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La réaction des fourmis aux perturbations de l’habitat naturel en dit beaucoup sur leur évolution, selon un chercheur de Concordia

Jean-Philippe Lessard plaide pour un cadre commun d’analyse des traits des plus de 12 000 espèces identifiées à l’échelle planétaire
4 juin 2019
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Jean-Philippe Lessard : « Chez les experts des fourmis, il n’existe pas vraiment de consensus à propos des traits qu’il serait le plus utile d’examiner. » | Photo : Sian Cooper, sur Unsplash

Un professeur de biologie de l’Université Concordia invite les spécialistes de l’étude des fourmis à élaborer un ensemble de principes communs d’analyse des facteurs qui déterminent la réaction de ces insectes à la survenue de perturbations importantes dans leur habitat.

Dans un article paru dans la revue Journal of Animal Ecology, Jean-Philippe Lessard effectue une synthèse du travail d’Alan Andersen, chercheur de renom dans le domaine de la myrmécologie (étude scientifique des fourmis), établi à l’Université Charles-Darwin en Australie.

Dans son article, Jean-Philippe Lessard mentionne que le système d’Andersen consistant à grouper les communautés de fourmis selon certains critères est utile au départ, en particulier lorsqu’il s’agit de définir les réactions de différentes espèces aux perturbations de leur environnement. Toutefois, beaucoup de travail reste à faire avant que les myrmécologistes n’arrivent à s’entendre sur un cadre de travail harmonisé.

Les groupements d’Andersen constituent néanmoins une base au moyen de laquelle les chercheurs peuvent comparer les changements observés dans la constitution de communautés de fourmis partout dans le monde. Les fourmis forment un groupe d’organismes hautement diversifié : il existe plus de 12 000 espèces distinctes, réparties sur tous les continents sauf l’Antarctique; elles sont présentes dans presque tous les écosystèmes, de la taïga arctique au désert le plus aride. « Cela facilite leur échantillonnage et leur identification, note Jean-Philippe Lessard, de même que leur surveillance lorsqu’il s’agit de mesurer les efforts de rétablissement et la réponse aux perturbations. »

Biogéographie et histoire de l’évolution

Selon le chercheur, en comparant ces réponses, il est possible de dégager plusieurs importantes observations. Par exemple, toutes les communautés de fourmis autour du monde réagissent fortement à l’ouverture de leur habitat, c’est-à-dire la quantité de végétation qui couvre le sol, peu importe les circonstances à l’origine de cette ouverture.

« Les communautés de fourmis ne réagissent pas tellement différemment à un incendie, à l’abattage des arbres d’une forêt, ou encore à une soudaine invasion d’herbivores dévorant la biomasse », explique Jean‑Philippe Lessard, titulaire de la chaire de recherche de l’Université Concordia en biodiversité et en fonctionnement des écosystèmes.

« Les fourmis réagissent plutôt aux brèches que ces événements créent dans leur habitat. Mais, la source en tant que telle de la perturbation n’a aucune importance; ce qui leur importe, c’est de savoir si le couvert végétal est ouvert ou fermé. »

Le chercheur fait par ailleurs remarquer que les réponses des communautés de fourmis à une perturbation peuvent être assez hétérogènes. Une communauté de fourmis de la savane brésilienne, par exemple, réagira différemment à un changement dans son écosystème que ne le fera une colonie de la savane australienne.

Ce phénomène est le résultat de millions d’années d’évolution biogéographique. La majorité des communautés de fourmis du Brésil sont adaptées à des habitats forestiers. Ainsi, la perte de couverture végétale causée par un événement comme un feu de forêt aura une plus forte incidence sur les colonies brésiliennes que sur une espèce adaptée à l’écosystème chaud et sec de l’Australie.

D’après les conclusions de Jean-Philippe Lessard, la présence immémoriale de ces insectes « a laissé une empreinte dans la structure contemporaine des communautés de fourmis. »

Vers un cadre de travail commun

Toutefois, le chercheur croit que les groupements fonctionnels d’Andersen – aussi utiles et intéressants qu’ils soient – sont, à tout le moins, plutôt arbitraires.

« Si quelqu’un d’autre décidait de l’appartenance de telles fourmis à tels groupes, quelle serait la valeur de cette catégorisation? » demande-t-il.

« Sans l’existence d’une cadre de travail commun, les myrmécologistes y vont “à la va-comme-je-te-pousse” lorsqu’il s’agit de décider des traits fonctionnels à privilégier pour évaluer les conséquences des perturbations anthropiques », soutient-il.

« Si l’un mesure un trait donné, tandis qu’un autre se concentre sur une caractéristique différente, nous ne parviendrons jamais à établir comment ces traits peuvent précipiter, ou empêcher, l’extinction d’une communauté à la suite d’une perturbation », poursuit le chercheur.

« Chez les experts des fourmis, il n’existe pas vraiment de consensus à propos des traits qu’il serait le plus utile d’examiner afin d’évaluer la réponse des communautés de fourmis aux perturbations, et de mieux comprendre le processus fondamental qui régit le rassemblement d’une espèce à un endroit donné. »

 

Consultez l’article cité : « Ant community response to disturbance: a global synthesis »

 

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