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Des chercheurs de Concordia conçoivent un cadre de mesure du bruit à l’intention des usines de construction modulaire

La gestion ingénieuse du son peut favoriser la sécurité, la santé et la productivité des travailleurs hors chantier.
18 février 2020
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Joohnee Lee et Sang Hyeok Han.

Depuis quelques années, les chantiers de construction sont beaucoup moins bruyants – et ce n’est pas là un effet de l’imagination. Grâce à l’essor que connaît la construction modulaire, un nombre toujours croissant de tâches qu’on effectuait autrefois sur le terrain se font maintenant à l’intérieur.

Par contre, si cette méthode permet d’accroître la productivité des travailleurs, son incidence sur leur santé et leur sécurité reste méconnue – et tout particulièrement en ce qui a trait au bruit.

Dans une nouvelle étude parue dans Journal of Cleaner Production (« revue sur la production moins polluante »), des chercheurs de l’Université Concordia proposent un nouveau cadre de prédiction des niveaux de bruit au sein d’usines de construction modulaire et d’autres lieux de travail similaires. S’appuyant sur la modélisation fondée sur les probabilités et la simulation des conditions acoustiques, ils soutiennent que leur recherche pourrait faciliter la mesure de l’exposition au bruit des travailleurs et, par conséquent, contribuer à l’amélioration de leurs conditions en matière de santé et de sécurité.

« Lorsqu’elles décident d’utiliser outils et machines à l’intérieur plutôt qu’à l’extérieur, bon nombre d’entreprises ne pensent qu’à augmenter leur productivité », affirme Sang Hyeok Han, professeur adjoint au Département de génie du bâtiment, civil et environnemental de l’École de génie et d’informatique Gina-Cody. « Dans notre étude, nous expliquons à leurs dirigeants qu’ils devraient aussi se soucier d’atténuer l’exposition au bruit subie par les travailleurs. »

Membre du nouveau Centre pour l’innovation en génie et en gestion de la construction et des infrastructures (CIGGCI) de Concordia, le Pr Han a collaboré à la rédaction de l’article avec Joonhee Lee, professeur adjoint au même département. Tous deux supervisent la doctorante Sanam Dabirian, auteure principale de l’étude.

Recenser les sources de bruit

Afin de mieux comprendre les différents aspects de l’exposition au bruit que subissent les travailleurs dans les usines de construction modulaire, les chercheurs ont mesuré à l’aide de sonomètres les niveaux de décibels atteints dans un établissement du genre situé à Edmonton, et ce, treize jours durant. Le bruit venait de l’équipement que l’on retrouve généralement dans une entreprise de construction : compresseurs d’air, machines à découper ou à marteler, convoyeurs, cloueuses, etc.

S’appuyant sur des modèles statistiques et des techniques de simulation acoustique géométrique, ils ont calculé le niveau de bruit ambiant, puis dressé une carte de niveaux sonores. Ils ont alors pu comparer les taux d’exposition au bruit avec les normes actuelles des gouvernements provincial et fédéral et, partant, évaluer les risques encourus par les travailleurs de l’usine.

Selon le Pr Lee, les données sur l’atténuation de l’exposition au bruit ne profiteront pas uniquement aux travailleurs de l’entreprise témoin : elles auront probablement des retombées sur le bénéfice net de celle-ci.

« Les études de bruit ne servent actuellement qu’à des fins d’hygiène du travail, mais nous pensons que le niveau sonore exerce aussi un effet sur le rendement des travailleurs et la productivité d’ensemble d’une usine, explique-t-il. En exploitant les données sur le bruit pour optimiser son aménagement intérieur, toute entreprise peut atténuer les niveaux de bruit auxquels sont exposés les travailleurs sans pour autant perdre en productivité. »

Un marché en plein essor

Citant des statistiques établies par d’autres chercheurs, les coauteurs de l’étude indiquent que 43 % de la main-d’œuvre canadienne évolue dans un milieu de travail bruyant et que 56 % s’y trouve vulnérable au bruit.

Par ailleurs, ils soulignent la croissance rapide de l’industrie de la construction modulaire. Ayant des ramifications dans les secteurs du commerce, de l’habitation, des soins de santé et de l’éducation, cette industrie affichait, en 2018, une valeur marchande d’environ 111 milliards de dollars à l’échelle du monde. D’ici 2025, cette valeur devrait frôler les 175 milliards. Des études commandées par l’Institut mondial McKinsey indiquent que la construction modulaire pourrait contribuer à une réduction de 20 % des frais de construction et des coûts globaux du cycle de vie. En outre, elle permettrait d’accélérer de 50 % le calendrier des travaux. Enfin, elle favoriserait une amélioration de la qualité de la construction ainsi que du rendement énergétique et de la résistance sismique.

L’étude a été réalisée grâce à une subvention de recherche et développement coopérative du Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie du Canada (CRSNG).


Consultez l’étude citée :
Stochastic-based noise exposure assessment in modular and off-site construction (« évaluation stochastique de l’exposition au bruit en construction modulaire ou hors chantier »).

 

 



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