Comment enseigner la biologie en temps de pandémie

À l’occasion de la journée Ada Lovelace, le 13 octobre, trois professeures de l’Université Concordia partagent des conseils pour adapter les cours à la réalité de la COVID-19
13 octobre 2020
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Par Elisabeth Faure

Plusieurs étudiants ont confié à Emma Despland, professeure de biologie, à quel point ils étaient heureux de rencontrer leurs camarades de classe en personne et de travailler de leurs mains.  | Photo : Anne-Sophie Caron Plusieurs étudiants ont confié à Emma Despland, professeure de biologie, à quel point ils étaient heureux de rencontrer leurs camarades de classe en personne et de travailler de leurs mains. | Photo : Anne-Sophie Caron

La pandémie de COVID-19 a forcé les professeures et professeurs du Canada à trouver de nouvelles façons d’enseigner.

La journée Ada Lovelace, qui se tient le deuxième jeudi d’octobre, souligne l’apport des femmes dans le domaine des sciences, des technologies, de l’ingénierie et des mathématiques (STIM). Cette année, pour souligner cet événement qui aura lieu le 13 octobre, trois professeures du Département de biologie discuteront des répercussions que cette situation sans précédent a eues sur leurs cours.

Masques sur le terrain et camarades d’études

Lorsque la crise de la COVID-19 a frappé cet automne, Emma Despland, professeure de biologie, a dû apporter des changements à son cours de techniques de l’écologie (BIOL 450), car la combinaison de travail dirigé et sur le terrain posait problème.

« Le travail dirigé a été transféré en ligne pour des raisons évidentes, et tous les travaux de laboratoire intérieurs ont été remplacés par des activités à l’extérieur, explique-t-elle. Le cours a donc conservé son caractère pratique. »

Pour réduire les contacts interpersonnels, Mme Despland a remplacé les travaux d’équipe par un système de « camarades d’études ». Les étudiantes et étudiants ont ainsi un seul et unique partenaire tout au long du trimestre, ce qui, selon la professeure, a l’avantage de réduire l’isolement associé à la pandémie.

Mme Despland a aussi eu recours aux ressources du Centre d’appui à l’enseignement et à l’apprentissage de l’Université Concordia.

« Durant ma préparation, j’ai appris que le taux d’abandon était plus élevé pour les cours en ligne que pour les cours en personne, car les étudiants qui peinent à suivre le rythme sont plus susceptibles de se sentir isolés, de se décourager et d’abandonner. C’est pourquoi j’ai pensé qu’un système de camarades pourrait les aider. »

Puisque les duos devaient respecter la distanciation physique et porter un masque sur le terrain, la première sortie a donné lieu à quelques situations involontairement loufoques.

« Au départ, personne ne savait qui était qui, car nos seuls contacts avaient eu lieu en ligne, sans caméra, et les masques dissimulaient nos visages. »

À l’extérieur, les activités consistaient à photographier et à identifier des papillons, à ajouter des données à un projet de science citoyenne, à comparer la densité de lombrics d’un habitat à l’autre à la ferme-école urbaine du campus Loyola et à utiliser le lichen comme indicateur de la qualité de l’air dans différentes parties de la région montréalaise.

Plusieurs étudiantes et étudiants ont confié à Mme Despland à quel point ils étaient heureux de rencontrer leurs camarades de classe en personne et de travailler de leurs mains.

Pour le volet à distance du cours, offert par l’intermédiaire de Microsoft Teams, Mme Despland a mis l’accent sur le travail interactif. Récemment, dans un cours, elle a remplacé une activité classique de « marquage-recapture » consistant à estimer le nombre d’insectes dans un terrarium en laboratoire par un simple exercice où elle demandait aux étudiants d’estimer le nombre de haricots dans un sac de 900 g (2 lb).

La réponse?

« Entre 2 000 et 5 000, selon le type de haricots », révèle Mme Despland.

Même si elle considère que l’enseignement en ligne demande trois fois plus de préparation que les cours en classe, elle a le sentiment que tout se passe bien.

« Jusqu’à maintenant, les réactions sont plutôt positives. »

Des projets d’aménagement paysager verts conçus de la maison pour l’Université Concordia

Carly Ziter, professeure adjointe de biologie, a dû complètement revoir le déroulement de son cours d’écologie en milieux urbains (BIOL 398). Elle avait initialement prévu un important volet extérieur pour ce tout nouveau cours.

« Le cours avait été pensé pour permettre un apprentissage extérieur en groupe, axé sur le lieu », explique Mme Ziter.

Malheureusement, les mesures liées à la COVID-19 rendant impossible un tel regroupement de 60 personnes, elle a dû revoir ses plans pour offrir son cours entièrement à distance.

Ainsi, les étudiantes et étudiants reçoivent au début de chaque semaine du matériel comme des vidéoconférences et des lectures autonomes. Plus tard, le groupe se réunit sur Teams pour une discussion d’une heure où les étudiants peuvent échanger les uns avec les autres et avec leurs enseignants.

Les gros examens de mi-session et de fin de session sont remplacés par une série d’évaluations individuelles et collectives à effectuer régulièrement tout au long du cours.

Mme Ziter reconnaît qu’il n’a pas été facile de préserver l’esprit original du cours.

« Je tenais à trouver des façons d’intégrer aux évaluations des éléments d’apprentissage extérieur et axé sur le lieu, à offrir aux étudiants des occasions de collaborer et à inciter tout le monde à aller dehors! »

Elle a donc ajouté deux éléments au cours.

Premièrement, elle s’est associée avec le Bureau du développement durable de Concordia et le Service de gestion immobilièredans le cadre d’un projet d’aménagement paysager écologique sur le campus. Ce dernier fait partie de la nouvelle initiative « Concordia : un laboratoire vivant sur la durabilité » liée au prochain plan d’action sur la durabilité.

Les étudiantes et étudiants formeront des équipes virtuelles qui concevront, pour les deux campus de l’université, des aménagements paysagers intégrant des espèces indigènes vivaces, des pollinisateurs et des espèces comestibles.

« Une des leçons clés du cours est qu’il est nécessaire de favoriser la biodiversité de nos milieux de vie pour préserver les espèces dans notre monde qui s’urbanise rapidement. Ce partenariat avec des intervenants clés de la planification du campus permettra aux étudiants de mettre en pratique concrètement bon nombre des concepts appris en classe. »

Ensuite, les étudiantes et étudiants doivent consigner dans un journal leurs observations de la nature urbaine tout au long du trimestre.

« Les étudiants ont ainsi l’occasion d’explorer un aspect de leur environnement immédiat qui les intéresse particulièrement, qu’il s’agisse des insectes, des arbres ou de l’eau, et d’y intégrer leurs autres sujets d’intérêt et talents, comme la photographie ou le dessin. »

Elle ajoute qu’en cette période de COVID-19 où le stress est omniprésent, la communication avec les étudiants est essentielle.

« Je m’assure de leur demander leur avis régulièrement et leur ai expliqué clairement que si nous devons modifier le cours à l’avenir, nous le ferons. »

Des vidéos pédagogiques pour mobiliser les étudiants en dehors du laboratoire

Les restrictions associées à la COVID-19 ont entraîné des défis particuliers pour Madoka Gray-Mitsumune, chargée d’enseignement principale, et son laboratoire de génétique et de biologie cellulaire (BIOL 368).

« Même si les laboratoires en personne étaient autorisés, la durée des contacts devait être réduite considérablement pour atténuer le risque de transmission de la COVID-19. Cela posait un immense défi pour nous », raconte-t-elle.

« Nos procédures de laboratoire sont en quelque sorte comme les étapes d’une recette. De nombreuses méthodes précises doivent être enseignées aux étudiants pour qu’ils soient en mesure d’accomplir leurs tâches. »

Avant ce trimestre, c’est Robert Carson, technicien de laboratoire d’enseignement, qui présentait ces procédures en laboratoire avec l’aide de ses assistantes et assistants d’enseignement. Mais celui-ci, tout comme Mme Gray-Mitsumune, a rapidement réalisé que les choses devraient changer.

« Parler fort est une activité risquée à l’intérieur, même si tout le monde porte un masque. Nous avons donc eu l’idée de présenter ces directives exclusivement en ligne. Ainsi, une fois dans le laboratoire, les étudiants pourraient consacrer toute leur attention à leurs travaux. Nous nous y prenons un peu à l’envers. »

Pour aider les étudiantes et étudiants à bien comprendre les directives, Mme Gray-Mitsumune et son équipe ont élaboré des vidéos pédagogiques, non sans certaines difficultés.

« Nous ne sommes pas des spécialistes de la vidéo, admet-elle d’emblée. Et les iPhone ont leurs limites. »

Heureusement, ils ont pu compter sur l’aide du Centre d’appui à l’enseignement et à l’apprentissage.

Le résultat? Une série de 20 vidéos à la fois belles et intéressantes qui sont ponctuées de questionnaires et d’activités. « Nous voulions susciter la participation active des étudiants. »

Mme Gray-Mitsumune ne tarit pas d’éloges pour le Centre d’appui à l’enseignement et à l’apprentissage et pour Mohammad Elkhairy, l’expert qui a aidé M. Carson à tourner les vidéos cet été. « Jamais je n’ai vu de vidéos présentant des procédures de laboratoire d’une telle qualité. »

Celles-ci ont d’ailleurs été très bien accueillies par les étudiants, ajoute-t-elle. « Je peux dire que nous avons atteint notre objectif. Je crois que ces vidéos favorisent l’apprentissage et la confiance des étudiants. »

Apprenez-en plus au sujet du Département de biologie de l’Université Concordia.

 



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