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La violence religieuse et son impact à l’échelle mondiale

Un nouveau recueil d’essais d’étudiants aux cycles supérieurs de l’Université Concordia examine les liens complexes entre la religion et l’extrémisme
24 novembre 2016
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Par Christian Durand

Qu’il s’agisse des attaques terroristes de 2014 à Ottawa et à Saint-Jean-sur-Richelieu, ou encore de la radicalisation d’étudiants du Collège de Maisonneuve – qui ont rejoint les rangs de groupes djihadistes en Syrie – les signes d’une montée de l’extrémisme au Canada se multiplient.

Or, ce phénomène est surtout analysé du point de vue des facteurs socio-économiques, culturels ou psychologiques expliquant la vulnérabilité particulière des jeunes.

André Gagné: “Scholars need to speak up.” André Gagné: “Scholars need to speak up.”

Mais quel rôle la pensée religieuse y joue-t-elle?

Cette question est au centre d’un nouveau recueil d’essais intitulé The Global Impact of Religious Violence (Wipf et Stock, 2016). L’ouvrage a été réalisé sous la direction conjointe d’André Gagné, professeur agrégé au Département d’études théologiques de la Faculté des arts et des sciences de l’Université Concordia, et de deux doctorants en sciences des religions du même établissement, Spyridon Loumakis et Calogero Miceli. Il réunit les écrits de huit étudiants des cycles supérieurs à Concordia qui évoluent dans diverses disciplines, notamment les sciences des religions, les études théologiques, la psychologie et les études anglaises. Les essais traitent de divers sujets, dont le rôle de la violence religieuse dans le génocide rwandais; la violence religieuse et le sacrifice d’animaux; les représentations de la religion et de la violence dans les bandes dessinées après les attentats du 11 septembre 2001; ainsi que la violence religieuse par rapport à la violence étatique.

Nous avons discuté avec le Pr Gagné pour tenter de mieux comprendre l’épineuse question de la religion et de l’extrémisme violent.


Comment ce projet de livre s’est-il formé?

André Gagné : Ce recueil est le résultat direct d’un colloque tenu à l’Université Concordia en 2015. Nous y avions invité Hector Avalos, professeur à Iowa State University et expert sur le sujet de la violence religieuse, qui a également collaboré au livre. Les actes extrémistes étant à la hausse partout dans le monde, nous jugions nécessaire d’examiner cette question de plus près.

En général, lorsqu’une attaque violente survient, les agences de presse interviewent des représentants du gouvernement, des sociologues et des analystes politiques. Rarement entendons-nous les points de vue des érudits des sciences des religions et des études théologiques. Pourtant, nous devrions, car les auteurs de ces atrocités utilisent le discours religieux pour légitimer leurs actes. Bien sûr, le désenchantement, la pauvreté et la marginalisation y sont pour quelque chose, mais il y a aussi un angle religieux qui mérite d’être exploré.


Selon vous, pourquoi le dialogue sur la radicalisation a-t-il fait largement abstraction de la religion?

AG : C’est un sujet délicat. Quand on parle de religion, on parle aussi d’identité. Malheureusement, de nos jours, la violence religieuse est associée à l’Islam et aux musulmans. Les gens font donc très attention à la manière dont ils abordent le sujet des liens entre religion et violence.

Ce que nous tentons de montrer dans cet ouvrage, c’est que la religion se manifeste de différentes façons. Qu’elle se fonde sur la Bible ou le Coran, elle présente des aspects louables, comme le respect de certains principes moraux. Toutefois, ces écrits ont également un côté sombre, par exemple quand Dieu y ordonne l’extermination de peuples ennemis.

Bien des groupes religieux parviennent à éviter une interprétation littérale des textes sacrés, sachant les aborder dans une autre perspective. Il existe cependant des groupes réfractaires à cette lecture symbolique, pour qui les écrits doivent être pris au pied de la lettre.

Les salafistes constituent une minorité – un sous-groupe – au sein de l’Islam qu’on ne peut dissocier complètement de cette religion. De plus, à l’intérieur même du salafisme, il existe des sous-groupes – certains plus paisibles que d’autres – qui affirment tous représenter l’Islam. C’est la même chose lorsqu’il est question des fondamentalistes chrétiens. Nous ne pourrions pas dire qu’ils ne sont pas chrétiens. Néanmoins, ils ne représentent d’aucune manière l’ensemble de la chrétienté.

Dans le livre, nous nous penchons sur diverses traditions afin d’explorer l’impact mondial de la violence religieuse. Nous examinons différentes traditions religieuses dans différents lieux géographiques et tentons de définir comment la violence religieuse se manifeste, non seulement au Moyen-Orient, mais aussi en Afrique, en Europe et en Amérique du Nord.


Y a-t-il un fil conducteur entre les manifestations d’extrémisme religieux dans le monde?

AG : Ce fil conducteur est notre définition de la religion. Celle-ci est un mode de vie et de pensée fondé sur l’hypothèse invérifiable de l’existence de forces et/ou d’êtres spirituels avec lesquels nous serions en relation. Lorsqu’une entité non empirique dont l’existence ne peut être vérifiée ordonne à quelqu’un d’agir avec violence, cela devient un problème éthique. C’est pourquoi les érudits doivent se faire entendre.
 

Dans votre essai, vous parlez de la tyrannie de la rectitude politique lorsqu’il s’agit de parler de religion et d’extrémisme. Qu’entendez-vous par là ?

AG : Nous devons à tout prix éviter de mettre tout le monde dans le même panier. Dans le cas de l’Islam, il est clair que la majorité des musulmans ne sont pas violents. C’est pourquoi les gens craignent parfois que les musulmans soient marginalisés lorsque l’Islam est mentionné dans le contexte d’actes violents. Nous entendons souvent dire que « Daesh n’a rien à voir avec l’Islam ». Pourtant, Daesh justifie ses propres actes de violences en décontextualisant des passages du Coran ou certains événements de la vie de Mahomet.

En tant qu’observateurs externes, qui sommes-nous pour dire que cela n’a rien à voir avec la religion quand ceux et celles qui commettent des actes violents nous disent qu’au contraire, cela a tout à voir ? N’est-ce pas là une sorte de colonialisme intellectuel que d’attribuer à d’autres des motivations différentes de celles qu’ils disent avoir ?
 

En quoi l’étude de la religion en contexte d’extrémisme contribue-t-elle à diminuer la radicalisation?

AG : Tout est dans l’éducation. Nous devons enseigner précisément ce que signifie l’extrémisme religieux et montrer comment, dans certains cas, il mène à la violence, tout en évitant de faire des généralisations.

Je crois que cela doit commencer dès l’école secondaire. Les jeunes doivent être bien informés en matière de religion – non pas par un enseignement fondé sur la foi, mais plutôt par l’acquisition d’une meilleure compréhension des croyances et des pratiques religieuses d’un point de vue comparatif et historique. La religion est pour nous une notion archaïque, mais elle continuera toujours d’exister. Par conséquent, notre objectif doit consister à éduquer et à développer la pensée critique à l’égard de toutes les traditions religieuses.


Le
lancement officiel du livre The Global Impact of Religious Violence aura lieu à l’Institut montréalais d’études sur le génocide et les droits de la personne, le mercredi 30 novembre prochain, de midi à 13 h 30, à la salle FB-804 du pavillon du pavillon du Faubourg, situé au 1250, rue Guy.

Apprenez-en davantage sur le Département d’études théologiques de l’Université Concordia.
 



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