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À Concordia, un nouveau cycle de séminaires entend promouvoir l’autochtonisation du milieu universitaire

En vue de décoloniser et de restructurer diverses disciplines curriculaires, les membres du corps professoral sont invités à collaborer avec la conseillère en programmes d’études et en pédagogie autochtones.
20 août 2018
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Par James Roach

Donna Kahérakwas Goodleaf Donna Kahérakwas Goodleaf | Photo : Université Concordia


Donna Kahérakwas Goodleaf occupe depuis peu le poste de conseillère en programmes d’études et en pédagogie autochtones au Centre d’appui à l’enseignement et à l’apprentissage de l’Université Concordia. Citoyenne de la nation Kanien’kehá:ka, elle est née et a grandi à Kahnawake, une collectivité locale.

Dans le cadre de ses fonctions, Mme Goodleaf concevra un programme de formation sur la décolonisation et l’autochtonisation du milieu universitaire. Elle assurera ensuite sa mise en œuvre dans toutes les unités d’enseignement de Concordia. Dans la foulée, elle collaborera avec les membres du corps professoral au recentrage des programmes d’études. Cet exercice visera à promouvoir le discours critique, l’analyse et l’intégration quant aux récits, aux points de vue, à la philosophie et à la pédagogie autochtones.

Pour amorcer le processus, Mme Goodleaf a organisé un cycle de séminaires sur la décolonisation et l’autochtonisation du milieu universitaire. Conçus à l’intention des membres du corps professoral, ces ateliers de formation s’échelonneront du mois d’août au mois de décembre. Les personnes qui désirent participer à l’une ou l’autre des rencontres thématiques mensuelles doivent d’abord s’y inscrire.

Le premier atelier de la série se tiendra le 29 août. Pour l’heure, Donna Kahérakwas Goodleaf nous explique l’importance de son travail et traite des enjeux et des progrès qu’il sous-tend.

Pourquoi importe-t-il que Concordia « décolonise et autochtonise » le milieu universitaire?

D. K. G. : Pour répondre à votre question, je dois, d’une part, la resituer dans le contexte élargi du rapport final de la Commission de vérité et réconciliation du Canada (CVR) et, d’autre part, faire le point sur la situation qui prévaut actuellement dans les universités canadiennes.

La CVR a lancé 94 appels à l’action afin de remédier aux séquelles des politiques et pratiques génocidaires du Canada à l’encontre des peuples autochtones – et tout particulièrement au cas des pensionnats indiens. Des représentants de l’ensemble des instances gouvernementales, des établissements d’enseignement, des bibliothèques, des centres d’archives, des musées et du système juridique ont été invités à examiner et à préciser la notion de « réconciliation » pancanadienne avec les peuples autochtones.

En réponse à cette invitation, Universités Canada a fait paraître en 2015 un rapport intitulé Principes d’Universités Canada en matière d’éducation des Autochtones. Rédigé en collaboration avec des membres des communautés autochtones, ce document définit treize principes. Il en appelle notamment aux universités canadiennes : pour ouvrir leurs « espaces institutionnels et pédagogiques », elles devront favoriser l’intégration et le rayonnement de la riche diversité des histoires, perspectives et systèmes de connaissances intellectuelles et scientifiques propres aux peuples autochtones.

Si Concordia a encore beaucoup à faire sur le plan de sa décolonisation et de son autochtonisation, elle a toutefois accompli d’importants progrès. Ainsi, en concertation avec l’Université, le groupe directeur sur les devenirs autochtones promeut et facilite l’établissement de relations confiantes et signifiantes – fondées sur la compréhension commune et le respect mutuel – avec les membres autochtones du corps professoral, de l’effectif étudiant et des collectivités locales.

En classe, comment les membres du corps professoral peuvent-ils contribuer à représenter le vécu autochtone avec plus d’exactitude et de pertinence sur le plan culturel?

D. K. G. : Les membres du corps professoral doivent se sentir redevables et responsables d’apprendre l’histoire tant locale que nationale des Autochtones et se familiariser avec les expériences vécues par ces derniers. Je n’insisterai jamais assez sur ce point. L’Université Concordia est située en territoire autochtone non cédé. Nos enseignants doivent prendre le temps de lier connaissance avec leurs étudiants afin d’apprendre qui ils sont et d’où ils viennent. Alors, ils disposeront d’un contexte culturel pour jeter les bases d’une discussion et sélectionner des ressources curriculaires.

J’encourage les membres du corps professoral à utiliser des ressources et du matériel curriculaires appropriés, exacts sur le plan culturel et conçus par des éducateurs et des érudits autochtones. De même, avant de visiter une communauté autochtone, ils devraient se familiariser avec le protocole applicable.

Par ailleurs, je leur suggère d’inviter des aînés et des gardiens du savoir de communautés autochtones locales à venir en classe, et ce, dans le but d’enrichir leurs ressources curriculaires. Attention : il convient d’apprécier à leur juste valeur les aînés et gardiens du savoir autochtones et donc de leur verser des honoraires tenant compte de leurs frais de déplacement, du temps passé en classe et des connaissances culturelles communiquées aux élèves.

Enfin, diverses formes de racisme se manifestant à l’Université à l’encontre des étudiants et étudiantes autochtones, les membres du corps professoral prendront garde d’intégrer ces derniers au groupe-classe d’une manière strictement symbolique. Lors de discussions sur des questions autochtones, la responsabilité d’éduquer professeurs et camarades ne doit pas incomber aux jeunes Autochtones. Les membres du corps professoral s’efforceront donc de se familiariser avec l’histoire, l’héritage culturel et les enjeux actuels des peuples autochtones.

Quelles sont les principales difficultés en matière d’intégration des perspectives autochtones dans les programmes d’études et les pratiques pédagogiques de l’Université?

D. K. G. : Comme bien d’autres universités, Concordia a eu tendance à associer le cursus eurocentrique au « discours normatif ». Par contrecoup, elle a exclu les systèmes de connaissances culturelles, scientifiques et intellectuelles des peuples autochtones, ainsi que leur histoire et leur pédagogie.

La décolonisation et l’autochtonisation des programmes d’études ne se feront pas facilement. En effet, les membres du corps professoral devront sortir de leur zone de confort et s’engager activement dans un processus de réflexion et d’analyse critique quant à leur rôle d’éducateurs. Ils devront notamment se pencher sur les a priori, les perceptions et les préjugés relatifs aux peuples, aux étudiants et aux communautés autochtones qu’ils perpétuent en classe.

Des membres du corps professoral et des responsables départementaux s’opposeront à ce processus d’apprentissage, car il les obligera à se distancier d’un « discours normatif » qu’ils pourraient avoir intérêt à conserver. Ils devront se montrer ouverts à la possibilité de procéder à un autoexamen et à une restructuration des programmes d’études et d’y inclure de manière significative et respectueuse les perspectives, récits et visions du monde autochtones.

Malgré les enjeux auxquels nous nous heurterons, j’aborde cet exercice avec beaucoup d’optimisme. En effet, des membres du corps professoral et des responsables départementaux ont manifesté un intérêt sincère pour collaborer avec moi à la décolonisation et à l’autochtonisation des programmes d’études universitaires. Pour Concordia, cette expérience d’apprentissage se révélera stimulante et passionnante.

Voudriez-vous nous citer des exemples de réussite?

D. K. G. : Le simple fait que j’occupe ce poste clé constitue en soi un exemple de réussite! Depuis mon entrée en fonction au Centre d’appui à l’enseignement et à l’apprentissage, j’ai vécu des expériences de collaboration passionnantes avec mes dynamiques collègues. De même, j’ai participé à des réunions des plus fructueuses avec des membres du corps professoral et des responsables départementaux. Tous ont exprimé un intérêt sincère à l’égard de la décolonisation et de l’autochtonisation des programmes d’études.

À preuve, à la suite des conversations et réunions de concertation que nous avons eues jusqu’à présent, des membres du corps professoral ont déjà modifié, voire restructuré, leur approche en matière d’enseignement et d’apprentissage.

Où les membres du corps professoral peuvent-ils vous joindre?

D. K. G. : Je les invite à se présenter au Centre d’appui à l’enseignement et à l’apprentissage de Concordia, établissement situé sur le territoire traditionnel de la nation Kanien’kehá:ka.


Inscrivez-vous dès maintenant au nouveau cycle de séminaires sur la décolonisation et l’autochtonisation du milieu universitaire.

Apprenez-en davantage sur le Centre d’appui à l’enseignement et à l’apprentissage de Concordia.
 



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