Skip to main content
DERNIÈRES MISES À JOUR EN LIEN AVEC LA COVID-19

EN SAVOIR PLUS

Comment développer la résilience urbaine devant une crise comme celle de la COVID-19?

De la production alimentaire locale à la solidarité de quartier, Ursula Eicker, professeure à Concordia, planifie comment surmonter les mois et les années à venir
6 mai 2020
|
Par Eranthi Swaminathan

roxanne-desgagnes-V4Y1z8Eebq0-bike-city-unsplash-768

La pandémie du coronavirus a mis à l’épreuve la résilience des villes du monde entier. Elle a révélé les lacunes en matière de gouvernance, d’infrastructure urbaine et de prestation de services essentiels. Elle a exercé une pression sur les systèmes de santé, les chaînes logistiques mondiales et l’économie.

L’organisme 100 Resilient Cities définit la résilience urbaine comme « la capacité des individus, des communautés, des établissements, des entreprises et des systèmes d’une ville à survivre, à s’adapter et à croître, quels que soient les perturbations chroniques et les chocs temporaires qu’ils connaissent ».

Le développement de cette résilience exige une compréhension holistique des systèmes qui composent une ville, de leurs interdépendances et des risques qu’ils comportent. Bien qu’elle ne soit pas facile, cette tâche est une vocation pour Ursula Eicker, titulaire de la chaire d’excellence en recherche du Canada sur les communautés et les villes intelligentes, durables et résilientes à l’Université Concordia. La Pre Eicker a en effet consacré la majeure partie de sa carrière à l’élaboration de stratégies de transformation urbaine à l’intention des villes du monde entier.

« Les villes constituent des systèmes complexes, capables de parer et de réagir efficacement aux perturbations et aux dangers prévus et imprévus », explique-t-elle lors d’un appel vidéo sur Zoom depuis son appartement du centre-ville.

« Montréal est un excellent exemple de ville où règne une solidarité de quartier, où les gens peuvent tisser des liens et où les bâtiments sont encore assez bas pour qu’on puisse profiter de l’animation des rues – et chanter sur les balcons! »

La physicienne et experte en énergies renouvelables et en technologies de construction aborde les incidences potentielles de la pandémie de COVID-19 sur les villes, et leur signification pour l’avenir de Montréal au sortir de la crise.

« Je crois que cette crise a souligné l’importance de la cohésion et de l’inclusion sociales », affirme Ursula Eicker. « Je crois que cette crise a souligné l’importance de la cohésion et de l’inclusion sociales », affirme Ursula Eicker.

« C’est l’occasion rêvée de procéder à une transformation urbaine afin de créer une ville plus durable, équitable et saine »

Qu’a révélé la pandémie quant à l’importance de développer la résilience dans une ville?

Ursula Eicker : Tout d’abord, plus nous sommes en santé, moins nous sommes vulnérables à une pandémie. Une population est en santé lorsque ses membres sont actifs, font du vélo et marchent. Moins de voitures en ville signifient en outre un air plus propre et une pollution moindre, ce qui contribue à réduire les maladies respiratoires. L’interruption des activités économiques au cours des dernières semaines a entraîné une diminution marquée des concentrations de dioxyde d’azote produites par les transports. Cette conséquence est déjà visible sur les images satellites de Montréal, mais aussi de l’Europe, de la Chine et d’ailleurs.

Ensuite, la cohésion et l’inclusion sociales s’avèrent très importantes pour les citoyens, dont la solidarité en période de crise soutient et protège les groupes les plus vulnérables de la société. Or, ce comportement solidaire n’est pas spontané, mais doit être nourri par un renforcement de la communauté ainsi que des milieux bâtis et des espaces publics qui favorisent la communication. Il exige également une inclusion quotidienne des groupes défavorisés dans la vie urbaine. Les personnes âgées constituent notamment le groupe le plus vulnérable durant une pandémie, car elles se retrouvent souvent en situation d’isolement social, ce que nous devrions tenter d’éviter.

Le contrôle de la propagation communautaire a soulevé la question controversée de la recherche des contacts, c’est-à-dire de l’utilisation d’applications et du pistage pour retrouver rapidement les personnes infectées et prévenir le public. Si cette approche pourrait être la clé d’un déconfinement plus prompt et d’une sécurisation accrue des villes, elle comporte bien sûr un risque inhérent d’utilisation abusive des données. La Chine, par exemple, est allée très loin dans la restriction des libertés individuelles en vue de protéger la santé. Dans les sociétés démocratiques comme la nôtre, une confiance dans la protection des données est essentielle pour obtenir une participation volontaire à de telles démarches numériques. La propriété citoyenne des données contribue à bâtir cette confiance.

Enfin, il est maintenant clair que la dépendance aux chaînes logistiques mondiales rend les villes de plus en plus vulnérables, que l’on parle de matériaux de construction et d’appareils électroniques provenant de Chine ou d’ingrédients pharmaceutiques actifs nécessaires à la fabrication de médicaments. Une augmentation de la production locale ou régionale et une diversification des chaînes logistiques seraient utiles.

La pandémie de COVID-19 modifiera-t-elle notre approche de la mobilité et des transports?

UE : Oui, et avec un peu de chance, elle persuadera les communautés d’encourager les modes de transport actifs qui améliorent la santé et réduisent la pollution.

Plusieurs villes ont déjà transformé des rues en zones piétonnes et rapidement augmenté le nombre de pistes cyclables. Bogotá, en Colombie, a ainsi créé 22 kilomètres de nouvelles pistes cyclables en une nuit. New York, Winnipeg et Calgary ont également constaté une hausse du nombre de cyclistes durant la pandémie.

En comparaison, Montréal a adopté des mesures plutôt timides pour accroître l’espace alloué aux piétons et aux cyclistes. La Ville a ouvert un accès exclusif au pont Charlevoix pour permettre la traversée du canal Lachine, et élargi les trottoirs le long de certaines voix dans des arrondissements comme Plateau-Mont-Royal et Côte-des-Neiges–Notre-Dame-de-Grâce.

J’adorerais voir cet été à Montréal un mouvement radical qui modifierait l’usage des rues pour accorder la priorité aux piétons et aux cyclistes.

Comment la pandémie influera-t-elle sur le design des bâtiments et des espaces publics?

UE : Les villes à haute densité sont plus vulnérables à la propagation des maladies infectieuses. Nous devrions gérer la densité urbaine de manière à offrir plus de place aux gens, et surtout plus d’accès aux espaces verts. Les places publiques et les zones piétonnes doivent aussi être agrandies. Une distanciation adéquate sera par ailleurs impossible sur les trottoirs étroits comme ceux de la rue Sainte-Catherine, d’où l’importance du réaménagement qui débutera sous peu.

Imaginez si nous pouvions soudainement profiter d’un couvert végétal et de zones piétonnes dans toute la ville en réduisant de beaucoup le nombre de voitures. Les capitales de la Lituanie et de la Suisse, Vilnius et Berne, ont dévoilé d’ambitieux plans pour dynamiser l’été en permettant aux restaurants et aux bars d’utiliser l’espace public sans frais supplémentaires. Si elle était mise en œuvre à Montréal, une telle initiative pourrait complètement changer l’atmosphère de la ville.

Les bâtiments devront par ailleurs être mieux ventilés pour éliminer les virus et les polluants, ce qui entraîne généralement une consommation énergétique accrue. C’est là que le recours à l’énergie solaire peut aider. Le préchauffage de l’air ambiant au moyen de l’énergie solaire, comme au pavillon de l’École de gestion John-Molson de Concordia et à la bibliothèque de Varennes, permet d’atteindre cet objectif gratuitement.

Quelles sont les autres mesures que les communautés et les entreprises peuvent prendre dès maintenant pour se préparer à une seconde pandémie?

UE : Les villes durables, résilientes et inclusives sont souvent le produit d’une bonne gouvernance englobant un leadership efficace, une participation citoyenne inclusive et un financement efficient, entre autres.

À cette fin, les autorités publiques ont de plus en plus accès aux données publiques, ce qui permet la prise de décisions basées sur des données probantes. Les données ouvertes transforment aussi de plus en plus la manière dont les gouvernements locaux communiquent l’information aux citoyens, fournissent les services et surveillent le rendement. Elles favorisent à la fois un accès public accru à l’information et un engagement citoyen plus direct dans la prise de décisions.

Nous avons également observé une hausse du télétravail et de la téléconférence. Nous avons rapidement appris à utiliser de nouveaux outils aux fins de collaboration virtuelle, ce qui selon moi fonctionne très bien. Si nous disposons tous d’un accès Internet à haute vitesse, il est fort possible et extrêmement avantageux sur le plan écologique d’organiser de grandes réunions en ligne comptant plus de 100 participants, qui autrement viendraient en avion de partout dans le monde. Cet élan de collaboration virtuelle dans la ville, mais aussi à l’échelle internationale, devrait être préservé et contribuera à réduire les émissions liées au transport.

En ce qui concerne la précarité de l’approvisionnement alimentaire, une production locale accrue et une dépendance réduite à la production juste-à-temps pourraient contribuer à résoudre le problème. La croissance de l’agriculture urbaine constitue un excellent exemple de résilience locale, qui renforce en outre l’identité communautaire.

Étant donné les facteurs expliqués plus tôt, quel est selon vous le scénario le plus optimiste pour la transformation de Montréal après la COVID-19?

UE : C’est l’occasion rêvée de procéder à une transformation urbaine afin de créer une ville plus durable, équitable et saine.

Si nous continuons à limiter les émissions de dioxyde de carbone comme nous le faisons maintenant, en réduisant considérablement la circulation des voitures personnelles, les vols et les autres déplacements de véhicules non électriques, nous atteindrons facilement nos objectifs de réduction du CO2 dans l’avenir tout en profitant d’un air plus propre à Montréal.

Imaginez nos rues transformées en zones piétonnes et cyclables – indispensables à la distanciation sociale. L’agrandissement des espaces verts favoriserait la biodiversité et nous permettrait de produire une partie de nos aliments localement. Libres d’utiliser l’espace public, les bars et les restaurants dynamiseraient l’ambiance estivale tout en assurant la distanciation. L’accroissement de la production locale et régionale fournirait à l’économie un soutien dont elle a grand besoin et conserverait la richesse générée au Québec.

Les investissements des gouvernements provincial et fédéral, qui viendront certainement appuyer l’industrie, devraient être affectés à une nouvelle donne verte exhaustive pour que nous puissions enfin atténuer les changements climatiques grâce à une augmentation de l’efficacité dans tous les secteurs et à la production d’énergies vertes.

Les technologies numériques pourraient bien sûr contribuer à réduire les risques pour la santé. Si les citoyens peuvent garder le contrôle de leurs données, ils participeront fort probablement en grand nombre au partage des données si une crise de santé survient, ce qui permettra d’y réagir de manière beaucoup plus précise et rapide.

Avant tout, je crois que cette crise a souligné l’importance de la cohésion et de l’inclusion sociales. Si nous prenions soin de mélanger les générations et les revenus dans les quartiers, les personnes âgées et celles à faible revenu pourraient demeurer actives et se sentir intégrées à leur communauté. Même si nous aimons les gratte-ciel, les structures de dimensions plus humaines conviennent mieux à une ville vraiment résiliente, où les gens se connaissent et s’entraident encore.

Sans parler du fait qu’il n’est pas facile d’applaudir ou de chanter sur un balcon lorsqu’on habite au 36e étage!


À compter du jeudi 7 mai, l’équipe de la
chaire d’excellence en recherche du Canada sur les communautés et les villes intelligentes, durables et résilientes animera une série de conversations sous le thème Co-creating the Next-Generation Quartier. Organisé virtuellement par ESPACE 4, l’événement mettra en vedette des experts de Concordia et de la communauté montréalaise qui seront invités à explorer le concept de quartier nouvelle génération, en mettant l’accent sur Lachine-Est, l’un des cinq écoquartiers de Montréal.

Inscription et renseignements.
 



Back to top Back to top

© Université Concordia