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Les parents doués pour la langue complimentent davantage leurs enfants et contribuent au développement de leurs compétences en lecture, montre une étude de Concordia

Les chercheuses ont noté que les adultes possédant des capacités supérieures en lecture ont plus tendance à fournir une rétroaction positive, ce qui aide à apprendre
11 juin 2019
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Aviva Segal et Sandra Martin-Chang.

Certaines langues – notamment l’anglais – ne s’acquièrent pas facilement.

Le jeune enfant qui apprend à lire et à écrire l’anglais doit souvent reconnaître des schémas dans les mots pour pouvoir les lire et les épeler. Par exemple, la connaissance du modèle syllabique du Magic E (« “e” magique ») lui permet de comprendre pourquoi la présence de la lettre « e » à la fin d’un vocable comme rate (« taux ») confère à celui-ci une sonorité bien différente du mot rat.

De même, si l’enfant sait que les chiffres one (« un ») et two (« deux ») ont une orthographe irrégulière, il n’est pas porté à prononcer les sons sous-jacents lorsqu’il lit ces mots.

Les parents qui saisissent les complexités de la langue – possédant de bonnes connaissances en lecture – savent déceler les difficultés et les expliquer. En outre, ils sont enclins à transmettre ces savoirs à leurs enfants lorsque ceux-ci lisent à voix haute, ce qui contribue au développement des compétences en lecture.

Ce sont là quelques-unes des conclusions d’une nouvelle étude réalisée par deux chercheuses du Département des sciences de l’éducation de l’Université Concordia et parue dans la revue Journal of Research in Reading. Selon les auteures, les parents possédant des capacités supérieures en lecture ont plus de chances que leurs enfants aient de meilleurs résultats en lecture. Par ailleurs, ils se montrent plus attentifs quand leurs petits lisent à voix haute.

L’importance de la rétroaction

Soixante-dix groupes formés d’enfants de six ou sept ans et de leurs parents ont participé à l’étude. Après s’être soumis à des tests de lecture, les enfants se sont vu remettre un document d’un degré de complexité légèrement supérieur à leur performance aux tests. Intentionnelle, cette difficulté supplémentaire visait à donner aux parents la possibilité d’intervenir et de prêter main-forte à leur progéniture.

Les parents ont reçu pour directive d’aider leurs enfants comme ils le font à la maison quand ceux-ci lisent à voix haute. Les séances ont été enregistrées sur bande vidéo, puis retranscrites et codées, afin de mettre en évidence la rétroaction verbale et non verbale des parents.

« Deux formes de rétroaction nous intéressaient tout particulièrement », indique Aviva Segal, qui a rédigé l’article dans le cadre de ses études doctorales, maintenant terminées, en collaboration avec Sandra Martin-Chang, sa directrice de thèse – par ailleurs professeure de sciences de l’éducation. « Il s’agissait d’évaluer, d’une part les commentaires des parents sur la performance de l’enfant et, d’autre part, les réactions parentales à ses hésitations et à ses erreurs. »

Les résultats ont confirmé l’hypothèse de départ des chercheuses : comparativement aux personnes à la littératie moins développée, les parents montrant des capacités supérieures en lecture complimentent davantage leurs enfants et les critiquent moins. Les conclusions de l’étude indiquent aussi que les parents ayant plus d’oreille pour la langue essaient plus souvent d’expliquer à leurs petits le rapport entre les graphèmes (c’est-à-dire les lettres et les groupes de lettres) et les phonèmes (soit les plus petits segments phoniques à l’oral).

« Nous avons constaté que les compétences parentales en matière de lecture vont de pair avec une rétroaction favorable, de type “esprit d’équipe”, souligne Aviva Segal. Souvent, les parents qui ont des capacités supérieures en lecture se montrent plus élogieux envers leurs enfants – les encourageant ainsi dans leur apprentissage – et, parallèlement, leur transmettent des connaissances essentielles au développement de la littératie. »

Le processus d’apprentissage n’était en outre pas entièrement unidirectionnel, note la chercheuse. Dans certains cas, quand les enfants faisaient des erreurs en lisant à voix haute, leurs parents semblaient apprendre des choses au sujet de la langue.

« Lorsqu’ils s’apercevaient que leurs enfants butaient constamment sur un obstacle particulier, les parents semblaient parfois vivre une “expérience Ah ha!”, précise Mme Segal. En bref, lorsqu’ils pouvaient s’expliquer le pourquoi des erreurs de leurs petits, ils en attribuaient la cause aux difficultés de la langue et non aux lacunes de l’enfant. »

« Par ces échanges, des parents pourraient avoir accru leurs connaissances en lecture en se fondant sur les manifestations verbales de leurs enfants », conclut-elle.

Des enseignements utiles pour les pédagogues

Les conclusions de l’étude pourraient trouver des échos en salle de classe.

« Les connaissances en lecture sont un outil important que bien des écoles négligent, déplore la Pre Martin-Chang. Cela peut amener des enseignants à se montrer critiques et à fournir une rétroaction négative, ce qui expose l’enfant à douter de lui et le dissuade de prendre des risques. »

« Les enseignants dotés de capacités supérieures en lecture se montrent généralement plus positifs, continue-t-elle. Ils sont plus aptes à fournir des commentaires précis à leurs élèves. Ils ont une idée plus juste de la difficulté de l’apprentissage pour l’enfant. »

« Si l’on cible les bonnes compétences et qu’on loue les efforts déployés par les élèves, on fait de la classe un milieu plus enrichissant, affirme la Pre Martin-Chang. Pour y parvenir, il faut améliorer les connaissances en lecture des pédagogues. C’est là un objectif clé de la formation qu’offre Concordia aux futurs enseignants. »

Selon Mmes Segal et Martin-Chang, il faut encourager les parents à s’amuser avec la langue et à s’intéresser à ses caractéristiques.

« Faites-en un jeu, suggère la Pre Martin-Chang. Écoutez des paroles de chanson avec votre enfant de sept ans et cherchez ensemble les mots qui riment. »

« Aux repas, jouez à trouver des mots qui commencent par le même son, poursuit-elle. Ce faisant, montrez-vous sensibles et constructifs : associés à la formation de liens affectifs, ces échanges amusants peuvent se révéler particulièrement efficaces. »


Consultez l’article cité 
: « “What does an O say when there’s no E at the end?” Parents’ reading‐related knowledge and feedback during child‐to‐parent reading ».

 



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