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Des game jams pour mieux respirer

Un étudiant de Concordia met à profit les ressources collectives afin de promouvoir la recherche
30 janvier 2017
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Par Tatiana St-Louis

Through Breathing Games, Fabio Balli has organized “health game jams.”  | Photo by Concordia University Through Breathing Games, Fabio Balli has organized “health game jams.” | Photo by Concordia University


Le tout est plus grand que la somme des parties. Dans notre monde branché, il en va de même pour la connaissance.

Fabio Balli l’a compris dès le début de sa carrière. Ainsi, l’étudiant à la maîtrise venant de Suisse – dont le parcours éclectique l’a mené de l’hôtellerie à l’entrepreneuriat en passant par le conseil aux entreprises – a récemment décidé d’aborder un enjeu qui touche tout un chacun : le droit de respirer librement.

Faisant appel à notre intelligence collective, M. Balli nous encourage à créer et à partager du contenu accessible gratuitement afin de lutter contre les maladies respiratoires et de favoriser une respiration saine.


Connaissez-vous les communs?

Chercheur multidisciplinaire, Fabio Balli a exploré divers domaines d’études au cours de sa carrière professionnelle et universitaire, notamment les ressources humaines, le design de jeux et la technologie éducative.

Pour sa maîtrise dans le cadre du programme d’études individualisées de l’Université Concordia, M. Balli a choisi d’examiner la question des communs de santé, en se concentrant sur les problèmes respiratoires.

« Chaque année, des millions de personnes meurent de maladies respiratoires chroniques, explique-t-il. Mais qu’arriverait-il si l’on combinait les connaissances et l’expertise de patients, d’adeptes du yoga, de concepteurs, de professionnels de la santé et d’autres citoyens afin de travailler ensemble à réduire ce chiffre? »

Les communs, un terme qui remonte au VIe siècle, mais qui a récemment été remis à l’avant-plan par la lauréate du prix Nobel Elinor Ostrom, peuvent être définis comme des ressources collectives. L’air que nous respirons et l’eau que nous consommons peuvent ainsi être considérés comme des communs. Le contenu en libre accès comme celui qui figure dans Wikipédia en est un autre exemple.

Fabio Balli et son équipe élaborent des jeux et des appareils respiratoires (disponibles grâce à l’initiative Breathing Games) qui profiteront aux communautés en leur fournissant des outils pédagogiques utiles.

Le chercheur entend se servir de tels projets pour étudier l’évolution à venir des communs. Les jeux ne constituent en effet qu’un exemple des nombreux produits qui pourraient être créés collectivement dans l’optique des ressources en santé non propriétaires.


Game jams
et éducation autonome

Fabio Balli était en Europe, hésitant à s’inscrire à la maîtrise, lorsqu’il a découvert le programme d’études individualisées de Concordia. Celui-ci l’a attiré notamment parce qu’il se considère comme un chercheur indépendant. « On vous laisse être autonome et proactif dans votre apprentissage et votre expérimentation, même s’il faut rester très organisé. »

Étant donné qu’il englobe tout un éventail de disciplines, le projet de M. Balli est supervisé par non pas un, mais quatre professeurs : Marguerite (Margie) Mendell, professeure à l’École des affaires publiques et communautaires ainsi que directrice de l’Institut Karl-Polanyi d’économie politique; Philippe Caignon, directeur du Département d’études françaises et directeur académique du Centre d’appui à l’enseignement et à l’apprentissage; Warren Linds, professeur agrégé au Département des sciences humaines appliquées; et Satoshi Ikeda, professeur agrégé au Département de sociologie et d’anthropologie, et ancien titulaire de la chaire de recherche du Canada en sociologie politique de l’avenir du monde.

« Les défis complexes exigent de recourir à un vaste réseau d’experts, explique la Pre Mendell. Le développement de programmes de recherche transdisciplinaires pourrait résoudre certains des problèmes épineux que nous connaissons aujourd’hui. »

Et cela peut être amusant. Par l’intermédiaire de Breathing Games, M. Balli a en effet organisé des « game jams de la santé », où des participants de divers domaines se rassemblent afin de créer collectivement des jeux et des appareils numériques axés sur l’éducation sanitaire.

Avec Breathing Games, Fabio Balli espère produire « du matériel qui permettra à n’importe qui, n’importe où, d’autoévaluer sa capacité pulmonaire, des systèmes de données qui contribuent aux politiques et aux recherches en santé ainsi qu’une méthodologie qui aide les différents intervenants à mettre à profit leur intelligence collective ».

Ce défi de taille s’accompagne d’un énorme potentiel de croissance et de reconnaissance internationale.


Conférences pour une cause commune

Cette année, Fabio Balli organise également une série de conférences visant à explorer les communs sous différents angles, notamment la perspective d’une société numérique libre, de l’innovation dans le domaine public et de l’économie du savoir.

Parmi les conférenciers figurent Richard Stallman, récipiendaire d’un doctorat honorifique de Concordia et président de la Free Software Foundation, qui aide à distribuer le système GNU/Linux; Didier Pittet, épidémiologiste hospitalier ainsi que directeur du Programme de lutte contre les infections et du Centre collaborateur pour la sécurité des patients de l’Organisation mondiale de la santé à Genève; et Madeleine Laugeri, fondatrice de l’École du changement émergent en Suisse.

M. Balli espère que leurs propos contribueront à illustrer les manières dont le savoir peut être partagé en dehors d’un modèle propriétaire, et encourageront les discussions à ce sujet.

« Nous n’avons pas de mal à nous convaincre des limites du point de vue selon lequel tout peut être géré et exploité par le secteur public ou privé, explique Marguerite Mendell. Dans la sphère numérique, par exemple, où des acteurs privés luttent pour la propriété des espaces ouverts, les mouvements favorables aux logiciels ouverts proposent un contrepoids visant à redonner le savoir au collectif. »

Pour sa part, Fabio Balli soutient que l’innovation devrait d’abord servir un but collectif avant qu’on se soucie de sa valeur commerciale ou de sa viabilité financière.

« Bref, c’est le contraire de ce qu’on voit aujourd’hui. Dans le passé, les chercheurs n’étaient pas aussi liés aux institutions qu’ils le sont de nos jours. Par conséquent, leurs recherches étaient souvent plus créatives, libres et vivantes. »

Le cycle de conférences, intitulé « Innover pour sauver des vies », a reçu l’appui du fonds de construction communautaire de l’École des études supérieures, du fonds d’initiative pour le développement durable et du fonds pour les projets spéciaux du Conseil de la vie étudiante de Concordia. Il se tiendra à l’Université entre avril et septembre 2017.


Mettre la main à la pâte

Membre de l’institut artistique, culturel et technologique Milieux et du Centre de recherche TAG (technoculture, arts et jeux), Fabio Balli recherche actuellement des participants engagés pour ses game jams. De plus, il attend toujours que les communs prennent leur essor et deviennent une entité autonome.

Il admet d’ailleurs que les trois dernières années ont été difficiles, car il a jusqu’à présent piloté l’initiative essentiellement par lui-même.

« Mon rêve est que des équipes voient le jour dans différentes parties du monde et fournissent leur propre contribution aux communs », affirme-t-il.

« J’ai hâte de voir comment elles se les approprieront pour les adapter à leur propre vision. J’essaie d’inspirer les gens en leur montrant ce que nous faisons et comment nous procédons. Après, ils sont libres de créer tout ce que bon leur semble. »


Participez au prochain
Game Jam pour la santé, qui aura lieu à l’Université Concordia les 18 et 19 février.

Apprenez-en davantage sur le Programme d’études individualisées de l’Université.
 



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