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La lamproie dans le collimateur de la science

Le biologiste de Concordia Grant Brown découvre un composé naturel pour combattre cette espèce aquatique envahissante
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Montréal, le 21 février 2017 – Parmi tous les prédateurs qui écument les Grands Lacs, peu sont aussi destructeurs que la lamproie marine. Celle-ci a en effet des mœurs alimentaires dignes d’un film d’horreur : dépourvue de mâchoire, mais dotée d’une ventouse buccale, elle se fixe sur sa proie – saumon, corégone ou truite – puis la vide de son sang et de sa lymphe.

Depuis des années, scientifiques et décisionnaires planchent sur des stratégies pour limiter la population de cette espèce originaire d’Europe, qui s’est propagée ici au début du 20e siècle par les canaux de navigation.

Or, dans le cadre d’un projet réalisé en collaboration avec Istvan Imre de l’Université Algoma et Nicholas Johnson du service géologique des États-Unis, Grant Brown, professeur de biologie à l’Université Concordia, a mis au point une solution prometteuse – et naturelle. Les résultats des travaux des chercheurs sur les signaux d’alarme de la lamproie ont paru récemment dans la revue Fisheries Management and Ecology.
 

Impacts environnementaux et financiers

« Le préjudice que les lamproies causent à la pêche commerciale et récréative est estimé à des millions de dollars », affirme Grant Brown, dont les recherches à la Faculté des arts et des sciences portent sur l’éthologie des espèces aquatiques et la chimie écologique.

« Depuis leur introduction dans les Grands Lacs, les lamproies causent d’énormes problèmes sur le plan écologique », ajoute-t-il.

La découverte d’une solution efficace est d’autant plus urgente que les méthodes actuelles présentent des inconvénients considérables.

Ainsi, l’emploi d’un lampricide chimique conçu pour tuer la lamproie au stade larvaire sans causer de tort aux autres poissons est exigeant en main-d’œuvre, coûte très cher et présente des risques pour le bassin hydrographique.

Une solution un peu plus écologique consiste à tirer profit de l’incapacité des lamproies à sauter en construisant des barrages en béton de faible hauteur pour les empêcher de remonter les cours d’eau. Toutefois, ces structures gênent également la circulation de certains saumons et truites, et bloque par ailleurs les ménés ainsi que d’autres espèces aquatiques nageuses.


Pourquoi pas une barrière chimique?

Les chercheurs ont trouvé une substance qui pourrait exercer un puissant effet dissuasif sur la lamproie marine. Et malheureusement pour elle, ce composé vient de son propre organisme.

À l’instar de nombreux poissons, quand la lamproie est blessée, elle libère dans l’eau une substance dont l’odeur avertit ses congénères d’un danger immédiat.

Après avoir observé ces signaux et en avoir confirmé l’existence en laboratoire, Grant Brown et ses collègues ont voulu savoir si la substance ainsi libérée constituait un facteur de dissuasion efficace en milieu naturel. Dans le cadre d’un vaste projet, ils ont marqué des centaines de lamproies au moyen de radiobalises passives, puis ont trouvé un endroit où mener leurs essais.

« En libérant ces signaux d’alarme naturels dans un affluent juste en amont de l’endroit où il se jette dans un cours d’eau principal, nous avons vérifié si nous pouvions empêcher les lamproies de remonter dans l’affluent, ou, autrement dit, si nous pouvions créer une barrière chimique pour stopper les lamproies », explique le chercheur.

Dans les essais de contrôle, plus de 60 % des lamproies marquées ont remonté le cours d’eau principal, et environ 25 % ont pénétré dans l’affluent. En revanche, une fois la barrière chimique déployée, un plus faible nombre de lamproies (moins de 40 %) ont remonté le cours d’eau principal, et seulement 2 lamproies (soit 3 % des individus marqués) sont entrées dans l’affluent. Les chercheurs ont répété l’expérience en faisant varier certains paramètres et ont observé le même écart frappant.


Autres pistes à explorer

Grant Brown souligne que ces résultats suscitent des espoirs encore plus vifs lorsqu’on y ajoute ceux qu’ont obtenus des scientifiques de l’Université de l’État du Michigan. Ceux-ci travaillent sur des signaux de phéromones pour attirer la lamproie.

« Nous pouvons en quelque sorte poser des pièges dans les cours d’eau, poursuit le chercheur. En combinant ces phéromones sexuelles qui attirent les adultes avec des signaux d’alarme qui les empêchent de remonter les affluents, nous pouvons repousser les lamproies des endroits où nous n’en voulons pas et les attirer vers ceux où nous voulons qu’ils aillent. »

Grant Brown aimerait également ajouter à ses travaux des expériences sur une substance synthétique, de manière à rendre possible une production à grande échelle.

Il souhaite en outre examiner différents stades du cycle de croissance de la lamproie, et même essayer sa méthode sur d’autres espèces envahissantes, comme le gobie à taches noires et la carpe asiatique.

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