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L’œuvre d’une professeure de Concordia explore l’écosystème des baleines du Saint-Laurent

Cynthia Girard-Renard discute de l’exposition que lui consacre la Fonderie Darling.
24 novembre 2020
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Par Amelia Wong-Mersereau

Photo: Paul Litherland Photo: Paul Litherland

A 21 metre-long, life-size blue whale is suspended in mid-air at Fonderie Darling.

The creator of this hand-painted Kraft paper whale is Cynthia Girard-Renard, an award-winning artist and an associate professor at Concordia who teaches painting and drawing in the Department of Studio Arts.

With the help a Social Sciences and Humanities Research Council (SSHRC) grant that allowed her to hire three students from the Faculty of Fine Arts to research and create the sustainability-minded exhibition titled Sans toit ni loi: the Cetaceans of the Saint Lawrence River, which opened this fall and has been temporarily closed due to the COVID-19 pandemic.

Girard-Renard paints and writes poetry about animals, our relationships to them, and to one another. She received her MFA from Goldsmiths College, London, UK (1998) and for more than 20 years, has been the subject of local and international exhibitions.

In 2018, she was awarded both the Prix-Louis-Comtois for a mid-career artist and the Takao Tanabe Painting Prize. She has also been the recipient of grants from the Canada Council for the Arts and the Conseil des arts et des lettres du Québec.

Sitting in the Fonderie Darling among her hand-crafted sea urchins, crabs and lobsters, Girard-Renard discusses her research process and vision for this exhibition.

Photo: Adrian Morillo Photo: Adrian Morillo

Le titre de votre exposition s’inspire d’un film d’Agnès Varda sorti en 1985; selon vous, qui y occupe le rôle de sans-abri?

La baleine, et bien davantage que toute personne qui la regarde. Nomades, les baleines se déplacent à travers l’océan. Elles ne se réclament pas d’un quelconque pays. À la fin du film de Varda, le personnage principal meurt dans un fossé, un peu à la manière d’une baleine échouée.

Selon vous, l’exposition reprend-elle le côté sombre du film?

Peut-être bien. Dans la salle d’exposition, une bande sonore fait entendre des explosions, des opérations de forage et des sirènes de bateau. Ces bruits évoquent l’exploitation des ressources naturelles dans le fleuve Saint-Laurent. Ils rappellent aussi le projet de GNL Québec au Saguenay. Craignant que trop de bateaux ne croisent dans la rivière Saguenay, de nombreuses personnes tentent de mettre un frein à ce projet. Par ailleurs, le microsillon qui sert de fond sonore à l’exposition a été produit en 1979 par un biologiste de la vie aquatique, Roger Payne. Il est le premier à avoir fait jouer un enregistrement de baleines en public. À son écoute, nous ressentons de la nostalgie, de la mélancolie, voire un sentiment de fin du monde. Sur le mur de la salle tourne, à la manière d’un soleil noir, un disque surdimensionné. C’est peut-être à cet endroit que la visiteuse ou le visiteur éprouve plus vivement une impression d’aliénation.

Pourriez-vous nous décrire le processus de création de l’œuvre?

Une subvention du Conseil de recherches en sciences humaines du Canada (CRSH) m’a permis de recruter des étudiants de Concordia. Catherine Boisvenue-Ménard, Marley Johnson, Xavier Bélanger Dorval et moi sommes allés à Tadoussac en août 2019. Nous y avons rencontré des membres du Groupe de recherche et d’éducation sur les mammifères marins (GREMM). Nous avons vu comment ils travaillaient et nous avons exploré l’habitat des baleines. Depuis ce séjour, une baleine à bosse s’est amenée à Montréal – une visite à laquelle je ne m’attendais pas! À Tadoussac, nous avions pris des notes et réalisé quelques entrevues. Par la suite, je me suis dit que ce serait merveilleux de concevoir une immense baleine bleue, grandeur nature. Tout le monde – les hommes, surtout – affirmait que c’était folie, que ça ne fonctionnerait jamais. Curieusement, j’ai commencé par peindre le papier sans trop savoir sur quelle structure reposerait l’œuvre... Mais après tout, je suis peintre, n’est-ce pas? J’ai terminé la conception de la baleine en décembre 2019. Je disposais de trois semaines pour l’installer ici, à la Fonderie Darling. Pour cette tâche de longue haleine, j’ai pu compter sur l’aide de collaborateurs formidables. Il a fallu douze personnes pour suspendre la baleine. C’était un véritable travail d’équipe.

Mon œuvre revêt aussi un caractère politique. En effet, mes dépenses pour la créer se limitent à 200 $ pour le papier et à une centaine de dollars pour la gouache. Tout est peint et collé ou cousu à la main. Par ailleurs, l’exposition ne nécessite pas de nombreuses ressources et elle ne pollue pas. Je me suis vraiment souciée de cet aspect. Je voulais conférer à l’exposition le plus de poésie possible tout en limitant au minimum les dépenses et l’utilisation des matériaux. Enfin, j’avais aussi en tête d’imprégner de magie mon installation.

Photo: Simon Belleau Photo: Simon Belleau

Quel lien établissez-vous entre votre œuvre et l’emplacement de la galerie d’art?

À l’origine, il y avait ici une usine de fabrication de pièces métalliques pour les bateaux. D’une certaine façon, on pourrait dire que des baleines de fer y étaient produites. En effet, les pièces usinées se retrouvaient dans le fleuve où elles côtoyaient les baleines. Cette idée me plaît, tout comme le fait de nous trouver à proximité du Vieux-Port. Il s’opère en quelque sorte un revirement de situation. Les surfaces peintes en couleurs pastel s’agencent bien aux parois décrépites de cet ancien établissement industriel. Il en résulte un véritable contraste. Le massacre en règle des baleines a commencé à la révolution industrielle : il fallait de l’huile pour alimenter les lampes et graisser les rouages des machines à coudre. Avant que le pétrole soit exploité, l’huile de baleine servait à éclairer Londres.

Quand je travaillais à cette œuvre, je voulais chérir ma baleine, la faune aussi. C’était une façon de prendre soin d’elles. Je tenais à parvenir à une conclusion porteuse d’espérance; je n’entendais pas déprimer davantage les gens. Selon moi, l’imaginaire, la recherche d’une pensée renouvelée, peuvent nous mener à des solutions. Je voulais que ma baleine soit une source d’énergie, un exemple de générosité. Je désirais exposer la beauté. J’espérais ainsi inciter les gens à tisser des liens avec la faune et la flore qui nous entourent. Ce faisant, ils leur témoigneraient peut-être plus d’attention? Lorsque je crée un personnage, l’auteure en moi s’y attache. Je développe à son égard une sorte d’attachement psychique. J’aime tellement ma baleine. Depuis le confinement, j’ai beaucoup pleuré à la pensée qu’elle soit toute seule. J’ai parfois envie de venir dormir sous son ventre et d’ainsi lui tenir compagnie en cette période d’isolement.

Vous consacrez-vous à d’autres projets?

Je travaille à des chauves-souris et à des baleines. La chauve-souris est l’un des plus petits mammifères, tandis que la baleine est le plus gros. Bien qu’elles se situent à l’opposé du spectre, toutes deux recourent à l’écholocalisation et toutes deux revêtent une apparence somme toute étrange. La chauve-souris appartient à la famille des mammifères volants; la baleine, à celle des mammifères marins. Aussi ont-elles d’une certaine façon quelque chose d’insolite. Considérée comme un animal des plus affreux, la première effraie vraiment les gens. En revanche, la seconde est aimée de tous. Bref, elles montrent à la fois de grandes similitudes et des différences marquées. Bien sûr, ce sont aussi deux espèces menacées.

L’imaginaire des Canadiennes et des Canadiens est surtout hanté par l’ours, le loup et le castor. Dans l’est du pays, ni la chauve-souris ni la baleine ne l’habitent réellement. Ici, les baleines et les chauves-souris ne font pas vraiment partie de l’imaginaire collectif. Aussi, en tant qu’artistes, nous aurons peut-être à créer un imaginaire auquel les gens s’identifieront. Alors, qui sait s’ils ne se diront pas : « D’accord, cela nous concerne tous, et nous devrions nous en soucier. » À mes yeux, mon œuvre s’apparente au documentaire. Je veux sensibiliser la population aux enjeux fauniques. J’y attache beaucoup d’importance.

Découvrez l’exposition de la Fonderie Darling



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