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Quel rôle tiennent les minorités au sein des régimes politiques du Moyen-Orient?

Le soutien à la démocratie doit être équilibré par une insistance sur le pluralisme et les droits individuels, montre une nouvelle étude de l’Université Concordia
3 août 2016
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Par Cléa Desjardins

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Montréal, le 3 aout 2016 – Au cours des dernières semaines, la Turquie occupe l’avant-scène de la politique mondiale. Tous les yeux sont rivés sur le président Erdoğan à la suite de la tentative de coup d’État militaire.

Mais est-il réellement possible que la Turquie et d’autres pays du Moyen-Orient se tournent un jour vers des types de gouvernements moins autoritaires? Une nouvelle recherche menée à l’Université Concordia confirme qu’un tel virage serait intimement lié aux tensions ethniques et religieuses.

Dans le cadre d’une étude dont le compte rendu a été publié récemment dans la revue Political Research Quarterly, Ceren Belge, professeure agrégée au Département de science politique, a examiné si les communautés kurdes de Turquie, berbères du Maroc et chrétiennes d’Égypte et de Jordanie différaient dans leur soutien à l’autoritarisme. 

Ceren Belge | Photo courtesy of Ceren Belge Ceren Belge | Photo courtesy of Ceren Belge

La Pre Belge et son collaborateur, Ekrem Karakoç de l’Université de Binghamton, ont constaté que, dans les régimes actuels essentiellement laïques, les minorités religieuses étaient plutôt favorables à l’autoritarisme, alors que les minorités linguistiques y étaient défavorables.

Selon les Prs Belge et Karakoç, compte tenu de ces résultats, les politiques de soutien à la démocratie dans cette région devraient être équilibrées par une insistance sur le pluralisme et une solide garantie du respect des droits individuels.

« Sans de telles cautions, les appels à des élections libres risquent de creuser le fossé avec des minorités déjà politiquement marginalisées. »

À partir de données recueillies auprès de milliers de répondants dans le cadre de l’enquête sur les valeurs mondiales (World Values Survey), les Prs Belge et Karakoç ont dégagé des différences marquées :

  • Les membres des minorités religieuses de confession chrétienne d’Égypte et de Jordanie sont nettement plus susceptibles de soutenir un régime autocratique que la majorité musulmane de ces pays. 

  • Les membres des minorités linguistiques de confession musulmane – les Berbères au Maroc et les Kurdes en Turquie – sont notablement moins enclins à soutenir un régime autocratique que les Marocains et les Turcs qui parlent la langue de la majorité.

Ainsi, selon les chercheurs, on peut s’attendre généralement à ce que les minorités soient pour la démocratie, surtout si celles-ci font l’objet d’une marginalisation dans le régime existant. De fait, leurs membres peuvent espérer mieux pouvoir faire entendre leur voix et être protégés dans un état plus démocratique.

« Toutefois, dans les pays marqués par les clivages ethniques et religieux, les minorités dont le statut et la sécurité sont menacés par une transition vers les institutions majoritaires seront plus portées vers l’autoritarisme », précise la Pre Belge.

Selon cette dernière, la raison en est que la démocratisation entraîne différentes conséquences selon la situation de chaque minorité.

La prise de décisions à la majorité porte avec elle l’éventualité de victoires électorales par des partis islamiques et d’une islamisation de la vie publique. Ce phénomène touche plus durement les minorités religieuses que leurs contreparties linguistiques. Par conséquent, les minorités non musulmanes sont plus susceptibles de se sentir menacées par la démocratisation, ce qui n’est pas le cas des minorités linguistiques musulmanes.

Selon l’étude des Prs Belge et Karakoç, ces clivages reposent sur des motifs historiques.

« La reconnaissance des non-musulmans en tant que communautés distinctes jouissant d’une protection découle de l’héritage ottoman et islamique. Or, cette légitimation a donné lieu à une plus grande autonomie des groupes non musulmans dans les états ayant accédé à l’indépendance. Toutefois, les minorités linguistiques musulmanes n’ont été reconnues à titre de communautés distinctes que tout récemment. »

Les chercheurs ont par ailleurs constaté que les minorités non musulmanes avaient réussi à retenir un certain degré de pouvoir économique au cours de la période qui a suivi l’indépendance, et ce, malgré de multiples politiques discriminatoires visant la confiscation et la redistribution de leurs biens, alors que les minorités linguistiques, généralement issues de milieux économiques marginalisés, n’avaient connu aucune ascension substantielle.



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