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Pour un professeur d’éducation artistique de Concordia, l’avenir de l’éducation est en ligne – à condition de suivre la bonne stratégie

Dans son récent ouvrage, Juan Carlos Castro affirme qu’apprendre sur un téléphone cellulaire donne aux jeunes une capacité d’agir qui leur manque dans une salle de classe ordinaire
18 août 2020
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Par Richard Burnett

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Le printemps dernier, Juan Carlos Castro, professeur agrégé et directeur du Département d’éducation artistique à l’Université Concordia, adressait une lettre d’opinion au journal Montreal Gazette qui remettait en question la réouverture des écoles durant la pandémie de COVID-19.

« Au cours des prochaines années, l’éducation constituera un mélange de ce qu’on connaissait et de ce qu’on traverse en ce moment », écrivait le Pr Castro.

Pour lui, une telle transformation exige une infrastructure novatrice au regard du matériel et de l’accès à Internet.

« Il faut que les enseignants soient formés à l’utilisation de ces nouveaux outils d’apprentissage. L’engagement à l’égard de l’apprentissage en ligne doit être plus unifié. Tenter de mettre à niveau les enseignants en quatre ou cinq jours au mois d’août ne suffira pas. »

Lorsqu’il s’agit d’enseigner à distance en dehors de la classe, le chercheur et éducateur en arts visuels déborde d’idées intéressantes, qu’il développe dans son récent ouvrage, Mobile Media In and Outside of the Art Classroom: Attending to Identity, Spatiality, and Materiality.

Tandis qu’un vif débat se poursuit au sujet de la réouverture des écoles, le Pr Castro a répondu en toute franchise à une brève série de questions sur son livre et sur l’avenir de l’éducation.

Quel était l’objectif de votre livre?

Le but était de colliger diverses recherches sur l’utilisation des téléphones cellulaires comme outil à l’intérieur et à l’extérieur de la classe, notamment en arts visuels, bien que les conclusions s’appliquent aussi à d’autres domaines.

Mes assistants de recherche ont par ailleurs rédigé certains chapitres du livre, apportant leurs perspectives sur les données recueillies et les travaux réalisés auprès d’écoles secondaires dans l’agglomération montréalaise.

L’ouvrage a suscité des réactions très positives jusqu’à présent, et je suis ravi qu’il inspire les enseignants et les éducateurs à embrasser les médias mobiles. Ce livre est une occasion pour eux de repenser la manière dont nous enseignons.

Notre hypothèse était la suivante : « Fournissons aux jeunes des appareils mobiles, présentons le programme d’études sur ces appareils, et ils n’auront pas besoin de venir à l’école ».

Votre livre traite du projet MonCoin.

Il découle en fait de ma thèse de doctorat, à la fin des années 2000. Les conclusions de mon étude sur l’utilisation des médias sociaux comme outil d’apprentissage pour les jeunes m’ont conduit à penser que les téléphones intelligents prendraient une importance considérable dans le paysage culturel.

Il existe une documentation et des recherches en éducation qui avancent que si les jeunes sont liés à leur milieu civique, ils s’intéressent davantage à leur milieu pédagogique et à leur éducation au sens large. Dans le cadre du projet MonCoin, nous avons collaboré avec des élèves de 16 à 18 ans qui avaient décroché ou qui étaient à risque de décrocher.

Notre hypothèse était la suivante : « Fournissons aux jeunes des appareils mobiles, présentons le programme d’études sur ces appareils, et ils n’auront pas besoin de venir à l’école ».

Or, même s’ils n’avaient pas envie d’être à l’école et avaient un rapport très conflictuel avec les études, nous sommes parvenus à les toucher.

Résultat : ils ont commencé à se présenter à l’école. Ils avaient envie de tisser des liens entre eux autour du projet.

Les appareils mobiles ne servent pas qu’à prendre des photos et à les afficher. Ils constituent un outil permettant aux jeunes de comprendre leur capacité d’agir dans le monde et leurs relations avec les gens et les lieux qui les entourent. Ce type d’apprentissage leur donne cette capacité d’agir qui leur manque à l’école. Nous avons constaté que lorsque nous donnons aux jeunes les moyens de prendre le contrôle de leur apprentissage, ils s’engagent davantage.

Les parents craignaient-ils que la qualité de l’éducation de leurs enfants diminue à cause de l’apprentissage à distance sur des appareils mobiles?

Nous n’avons pas rencontré beaucoup de résistance de la part des parents, qui se sont montrés intéressés. Nous avions quelque 300 participants, mais seulement deux ou trois se sont retirés. Je pense que la plupart des parents ont vu là une occasion de développer un outil à des fins bénéfiques.

L’utilisation des médias mobiles dans une classe d’éducation artistique est-elle transposable dans une classe ordinaire?

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Nous n’avons pas cherché à répondre à cette question précise, mais nous avons demandé aux participants d’y réfléchir et ils ont très bien saisi les possibilités. Dans l’ensemble, ils estimaient que la transposition était possible.

Que pensez-vous de l’apprentissage à distance durant la pandémie de COVID-19?

Nos travaux montrent qu’établir des liens avec les jeunes relève d’une bonne pédagogie, et l’apprentissage à distance constitue un volet important de cette démarche. Cela dit, je reconnais également que l’apprentissage par les pairs en classe joue un rôle crucial. Des décennies de recherche montrent que les enfants s’observent et se copient les uns les autres. Il s’agit d’un aspect très important de l’apprentissage social et émotionnel qui fait actuellement défaut.

L’apprentissage à distance est là pour de bon. Nous utiliserons de plus en plus ce type d’outil. Les enseignants, les écoles et le système d’éducation     progressent tous dans cette direction, et le mouvement s’accélère.

Dans votre lettre d’opinion à la Gazette, vous vous demandiez si nous devons envoyer nos enfants à l’école durant la pandémie.

Certaines personnes sont d’avis que la situation doit revenir à la normale pour nos enfants, mais je crois que le milieu scolaire s’avérera plus stressant pour eux. Je me demande s’ils pourront apprendre dans de telles conditions de stress. J’ai deux fils âgés de sept et neuf ans, et j’éprouve beaucoup d’appréhensions.

Selon vous, à quel point l’apprentissage à distance sur des appareils mobiles se généralisera-t-il dans l’avenir?

L’apprentissage à distance est là pour de bon. Nous utiliserons de plus en plus ce type d’outil. Les enseignants, les écoles et le système d’éducation progressent tous dans cette direction, et le mouvement s’accélère. Il s’agit pour les enseignants d’une occasion de réfléchir aux moyens de tisser des liens avec leurs élèves. Si certains craignent que les liens sociaux établis en personne ne disparaissent, la recherche montre qu’il est possible de créer efficacement des liens en ligne qui appuient véritablement l’apprentissage.



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