John : L’idée de ce zine est de parler de la notion de sécurité sur le campus et de la façon dont l’université utilise cette notion pour réprimer et surveiller la communauté de Concordia. Nous voulions obtenir des points de vue différents sur ce sujet et nous réfléchissions à la façon dont ces types de récits similaires se déroulent également dans les communautés qui sont juste à côté de l’université. Je voulais donc vous laisser parler de la façon dont l’idée de sécurité est utilisée dans le quartier chinois et de la réalité du maintien de l’ordre, de la surveillance et de la répression là-bas.
May Chiu: Depuis quelques années, le concept de sécurité et de sûreté est automatiquement lié à l’itinérance et à la marginalité. Le quartier chinois, comme de nombreux quartiers de Montréal, a été touché par la crise du logement. Mais historiquement, il y a toujours eu un certain nombre de refuges aux abords du quartier chinois, et depuis 20 ans maintenant, il y a un refuge pour sans-abri autochtone sur le territoire du quartier chinois. Ou, comme je préfère le dire, le quartier chinois entoure un refuge autochtone depuis 20 ans maintenant.
À Chinatown, comme dans de nombreux autres quartiers, les manifestations de sans-abrisme sont devenues très évidentes au point de provoquer de nombreuses tensions sociales dans l’espace public, simplement parce que les personnes avec et sans-abri doivent partager le même espace et que les choses ne se passent pas toujours bien.
Depuis près de deux ans, il existe une organisation, qui est ironiquement une organisation antiraciste, qui a fait un très bon travail en matière de lutte contre le racisme, mais qui est très libérale, et qui organise depuis deux ans les résidents et les commerçants en difficulté de Chinatown pour qu’ils soient extrêmement favorables à la police. Et c’est très bien ! Je n’ai aucun problème avec les gens qui sont favorables à la police. Ce qui me pose problème, c’est de proposer une augmentation des mesures de police et de surveillance comme seule réponse à une crise extrêmement complexe, comme la crise du logement, la crise de la santé mentale, la crise de l’utilisation de drogues, la crise de la pauvreté. La police est utilisée pour instrumentaliser les personnes qui recherchent une solution immédiate et rapide. Par exemple, l’année dernière, ces groupes de résidents ont tenu quatre conférences de presse pour exiger que la Ville ferme un refuge à l’intérieur de Guy Favreau.
Nous, à La Table ronde du quartier chinois de Montréal, essayons de proposer d’autres solutions durables à long terme, mais elles ne sont pas séduisantes. Notre position était la suivante : si vous voulez demander la fermeture du refuge, d’accord, mais c’est une solution largement insuffisante aux multiples crises qui se produisent à Chinatown. Que s’est-il passé ? Le refuge a fermé, les gens ont été jetés à la rue et cette année, les conférences de presse ont recommencé à dire « Nous voulons démanteler toutes ces tentes ! »