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L’ingénieur géotechnique Adel Hanna garde les fondations à l’œil

Depuis plus de 40 ans, le professeur de Concordia mène des recherches sur les conditions du sol et leur impact sur la construction
4 août 2020
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Par Joanne Latimer

Adel Hanna : « Si un bâtiment s’effondre ou bouge, le problème n’est généralement pas lié au béton ou à l’acier. Le problème vient du sol. » Adel Hanna : « Si un bâtiment s’effondre ou bouge, le problème n’est généralement pas lié au béton ou à l’acier. Le problème vient du sol. »

Les ingénieurs géotechniques se concentrent sur la conception et la construction des fondations, entre de nombreuses autres choses.

Et les aspirants ingénieurs et ingénieures qui s’intéressent à la mécanique des sols sont attirés à Concordia pour être formés par une personne en particulier : Adel Hanna.

Ces 42 dernières années, le professeur Hanna a à lui tout seul dirigé les efforts pour établir le Laboratoire de recherche en génie des fondations à l’École de génie et d’informatique Gina-Cody.

Adel Hanna a quitté l’Égypte pour le Canada en 1974 avant d’obtenir son doctorat en 1978, puis d’arriver à l’Université en juillet 1978.

« Quand je suis entré à Concordia, il n’existait pas de programme de géotechnique aux cycles supérieurs, et encore moins d’installations de recherche ni d’Internet pour obtenir ces ressources », se souvient le professeur Hanna. Celui-ci est aujourd’hui fellow de l’American Society of Civil Engineers et membre de l’Ordre des ingénieurs du Québec ainsi que de plusieurs autres sociétés d’ingénierie.

Au sein du Département de génie du bâtiment, civil et environnemental, Adel Hanna a entrepris de créer le premier laboratoire de recherche en génie des fondations de la province, tout en forgeant la réputation de l’Université en tant que chef de file dans le domaine.

« J’utilise les théories du professeur Hanna sur les fondations des sols en strates pour tous mes projets industriels », témoigne Riad Diab (M. Sc. A. 1994), ancien diplômé et élève d’Adel Hanna, aujourd’hui ingénieur géotechnique principal chez SNC-Lavalin à Montréal.

« Ces théories ont notamment contribué à mes travaux liés aux fondations du nouveau pont Champlain ainsi qu’à mon travail actuel pour le Réseau express métropolitain. Les cours du professeur Hanna sur l’ingénierie des fondations sont essentiels pour tous les ingénieurs civils. »

Fabrizio Di Camillo Fabrizio Di Camillo

Naissance d’une légende

Adel Hanna a appris des meilleurs. Après l’obtention, au début des années 1970, d’un B. Ing. en génie structurel et d’une M. Ing. en génie géotechnique de l’Université du Caire, en Égypte, il vient au Canada pour étudier avec le chercheur en géotechnique de renommée mondiale George Geoffrey Meyerhof, à l’Université Dalhousie d’Halifax.

Ensemble, ils corédigent sept articles et communications phares. Ils deviennent amis tout en voyageant partout dans le monde, comme mentor et mentoré.

« Le génie des fondations est un sous-domaine du génie géotechnique, qui est relativement nouveau. Cette discipline a été créée par le mathématicien Karl Von Terzaghi il y a environ 80 ans, explique Adel Hanna. J’ai eu beaucoup de chance de travailler aux côtés de George Geoffrey Meyerhof et de contribuer à la documentation dans ce domaine. »

Et cette contribution est colossale. Le doctorat du professeur Hanna sur les sols en strates est considéré comme un manuel de l’industrie sur le sujet; il fait l’objet de citations dans d’innombrables articles, ainsi que de références dans des ouvrages populaires comme Principles of Foundation Engineering, de Braja M. Das, et Physical and Geotechnical Properties of Soil, de Joseph E. Bowles.

« Sa stature professionnelle – tant dans le milieu universitaire que dans l’industrie – lui confère une autorité et une crédibilité indéniables », note Mourad Debbabi, doyen par intérim de l’École de génie et d’informatique Gina-Cody et titulaire de la chaire de recherche industrielle principale CRSNG–Hydro-Québec–Thales sur la sécurité des réseaux électriques intelligents.

« Il a amélioré la réputation et la reconnaissance de l’école en faisant du génie géotechnique l’une de nos principales forces. »

Articles, manuels et plus

Adel Hanna a publié plus de 250 articles techniques dans des revues de renom et pour des colloques internationaux.

En 1992, il participe à la rédaction de la seconde édition du Canadian Foundation Engineering Manual.

En 2003, la American Society of Civil Engineers (ASCE) le nomme coprésident du Shallow Foundation Committee de l’ASCE, formé pour rédiger le ASCE Manual of Practice for the Site Investigation for Shallow Foundation, qu’il a coédité de 2004 à 2007.

En 2003, Adel Hanna organise et préside la 32e édition de l’International Conference on Housing Science à Concordia, à laquelle plus de 40 pays participent.

La même année, il fait l’objet d’une reconnaissance pour sa contribution remarquable à l’ouvrage Guide for Transmission Structure Foundation Design and Testing de l’IEEE.

« Parce que nous étions proches, l’honneur le plus significatif a été pour moi de recevoir en 2010 le prix G. Geoffrey Meyerhof de la Société canadienne de géotechnique pour contribution remarquable et exceptionnelle à l’art et à la science de l’ingénierie des fondations », souligne le professeur Hanna.

Une tradition de mentorat

Adel Hanna perpétue la tradition de Goerge Geoffrey Meyerhof en assurant le mentorat de ses étudiants, en particulier celles et ceux qui viennent de l’étranger et sont peut-être loin de leur famille pour la première fois, comme cela a été le cas pour lui.

« Tout en étant notre superviseur, il est comme un père », témoigne Bayan Abu Safieh, qui est venue de Jordanie pour suivre avec le professeur Hanna un doctorat en fondations profondes – pensez aux plateformes pétrolières en mer et aux éoliennes en pleine mer.

« Il ne nous limite pas à ses sujets de recherche. Il est ouvert et nous laisse explorer de nouveaux domaines de recherche tout en encourageant notre curiosité. »

Au premier cycle comme aux cycles supérieurs, ses cours sont toujours pleins – ce qui fait d’ailleurs sa fierté.

« Je pense que la salle est pleine parce que mes cours offrent un bon équilibre entre théorie et pratique », explique le professeur.

« J’aime informer le public des conditions des bâtiments et des ponts. S’il y a un risque d’effondrement, le problème n’est généralement pas lié au béton ou à l’acier. Le problème vient du sol. Si le terrain bouge ou travaille, la construction qui repose dessus suit le mouvement. Cela retient l’attention de mes étudiants. »

Un expert sollicité

L’attitude engageante d’Adel Hanna et son expertise quant à l’influence des conditions du sol sur les défis liés à la construction en surface font de lui un expert régulièrement appelé à donner ses commentaires dans les médias. Il se retrouve souvent à la télévision locale ou nationale ainsi que dans les journaux pour discuter d’événements touchant la construction, la planification et le renouvellement d’infrastructures.

« S’il y a un immense affaissement sur la rue Sainte-Catherine ou si un pont s’effondre, les journalistes me demandent ce qui se passe, poursuit le professeur Hanna. Si des projets publics connaissent d’énormes dépassements de coûts et retards, comme le métro à Laval, les gens veulent savoir pourquoi. »

Adel Hanna a été invité à agir comme consultant pour les Nations Unies en Égypte, où on l’a mandaté d’examiner l’état des tours électriques et des principaux ponts de l’autoroute.

En 1980, le gouvernement d’Haïti lui a donné pour mandat de rédiger le rapport Feasibility Study for the Extension of Port Facilities and the Creation of a Free Trade Zone in Port-au-Prince.

L’entreprise McClelland Consulting Engineers de Houston, au Texas, l’a engagé pour rédiger une analyse permettant de prédire la force portante limite du sable recouvrant la glaise.

Plus près d’ici, l’entreprise Hardy BBT Limited de Calgary lui a demandé de rédiger le rapport Design Charts for Predicting the Ultimate Bearing capacity of Layered Soils, à la fin des années 1990.

Ce ne sont là que quelques exemples parmi les plus de 200 rapports de consultation qu’il a signés, sans parler de son travail à titre d’expert judiciaire dans les litiges et les réclamations liées à la construction.

« Oh, les avocats me connaissent, mais je ne travaille pas pour eux, note Adel Hanna. Je ne fais que dire la vérité. Le sol ne ment pas. »

Retour au laboratoire

Pour mettre en lumière la vérité sur la mécanique des sols et approfondir les travaux de ses étudiants, le professeur Hanna met continuellement à jour son laboratoire de pointe à Concordia.

En février, le laboratoire a ainsi accueilli une nouvelle machine – un appareil triaxial de 90 000 $ qui simule les conditions sur le terrain comme la température, les vibrations et la pression.

Le laboratoire est également équipé de machines qui évaluent le tassement du sol sous les édifices.

« Nous menons des tests pour déterminer les points faibles des fondations », explique le doctorant Fabrizio Di Camillo (M. Sc. A. 2014). Celui-ci compte parmi les neuf étudiants au doctorat qui travaillent généralement avec le professeur Hanna.

« Ce type de recherches permet d’accroître l’efficacité – c.-à-d. la sécurité – des constructions. La mécanique des sols constitue une discipline relativement nouvelle, pour laquelle beaucoup de questions sont encore en suspens. »

Fabrizio Di Camillo s’émerveille de la capacité du professeur Hanna à concevoir et à coordonner en tout temps les nombreuses expériences menées au laboratoire. « Il faut un tempérament très spécial pour créer une atmosphère quasi familiale entre les étudiants tout en menant autant de travaux expérimentaux », ajoute-t-il.

Pour sa part, Adel Hanna est heureux de continuer à résoudre les problèmes liés aux fondations et à la mécanique des sols.

« En fin de compte, nous sommes là pour servir les gens, servir l’humanité, conclut-il. S’il existe un moyen de rendre les choses meilleures ou plus sécuritaires, trouvons-le. »


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