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Une artiste de Concordia, passionnée de transmission, lance un projet à haute fréquence – en Alaska

Amanda Dawn Christie utilisera l’émetteur à haute fréquence de grande puissance le plus efficace du monde pour diffuser son art dans le monde et dans l’espace
21 mars 2019
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Amanda Dawn Christie : « Les communications radio constituent une force invisible qui nous traverse constamment. » | Photo : UAF

À l’ombre du Mont Sanford, au cœur des régions sauvages de l’Alaska, se trouve l’émetteur radio le plus puissant de la planète.

Composées de 180 antennes réparties sur 33 acres, les installations de l’HAARP (pour High-frequency Active Auroral Research Program) sont hors du commun.

Conçu au départ par l’armée américaine, l’observatoire de l’HAARP a été cédé en 2015 à l’Université de l’Alaska à Fairbanks. Ces installations sont destinées à l’étude du fort potentiel de l’ionosphère – couche supérieure de l’atmosphère terrestre, à grande conductibilité électrique.

Dans ce lieu reculé, des scientifiques se servent d’un outil unique en son genre, l’IRI (pour Ionospheric Research Instrument), afin de créer des aurores boréales induites par ondes radio, un phénomène appelé airglow (ou « lumière du ciel nocturne »). Toutefois, cet instrument n’avait jamais été utilisé par un artiste canadien pour diffuser une œuvre d’art – jusqu’à aujourd’hui.

Ces aurores boréales de fabrication humaine ont tellement fasciné l’artiste interdisciplinaire Amanda Dawn Christie qu’elle a décidé de créer Ghosts in the Air Glow – un nouveau projet artistique de transmission ionosphérique qui fera appel à l’IRI pour jouer avec la perception de la frontière entre l’atmosphère et l’espace.

« J’ai été interpellée par ces expériences sur l’airglow – et le lien entre l’ionosphère et les communications radio – à un point tel que j’ai voulu concevoir une œuvre d’art propre au lieu et à son histoire », explique Amanda Dawn Christie, professeure adjointe au Département des arts plastiques de l’Université Concordia.

L’artiste interdisciplinaire Amanda Dawn Christie. | Photo : Concordia L’artiste interdisciplinaire Amanda Dawn Christie. | Photo : Concordia

Du 25 au 28 mars prochains, elle intégrera ses propres œuvres chiffrées – images télévisées à balayage lent (SSTV), compositions audio et tests de propagation – dans des expériences d’IRI.

« Jadis occupées par l’armée, les installations de l’HAARP sont enveloppées d’un parfum de mystère et ont fait l’objet de nombreuses théories du complot au fil des ans. J’ai voulu tenir compte de ce caractère énigmatique au moment de créer l’œuvre. »

Ghosts in the Air Glow consiste en une transmission d’une durée de 60 minutes en huit mouvements, chacun correspondant à une fréquence précise, et conçu pour explorer différents concepts liés à l’étude des radiocommunications et du site de l’HAARP lui-même.

Loups arctiques allant à la rencontre d’aurores boréales, textes poétiques écrits en morse ou selon l’alphabet phonétique de l’OTAN – les motifs réunis dans cette proposition artistique fondée sur la transmission abordent des thèmes liés à la recherche militaire, à la surveillance, aux territoires politiques, à l’étude de l’ionosphère et aux théories du complot.

Des « fantômes » sur les ondes

Le fil conducteur réunissant tous les segments de l’œuvre repose sur l’idée de « fantômes » (en anglais, ghosts) ou plutôt sur l’activité ésotérique qui habite nos ondes, souligne Amanda Dawn Christie.

« Quand la radio a été inventée dans les années 1800, explique-t-elle, les tenants des mouvements spirituels de l’époque croyaient que l’âme des défunts occupait les ondes du spectre électromagnétique. »

« Les communications radio sont omniprésentes; elles constituent une force invisible qui nous traverse constamment. J’affectionne le lien que les spiritualistes du 19e siècle établissaient entre matière, énergie et ondes électromagnétiques, et ce, sur le plan tant poétique que métaphorique », ajoute-t-elle.

« En intégrant des images et des sons dans l’airglow, je fais pénétrer moi aussi, d’une certaine façon, mes propres fantômes dans le spectre électromagnétique, un univers invisible, mais foisonnant d’activité. »

Photo : UAF Photo : UAF

L’espace : point de rencontre de l’art et de la science

L’idée du projet a germé quand Amanda Dawn Christie a rencontré Christopher Fallen, scientifique en chef à l’HAARP, lors d’un colloque de bidouilleurs, plus tôt cette année. Opérateur de radio amateur, le scientifique a été intrigué par la proposition de l’artiste d’utiliser l’IRI pour créer une transmission artistique propre au lieu.

Il a accepté de donner à l’artiste accès aux installations de l’HAARP. Puis, quand cette dernière a obtenu l’appui du Conseil des arts du Canada, Ghosts in the Air Glow est officiellement devenu le premier projet financé par le gouvernement canadien à avoir lieu dans l’enceinte de l’HAARP.

« L’art et la science sont souvent vus comme des entités distinctes. Pourtant, ces deux sphères se nourrissent des mêmes inspirations et des mêmes techniques. Je suis ravi que l’HAARP, un observatoire scientifique unique en son genre, devienne ainsi le théâtre d’une performance tout aussi hors du commun », se réjouit Christopher Fallen.

« Le projet d’Amanda Dawn Christie constitue un ajout précieux à l’ensemble des travaux scientifiques réalisés depuis 50 ans dans le domaine de la transmodulation ionosphérique, de même qu’à la toute nouvelle collection d’œuvres d’art créées au moyen de puissants émetteurs radio à haute fréquence dans la couche supérieure de l’atmosphère — c’est de l’art dirigé à partir du sol, mais qui s’épanouit dans l’espace! »

Ghosts in the Air Glow sera « en ondes » une heure par jour, du 25 au 28 mars prochains. L’œuvre pourra être captée et décodée par des opérateurs de radio amateur pourvus d’un appareillage tant analogue classique que défini par logiciel, partout dans monde. Toutefois, pour ceux et celles qui ne sont pas des experts de la radiocommunication, l’œuvre fera également l’objet d’une diffusion en continu en direct.

Alors, surveillez les ondes!
 

Apprenez-en plus sur le Département des arts plastiques de l’Université Concordia.



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