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Une étudiante en beaux-arts de Concordia crée des sculptures écologiques en papier « sauveur d’abeilles »

Au printemps, ce matériau biodégradable parsemé de graines de fleurs sauvages contribue à l’activité bénéfique des agents pollinisateurs
31 mai 2019
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« Comment conférer plus de durabilité à ma carrière artistique? », s’est demandé Brooke Marrisett.

Pour l’ensemble des militants de l’urgence climatique et des hérauts de l’extinction massive des espèces, les abeilles forment de nos jours une valeur indice au chapitre des catastrophes environnementales.

Étudiante en troisième année du programme de céramique, Brooke Marrisett entend venir en aide à une population apiaire survivant difficilement en milieu urbain. À cette fin, elle mène une expérience d’art écologique reposant sur l’utilisation de papier « sauveur d’abeilles ».

Intégrant sucres et nutriments, ce matériau fournit de la nourriture aux abeilles. Cette année, dans le cadre d’un cours de fibres et de pratiques matérielles, Brooke Marrisett a commencé à s’en servir pour concevoir des œuvres sculpturales. Le papier « sauveur d’abeilles » est produit commercialement, à petite échelle. Mais voilà que notre étudiante l’a perfectionné : en effet, elle a créé sa propre version du matériau en ajoutant du glucose à la pâte à papier.

Lorsqu’il sèche, son papier « sauveur d’abeilles » dégage une odeur mielleuse qui attire les abeilles.

« Il procure une autre source de nutriments aux agents pollinisateurs, ainsi qu’aux mouches et aux papillons », explique Brooke Marrisett.

« Atténuant les répercussions des nombreux pesticides employés en milieu urbain comme en zone agricole, le matériau favorise leur survie au printemps et augmente leurs chances d’atteindre l’été », poursuit-elle.

Comment conférer plus de durabilité à l’art?

Ce printemps, on a installé l’ample sculpture de la créatrice à l’extérieur du pavillon des arts visuels. L’œuvre rappelle un énorme nid d’abeilles, qui se serait niché naturellement dans l’une des anfractuosités de l’enceinte de ciment bordant le jardin de la Galerie VAV.

Pour l’artiste, il était tout aussi important d’intégrer la sculpture à un espace public que de la situer dans un contexte écologique. Dans la foulée, elle souhaitait remettre en question le caractère durable des pratiques artistiques contemporaines.

« Ce projet m’a amenée à m’interroger, à me demander comment conférer plus de durabilité à ma carrière artistique, révèle Brooke Marrisett. En outre, je désirais susciter une conversation sur les méthodes que pourraient déployer d’autres créateurs pour y parvenir eux aussi. »

Préoccupée par les enjeux environnementaux, elle s’est par ailleurs penchée sur son rôle d’artiste au cours du projet.

« En art céramique, même si on recycle beaucoup, les déchets s’accumulent au bout du compte », souligne-t-elle.

« Pour moi, il s’agissait d’une première étape vers une pratique artistique qui non seulement utilise des éléments tirés de l’environnement, mais contribue à celui-ci », continue-t-elle.

« J’ai bénéficié d’un vaste champ d’expérimentation »

Le projet créatif s’est enclenché quand Brooke Marrisett a constaté les similitudes entre l’art céramique, la fabrication du papier et les possibilités de recyclage et de réutilisation intrinsèques à ces deux techniques.

« Le programme de céramique de Concordia est vraiment génial, affirme-t-elle. Durant mon cursus, j’ai pu m’inscrire à de nombreux cours optionnels. »

Lorsqu’elle a suivi le cours Paper Works (« œuvres sur papier »; FBRS 372), elle s’est quelque peu distanciée de la pratique céramiste et s’est vite laissé gagner par la passion pour la fabrication papetière qui anime l’enseignante à temps partiel Ashley Miller.

« J’ai bénéficié d’un vaste champ d’expérimentation », signale Brooke Marrisett. Dans le second trimestre du cours, elle s’est ainsi vu accorder le temps, les ressources et l’appui nécessaires à la réalisation de son projet de fabrication de papier « sauveur d’abeilles ».

D’abord, l’artiste s’est fait la main en concevant son propre papier « sauveur d’abeilles ». Puis, recourant à la paperolle (technique consistant à enrouler des bandes de papier afin de former des spirales cylindriques de largeur et de longueur variées), elle a entrepris de joindre les rouleaux de papier à l’aide d’une colle à papier de riz maison.

« Une entité tentaculaire s’est formée peu à peu, raconte-t-elle. Elle ressemble en quelque sorte à un organisme bactérien. »

« Mon œuvre sera achevée quand elle n’existera plus »

Si son installation à l’Université a été démantelée à la fin du trimestre, Brooke Marrisett ne fait que commencer à expérimenter la technique du papier « sauveur d’abeilles ». Elle compte relancer le projet au printemps, dans son propre jardin. Notamment, elle évaluera la viabilité de son papier « sauveur d’abeilles » en tant que mangeoire apiaire, matériau artistique durable pour l’extérieur et, pourquoi pas, jardinière compostable.

« Ce n’est pas ce que je crée actuellement qui importe, mais le processus de détérioration, précise-t-elle. Voilà ce qui compte vraiment à mes yeux. Mon œuvre sera achevée quand elle n’existera plus. »

Contrairement au papier « sauveur d’abeilles » produit en masse, celui de Brooke Marrisett présente une valeur ajoutée.

« J’ai semé de nombreuses graines de diverses espèces dans ma pâte à papier, dévoile-t-elle. Alors, j’ai bon espoir qu’à la décomposition de celle-ci, mes semis enfonceront leurs racines dans la terre et produiront des fleurs sauvages. »

« Ma démarche se veut pleinement expérimentale, insiste-t-elle. J’ai l’intention de photographier quotidiennement ce projet en vue d’étudier le nombre d’abeilles qu’il attire, son processus de décomposition… voire son fonctionnement ou son dysfonctionnement. »

 

Apprenez-en davantage sur le Département des arts plastiques de l’Université Concordia. 

Découvrez la pratique artistique durable de Brooke Marrisett sur Instagram.



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