JORDAN LOEPPKY-KOLESNIK

Against Enclosure [contre les enclosures]

6 juin – 1er septembre 2022 

Against Enclosure, image numérique, 2022




Description de l’exposition

L’œuvre Against Enclosure (« contre les enclosures ») s’inspire de l’architecture du péristyle qui est propre aux cours intérieures. Dans l’architecture contemporaine, le péristyle s’est imposé dans certains types d’établissements comme les complexes d’habitation collectifs et les jardins botaniques, et par le passé, on le retrouvait dans les cloîtres monastiques et les résidences de l’élite romaine. Ayant trois côtés, cet auvent de bois rompt avec le style traditionnel afin de répondre à l’environnement de la cour de la FOFA qui donne sur la rue Sainte-Catherine. Ainsi, cette installation examine la nature paradoxale qu’incarne ce modèle architectural en opposant le sentiment de sécurité et d'intimité qu’il procure à l’héritage de la dépossession des terres, la domination sociale et la violence coloniale. L’exhortation explicite formulée dans le titre de l’œuvre – contre les enclosures – plaide en faveur du rétablissement de l’accès public aux terres dans la tradition du partage de biens communs. Les visiteurs.teuses sont donc invité.e.s à entrer librement dans cette structure  afin de s'y abriter sous la toile du pare-soleil, s'asseoir sur le banc ou parcourir ses passages.

À propos de l’artiste

Artiste originaire de Montréal, Jordan Loeppky-Kolesnik habite à Los Angeles. Sa pratique intègre la vidéo, l’art public, la sculpture et l’installation afin de créer des expériences évoquant la survie écologique, la fiction spéculative, le corps queer, les relations personnelles et le sens du lieu. Ses œuvres ont récemment été présentées dans plusieurs expositions, notamment : SOPHIE TAPPEINER (Vienne), Titanik (Turku, Finlande), ONE Archives (Los Angeles), Lantz’scher Skulpturenpark (Düsseldorf), Bass & Reiner (San Francisco), François Ghebaly (Los Angeles), guadalajara91210 (CDMX) et Franconia Sculpture Park (Minnesota). Ses œuvres seront également exposées au Black Cube Museum (Denver), à la galerie Art Lot Brooklyn et au Centre des arts actuels Skol (Montréal). Jordan Loeppky-Kolesnik est titulaire d’une maîtrise en sculpture et médias élargis de l’Université Virginia Commonwealth (Richmond, États-Unis) et d’un baccalauréat ès beaux-arts en intermédia de l’Université Concordia (Montréal). Ses projets artistiques ont été subventionnés par la Fondation Dedalus, le Conseil des arts du Canada, le Centre pour l’innovation culturelle et la Fondation pour l’art contemporain.

Siteweb jordanloeppkykolesnik.com

IG : @jojoparjojo

À propos du cloître

Danielle Callegari, Ph.D., CSW, Assistant Professor of Italian, Dartmouth College.

En parlant des sculptures romanes qui allaient faire la renommée des cloîtres européens de la fin du Moyen Âge, le réformateur de la vie monastique et mystique Bernard de Clairvaux, ne cachait pas son agacement et demandait péremptoirement : « Dans le cloître, sous le regard des frères qui y font la lecture, quels bienfaits apportent ces monstres ridicules, à cette beauté merveilleuse et difforme, à cette agréable difformité? » Le malaise qu’éprouvait Bernard de Clairvaux à l’égard de la nature créative et évocatrice des cloîtres et de l’effet apparemment contradictoire — beauté difforme / difformité agréable — qu’ils produisaient, rend parfaitement compte du pouvoir qu’ils possèdent de frapper et même de stimuler l’imagination. Le cloître est un espace clos, mais poreux, qui agit comme un lien entre l’intérieur et l’extérieur, et entre ce monde et celui qui vient après. Il est propice à l’expérimentation, parce qu’il est protégé, mais il se heurte inévitablement à certaines limites, parce qu’il est confiné. Sur le plan théorique, il possède l’étrange capacité d’occuper de multiples catégories sans se conformer à aucune d’elles en particulier. Le cloître se caractérise par l’hybridité, et cette fluidité, cette souplesse, est ironiquement ce qui lui a permis de survivre pendant aussi longtemps à l’intérieur d’une architecture solide et tangible.

Le cloître médiéval était spécifiquement destiné à constituer un lieu d’interaction entre l’humain et le divin. Il était censé recréer les conditions du jardin d’Eden, habité par les premières créations humaines et situé techniquement sur Terre, où on avait la possibilité d’entrer directement en contact avec Dieu; il rappelait ce moment privilégié de l’histoire chrétienne d’avant la chute. Le potentiel créatif qu’il renfermait faisait écho à cette même productivité archétypale du paradis terrestre : les choses y « naissaient » naturellement, car il était habité par l’inspirante énergie du Créateur suprême. Les membres des ordres religieux qui vivaient au monastère se rendaient au cloître non seulement pour prier, mais aussi pour chanter, peindre et sculpter, composer des poèmes et consigner les faits historiques. Le sacré et le profane, de même que les événements inhabituels et la routine ont toujours cohabité ainsi au sein du cloître.

 

Documentation par Alexis Bellavance

« Le cloître est un espace clos, mais poreux, qui agit comme un lien entre l’intérieur et l’extérieur, et entre ce monde et celui qui vient après ». 

En fait, si le cloître médiéval était avant tout censé être un espace tranquille voué à l’introspection et à la communion avec Dieu, sa productivité a néanmoins été mise à profit à des fins stratégiques. Le cloître constituait un espace extérieur où l’on pouvait pratiquer le jardinage de subsistance et s’adonner à des activités physiques. La culture des fruits, des légumes et des fines herbes exigeait du travail et permettait à la communauté monastique de se nourrir; le jardin et le verger pouvaient également générer des produits pharmaceutiques et des remèdes dont les bénéficiaires ne se limitaient pas aux résidants du monastère. Cette abondance s’harmonisait avec le rôle spirituel du cloître : à l’instar du jardin d’Eden, le cloître était un pourvoyeur, dans le sens le plus fondamental du terme, et — ce qui est essentiel — existait pour soutenir la communauté. 

Le cloître demeure un fort symbole de la cohésion de la communauté et un espace vibrant regorgeant de possibilités expressives. Le fait qu’il constitue lui-même une frontière tout en transcendant les frontières chronologiques et géographiques vient confirmer à quel point il peut constituer un lieu à la fois passionnant et, comme le pensait Bernard de Clairvaux, légèrement menaçant, déformé par la beauté de ce qu’il crée et agréable de par la difformité de ce qu’il génère.

Remerciements

L’installation a été réalisée en collaboration avec l’atelier Conifères à partir de bois d’œuvre issu de cultures durables et au moyen de techniques traditionnelles de menuiserie.  

Ce projet a été subventionné par le Conseil des arts du Canada.

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