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Bébés sur mesure? Éradication du cancer? Bienvenue dans le monde exaltant et terrifiant du traitement de l’empreinte génétique

Christopher J. Wilds, professeur à l’Université Concordia, se penche sur les questions éthiques qui se posent lorsqu’on « joue à Dieu »

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Et si l’on pouvait guérir une maladie du sang mortelle? Ou éliminer du code génétique d’un enfant la mutation du gène BRCA associée au cancer du sein?

Ces deux suppositions et bien d’autres se rapprochent du domaine du possible avec la découverte relativement récente d’un outil de traitement génétique baptisé CRISPR ou Clustered Regularly Interspaced Short Palindromic Repeats (« courtes répétitions palindromiques groupées et régulièrement espacées »). 

Celui-ci permet en effet de modifier précisément et facilement l’ADN de tout organisme sur la planète, y compris celui des humains.

Le dilemme CRISPR

La découverte a des implications extraordinaires – tant au chapitre des percées médicales que des impacts négatifs imprévus. C’est pourquoi Washington accueille cette semaine des experts internationaux venus débattre des questions de recherche, d’éthique et de réglementation liées à l’outil CRISPR dans le cadre du premier International Summit on Human Gene Editing (« sommet international sur le traitement des gènes humains »).

À cette occasion, nous avons demandé à Christopher J. Wilds, professeur agrégé au Département de chimie et de biochimie de l’Université Concordia, de nous entretenir de ce que The New York Times Magazine a qualifié de « dilemme CRISPR ».

Christopher J. Wilds : « Nous devons décider jusqu’où nous pouvons aller. »

Quelle a été votre réaction lorsque vous avez entendu parler de l’outil CRISPR?

Christopher J. Wilds : Eh bien, j’étais très intéressé. Je suis devenu passionné des acides nucléiques durant mon baccalauréat à Concordia, et ma thèse de doctorat à McGill portait sur la modification chimique de l’ADN à des fins thérapeutiques. J’ai donc pensé qu’il s’agissait d’une innovation sensationnelle!

Il y a bien eu d’autres stratégies thérapeutiques axées sur les acides nucléiques auparavant, mais CRISPR permet notamment des modifications permanentes, tandis que certaines autres interventions doivent plutôt être soutenues.

Quel est le dilemme entourant CRISPR?

CJW : Le dilemme concerne les questions morales et éthiques que cette découverte soulève. Elle ouvre en effet tellement d’avenues. Par exemple, on pourrait supprimer un gène défectueux ou peut-être concevoir une application industrielle qui profiterait à la société. Les dommages potentiels, dont ceux aux écosystèmes, demeurent toutefois inquiétants, sans parler des cas évoquant l’histoire du Dr Frankenstein, où l’on fabrique des bébés sur mesure et l’on joue à Dieu. C’est là que, en tant que société, nous devons décider jusqu’où nous pouvons aller dans le traitement des gènes.

Ce qui sera compliqué et difficile à faire respecter…

CJW : Effectivement. De nombreux secteurs de la société doivent participer aux décisions en matière de régulation et d’éthique – non seulement des scientifiques, mais aussi des industriels, des politiciens et des leaders communautaires. Nous devons tous collaborer au sein de comités d’éthique, de commissions et d’organismes de réglementation gouvernementaux.

Cela dit, il sera difficile de trouver le juste équilibre. L’outil CRISPR nécessite un cadre éthique, certes, mais pas des mesures trop draconiennes qui limiteront la recherche au détriment de découvertes intéressantes.

Parfois, il n’est pas si évident de savoir où un projet mènera. En s’imposant trop de règles, on freine l’innovation, mais nous devons être responsables. Le sommet constitue le premier pas dans la création d’une sorte de boussole morale.

Découvrez le Département de chimie et de biochimie de Concordia.

 



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