanage d’un nombre de plus en plus restreint d’acteurs. Par conséquent, le journalisme et les principes éthiques que celui-ci aspire à défendre se voient réellement menacés. L’infrastructure qui permet aux espaces médiatiques de diffuser des informations, des actualités et des récits a été récupérée par des personnes dont les visions du monde ne correspondent pas à bon nombre des valeurs démocratiques libérales qui contribuent à façonner la « société » telle que nous la concevons aujourd’hui.

Lorsque nous sentons une vague de fond tenter de changer nos visions du monde et de nous entraîner vers les ténèbres et le désespoir, il est temps de renforcer les valeurs progressistes et d’amplifier des discours porteurs d’espoir sur les médias !

Les discours prônant une croissance rapide et une rentabilité maximale occupent de plus en plus de place et servent à modifier la perception qu’a le public de la valeur sociale des journalistes et de l’information elle-même. La vérité et l’exactitude étant des objectifs trop longs à atteindre et trop coûteux, la confiance du public s’en trouve érodée. Les nombreux discours sur le journalisme et les journalistes qui ont longtemps prévalu dans les médias semblent aujourd’hui incongrus, dans un contexte où les valeurs fondamentales sur lesquelles ils reposaient perdent du terrain.

Media summit featuring people sitting at tables in a space lit by purple lights

Le recours aux médias pour promouvoir des discours qui renforcent certaines valeurs et visions du monde constitue un moyen stratégique d’asseoir différents types de pouvoir : économique, politique, idéologique, social, culturel et militaire. Cette prise de pouvoir ne se fait généralement pas du jour au lendemain, mais s’inscrit la plupart du temps dans un processus de mutation des normes. À mesure que les normes changent, les discours sur lesquels se fondent les récits et les messages qui circulent parmi nous changent eux aussi.

Comme ma vision du monde diffère de celle des personnes qui sont actuellement en train de consolider leur pouvoir, le mouvement en faveur des médias indépendants me semble tout à fait légitime. Je considère tous les différents types de médias indépendants comme une lueur d’espoir au sein de l’écosystème médiatique. Lorsque nous sentons une vague de fond tenter de changer nos visions du monde et de nous entraîner vers les ténèbres et le désespoir, il est temps de renforcer les valeurs progressistes et d’amplifier des discours porteurs d’espoir sur les médias!

Si nous voulons des médias indépendants au Canada, il nous faudra utiliser tous les types d’infrastructures narratives à notre disposition pour « inonder la zone » et investir l’écosystème médiatique de tous les angles à la fois en proposant une multitude de récits progressistes qui, ensemble, pourront générer la force discursive nécessaire pour assainir l’écosystème médiatique canadien.

Independent media summit poster

Les mouvements sociaux s’appuient sur une infrastructure narrative qui est intrinsèquement collective. La construction des discours au sein de ces mouvements repose sur des capacités organisationnelles partagées et entrecroisées, émanant de différents types d’acteurs aux valeurs et intérêts communs. Il suffit de prendre l’exemple du mouvement en faveur de l’accumulation de la richesse pour constater à quel point il a su tirer parti de son infrastructure narrative et mobiliser les gens. Aujourd’hui, 10 % des membres les plus fortunés de la population détiennent plus de 74 % de la richesse mondiale totale.

Si nous voulons des médias indépendants au Canada, il nous faudra utiliser tous les types d’infrastructures narratives à notre disposition pour « inonder la zone » et investir l’écosystème médiatique de tous les angles à la fois en proposant une multitude de récits progressistes qui, ensemble, pourront générer la force discursive nécessaire pour assainir l’écosystème médiatique canadien.

Nous devrons adopter une approche stratégique et cibler les principaux influenceurs de l’écosystème médiatique, en veillant à ce qu’ils assimilent, intègrent et diffusent ces discours progressistes là où ils peuvent exercer leur pouvoir pour infléchir les récits qui circulent.

Un réseau d’influence

Une bonne partie des idées que nous nous faisons du journalisme sont façonnées par des influenceurs qui sévissent dans l’écosystème médiatique actuel. Voici comment je perçois les principaux acteurs en présence :

  • Journalistes : création des contenus journalistiques.
  • Consommateurs des produits du journalisme : auditoires, communautés, organismes de la société civile.
  • Organismes journalistiques : établissement des normes professionnelles et défense des conditions de travail des journalistes.
  • Établissements d’enseignement : formation de journalistes; réalisation de recherches pour les journalistes, les propriétaires des structures médiatiques et les intervenants politiques au sein des gouvernements.
  • Cadres politiques gouvernementaux et mécanismes de financement.
  • Propriétaires des infrastructures physiques et de distribution numérique.
  • Propriétaires des structures médiatiques et personnes qui bénéficient des modèles économiques sur lesquels reposent ces structures.

Chaque type d’influenceur contribue à forger ce que nous en venons à considérer comme la culture des médias d’information au Canada. Parmi tous les acteurs de notre écosystème médiatique, on en compte quatre, outre les journalistes eux-mêmes, qui devraient sentir l’urgence de se joindre à l’effort collectif visant à promouvoir les discours progressistes : les organisations au sein desquelles les journalistes travaillent collectivement, les syndicats qui défendent leurs conditions de travail, les associations qui prônent l’application de normes professionnelles et les consommateurs qui accordent de la valeur au travail journalistique. Les autres acteurs ne comprennent peut-être pas le potentiel d’une telle action collective ni sa pertinence. Pour ma part, je crois que tous les acteurs de l’écosystème médiatique peuvent et doivent s’organiser.

Reconnaissez-vous votre rôle dans la liste figurant ci-dessus?

Je pense qu’il est temps de mettre de l’avant les discours progressistes qui sont indispensables à l’épanouissement d’un journalisme dynamique et nécessaires pour préparer le terrain à une transformation du paysage médiatique. Mobilisons-nous!

 

Headshot of article writer Autumn Godwin

Alaina Pert contribue actuellement à la transformation des systèmes en participant au développement organisationnel et narratif d’Unrigged et du Harbinger Media Network. Elle allie stratégie d’entreprise, communication et leadership partagé pour aider à mettre en place des structures plus équitables, axées sur l’appartenance et la solidarité, notamment au sein de start-ups innovantes soutenues par SEIZE, l’incubateur d’économie solidaire de l’université Concordia.

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