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Une nouvelle étude montre que le confinement accroît la vulnérabilité des ados d’identité gaie, lesbienne ou bisexuelle

Selon Hilary Rose, l’attitude des parents à l’égard des jeunes des minorités sexuelles s’est durcie au cours des deux dernières décennies; dans le contexte de la pandémie de COVID-19, cette approche pourrait rendre ces ados encore plus vulnérables
23 juin 2020
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« Le soutien parental constitue un facteur de protection d’une extrême importance pour les jeunes des minorités sexuelles », affirme Hilary Rose. | Photo: Christian Sterk, Unsplash

Couvre-feu. Quarantaine. Confinement. La majorité des Canadiennes et Canadiens ayant vécu la pandémie de COVID-19 ont trouvé l’expérience pénible, voire frustrante. Cela dit, l’isolement à domicile demeurait la solution la plus sécuritaire pour la plupart d’entre nous.

Toutefois, pour certaines personnes, la maison ne représente pas un lieu à l’abri du danger. Des jeunes appartenant à la communauté LGBTQ peuvent se trouver en péril au sein du foyer familial. Selon une nouvelle étude du Stigma and Resilience Among Vulnerable Youth Centre (SARAVYC), non seulement le tiers des jeunes trans ou non binaires disent ne pas se sentir en sécurité à l’école, mais 25 pour cent d’entre eux affirment éprouver le même sentiment à la maison.

Outre les questions de santé physique et de sécurité, il serait important de considérer les problèmes de santé mentale. En effet, le confinement et l’isolement social – soit le fait d’être coupé des réseaux de soutien social – ne constituent pas nécessairement les choix les plus sécuritaires pour bien des ados d’ici durant la pandémie de COVID-19.

Selon une étude dont les résultats ont été publiés dans la revue Journal of Child and Family Studies, les parents de jeunes gais, lesbiennes ou bisexuels soutiendraient moins leurs enfants aujourd’hui qu’il y a 20 ans. Parallèlement, cette même étude révèle que le soutien parental perçu chez les adolescentes et adolescents hétérosexuels se serait amélioré.

Les auteurs de l’article posent ces résultats en contraste avec l’assouplissement général des mentalités à l’égard de sujets anciennement controversés, comme le mariage gai, au cours de la même période.

« En réalité, cette acceptation sociale grandissante ne s’étend pas jusqu’aux jeunes qui fréquentent encore l’école et qui continuent de subir une discrimination ou une victimisation de la part de leurs camarades de classe », explique Hilary Rose, professeure agrégée au Département des sciences humaines appliquées de l’Université Concordia et co-auteure de l’étude. « Elle n’influe pas non plus sur les relations parents-enfants. En toute honnêteté, ces résultats nous étonnent. »

Ryan J. Watson, de l’Université du Connecticut, est l’auteur principal du compte rendu. Marion Doull et Elizabeth Saewyc, de l’Université de la Colombie-Britannique, ainsi que Jones Adjei, du Collège de Red Deer, ont également participé aux travaux de recherche.

Hilary Rose. Hilary Rose.

Des données recueillies sur des décennies

Les chercheurs ont examiné un ensemble exceptionnellement vaste de données colligées à partir du sondage sur la santé des adolescents de la Colombie-Britannique réalisé en 1998, en 2003, en 2008 et en 2013. Les quatre vagues de réponses leur ont fourni des renseignements sur quelque 100 000 adolescentes et adolescents britanno-colombiens. Mené auprès des élèves du secondaire de la province, ce sondage anonyme est effectué tous les cinq ans par la McCreary Centre Society – une ONG sans but lucratif qui se consacre à la santé et au bien-être des jeunes.

« La plupart des études menées auprès des jeunes des minorités sexuelles – un terme générique que nous utilisons pour désigner ces adolescents – portent sur de très petits ensembles de données, fait remarquer la chercheuse. Souvent, les données sont recueillies auprès d’adolescentes et d’adolescents en crise. Mais ici, nous pouvons nous baser sur un échantillon populationnel. Nous disposons ainsi de renseignements sur un grand nombre de jeunes gais, lesbiennes et bisexuels dans un état autre qu’en situation de crise – ce qui est le cas la plupart du temps. »

Société et dynamique familiale ne coïncident pas toujours

 

Dans leur article, les auteurs mentionnent que « lors des quatre sondages pris en compte, les filles et les garçons hétérosexuels ont affirmé vivre une proximité plus grande avec leur père ou leur mère et profiter d’un plus grand soutien de leur part. Dans de nombreux cas, cependant, les jeunes bisexuels, gais et lesbiennes ont rapporté des degrés de proximité familiale et de soutien parental plus faibles. »

Le compte rendu fait état d’un déclin du soutien perçu par les adolescents des minorités sexuelles de la part des deux parents, cette baisse étant plus prononcée du côté du père.

Bien que les adolescents des minorités sexuelles aient rapporté des degrés de proximité familiale plus élevés en 2013, il n’en demeure pas moins que ces résultats sont nettement plus faibles en comparaison de ceux obtenus chez leurs pairs hétérosexuels.

Pour expliquer ces résultats, Hilary Rose suppose que plusieurs dynamiques sont en jeu :

D’abord, à mesure que s’assouplissent les normes sociales au regard des minorités sexuelles, de plus en plus de jeunes gens trouvent plus facile de faire leur sortie à un plus jeune âge, parfois même avant qu’ils aient atteint la puberté.

Puis, il existe la possibilité d’un ressac face à l’évolution de ces mêmes normes sociales. La question du mariage gai étant venue à occuper de plus en plus d’espace dans les conversations politiques, la chercheuse se demande si le phénomène n’aurait pas mené à une moins grande tolérance envers les minorités sexuelles à la maison.

Les parents comme boucliers

On observe d’emblée, chez les jeunes des minorités sexuelles, des taux d’intimidation, de pensées suicidaires, de dépression et de décrochage scolaire plus élevés, ainsi qu’une tendance à quitter plus tôt le domicile familial.

« Le soutien parental constitue un facteur de protection d’une extrême importance pour les jeunes des minorités sexuelles, souligne Hilary Rose. Cet appui les aide à composer avec la victimisation à l’école, par exemple. Or, on est en droit de se demander ce que vont faire ces enfants s’ils ne peuvent même pas compter sur le soutien de leurs parents. »

Consultez l’étude citée : Worsening Perceptions of Family Connectedness and Parent Support for Lesbian, Gay, and Bisexual Adolescents.

 



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