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NOUVELLE PUBLICATION : Analyse du lien entre des cellules peu connues et la santé mentale

Des chercheuses de Concordia font la lumière sur le rôle de la névroglie dans la dépression et les troubles anxieux
24 avril 2018
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Par J. Latimer

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Les neurones devront peut-être bientôt partager la vedette sur la scène neuroscientifique.

En effet, un nouveau domaine de recherche prometteur pourrait mener à la découverte de nouvelles cibles thérapeutiques dans le traitement des troubles psychiatriques.

Il s’intéresse à la névroglie, terme qui désigne un groupe de types de cellules non neuronales présentes dans les systèmes nerveux central et périphérique. On appelle également cet ensemble « glie », ou « cellules gliales ».

« Les cellules gliales ont longtemps été laissées pour compte », explique Mari Sild, boursière postdoctorale Horizon au Centre de recherche clinique en santé du Département de psychologie de l’Université Concordia.

« On a longtemps cru que les neurones étaient les seules responsables des fonctions importantes, et que la névroglie n’était qu’une colle ou un ciment cantonné à un rôle de soutien dans le cerveau. Or, la découverte d’indices d’une implication des cellules gliales dans la maladie psychiatrique a eu pour effet d’ouvrir de nouvelles avenues de recherche qui pourraient mener à divers traitements, diagnostics et méthodes de surveillance des troubles mentaux. »


Colliger des résultats et garder à l’œil la névroglie

Mme Sild a mené à bien une revue de la littérature actuelle qui fait ressortir le rôle de la glie du système nerveux central (SNC) dans le trouble dépressif majeur (TDM) et les troubles anxieux. Un compte rendu de ses travaux, qu’elle a rédigé en collaboration avec sa conseillère aux études postdoctorales Linda Booij, professeure agrégée au Centre de recherche clinique en santé, et Ed Ruthazer, son directeur de thèse à l’Université McGill, a été publié en décembre dernier dans la revue Neuroscience and Biobehavioral Reviews.

Pendant six mois, Mari Sild a passé au peigne fin 1 237 études portant sur la névroglie.

Outre cette revue exhaustive sur le rôle de la glie dans le TDM et les troubles anxieux, la chercheuse a examiné des sujets qui n’avaient pas été suffisamment explorés auparavant, tels que la réponse des cellules gliales aux traitements non pharmacologiques; l’incidence, sur la glie, des traumas survenus tôt dans la vie et des facteurs liés au mode de vie; ainsi que les moyens de surveillance des cellules gliales chez l’humain vivant.

« Une foule d’études corroborent l’hypothèse selon laquelle le TDM, les troubles anxieux et le stress chronique (utilisé pour induire des états semblables au TDM dans des modèles animaux) réduisent généralement le nombre de certaines cellules gliales, comme les astrocytes, les cellules NG2 et les oligodentrocytes dans le cerveau, ou en altèrent les fonctions de soutien neural », précise Mme Sild.

« Et dans de telles conditions, un autre type de glie susceptible d’avoir de plus fortes propriétés pro-inflammatoires, la microglie, pourrait proliférer et intensifier son  activité pro-inflammatoire. »

Fait intéressant, ajoute-t-elle, les traitements pharmacologiques (comme les antidépresseurs) et certains facteurs liés au mode de vie (comme l’exercice et l’exposition à un milieu stimulant) favorisent la multiplication des astrocytes et des cellules NG2 ou augmentent leurs fonctions de soutien neural tout en restreignant de façon générale l’activité pro-inflammatoire de la microglie.

Dans leur article, les auteurs observent que les épreuves subies avant la naissance ou tôt dans la vie ont des conséquences sur la glie, entraînant la perte de cellules gliales et une intensification de l’état pro-inflammatoire. Ce lien pourrait expliquer en partie l’importance du stress précoce comme facteur de risque de survenue de troubles psychiatriques plus tard dans la vie.

 

Mari Sild : « La névroglie pourrait constituer une nouvelle cible dans le traitement de troubles psychiatriques comme la dépression. Après tout, les cellules gliales sont les centrales métaboliques du cerveau et assurent beaucoup d’autres fonctions importantes. »  | Image : Tony Lim et Edward Ruthazer Mari Sild : « La névroglie pourrait constituer une nouvelle cible dans le traitement de troubles psychiatriques comme la dépression. Après tout, les cellules gliales sont les centrales métaboliques du cerveau et assurent beaucoup d’autres fonctions importantes. » | Image : Tony Lim et Edward Ruthazer


Le facteur médicament

Des études montrent que les antidépresseurs utilisés pour traiter le TDM et les troubles anxieux exercent un effet bénéfique sur l’activité gliale.

Toutefois, les antidépresseurs ne sont pas universellement efficaces, et leurs effets indésirables peuvent dissuader certaines personnes de les utiliser. La recherche de traitements de rechange offre donc une voie très prometteuse, avance Mari Sild :

« Les approches non pharmacologiques – comme l’exercice, l’enrichissement du cadre de vie ou l’électroconvulsivothérapie (ECT) – semblent avoir des effets sur la névroglie. Par exemple, on a observé la croissance de “ramifications” supplémentaires sur les astrocytes du cerveau de souris soumises à un régime d’exercice volontaire, souligne Mme Sild. Les cellules devenaient plus touffues, en quelque sorte. Or, plus il y a de ramifications, meilleurs sont les interactions neuronales et le soutien glial. »

La psychothérapie pouvant modifier la structure du cerveau et la fonction cérébrale, il est probable également que la névroglie joue un rôle dans ce phénomène. Cela reste à explorer plus à fond dans de futures recherches.


Un espoir pour l’avenir

Mari Sild rappelle qu’une personne sur six devra composer avec la dépression à un moment ou à un autre de sa vie. Or, on sait encore peu de choses sur les mécanismes d’apparition de la plupart des maladies psychiatriques.

« La névroglie pourrait constituer une nouvelle cible dans le traitement de troubles psychiatriques comme la dépression. Après tout, les cellules gliales sont les centrales métaboliques du cerveau et assurent beaucoup d’autres fonctions importantes que l’on commence à peine à comprendre. »


Lisez l’article publié : Major depressive disorder and anxiety disorders from the glial perspective: Etiological mechanisms, intervention and monitoring.

 

 

 

 



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