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Cette tragédie me pousse à devenir une meilleure journaliste.

Ces témoins de la première heure témoignent de leur expérience du drame qui secoue le Québec
19 juillet 2013
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Par Tom Peacock

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Le téléphone a commencé à sonner tôt le 6 juillet 2013. C’étaient les réalisateurs des journaux télévisés et les rédacteurs en chef de la presse écrite faisant état d’un accident de train et d’une explosion qui venaient de dévaster la ville de Lac-Mégantic, au Québec.

« J’ai reçu un appel à 6 h 30 me disant qu’il s’était produit quelque chose, mais on ne savait pas quoi au juste », explique Riley Sparks, qui fait un stage d’été au quotidien The Gazette, à Montréal. Le jeune homme a terminé ce printemps un baccalauréat en photographie à l’Université Concordia; il a aussi été journaliste au journal étudiant de l’Université, The Link.

Riley compte parmi la vingtaine d’anciens étudiants de Concordia qui ont assisté à la tragédie en première ligne en qualité de journalistes.

Il s’est présenté au journal The Gazette à 9 h 30 où on l’a immédiatement détaché sur la scène du déraillement. « Lorsque je suis arrivé autour de 13 heures, j’ai été estomaqué de voir que le brasier faisait encore rage », se souvient-il.

Un autre jeune diplômé de Concordia, le journaliste de la CBC Thomas Daigle, a eu le même choc que son camarade lorsqu’il a mis les pieds dans la petite ville de 6 000 habitants : « C’était une situation d’extrême urgence. En fait, les pompiers ont dû évacuer de nombreux foyers, car il y avait toujours danger d’explosions. »

Dans son premier reportage pour le journal télévisé The National de la CBC, on apercevait encore derrière lui un épais nuage de fumée planant sur la municipalité durement éprouvée.

Pendant que Riley faisait des photos, The Gazette avait dépêché deux autres journalistes, Christopher Curtis et Laura Beeston (du Département de journalisme de Concordia et du journal The Link) à Lac-Mégantic. À leur arrivée autour de 20 h, le brasier continuait de faire des ravages. Les flammes s’élevaient à quinze mètres au-dessus de la ville.
« C’était très impressionnant. Je ne le dirai jamais assez. Je n’avais jamais rien vu d’une telle ampleur », a déclaré la jeune journaliste.

Bien qu’ils n’étaient pas dans l’obligation de faire un reportage ce jour-là, Christopher et Laura ont voulu se mettre au travail immédiatement. « J’avais le sentiment d’assister à un moment historique et je sentais qu’il fallait raconter ce qui était en train de se passer, ajoute Christopher. On a juste commencé à parler aux gens et à noter les choses invraisemblables qui leur étaient arrivées. Au moment où le déraillement s’est produit, ils étaient terrifiés, ils ne comprenaient pas ce qui se passait. Ils ont vu la ville exploser et ils ont dû s’enfuir en courant dans le noir. »

Les journalistes ont été frappés de la spontanéité avec laquelle les gens leur ont confié leur histoire. « Je venais à peine d’arriver et j’ai parlé à un homme qui se trouvait dans un bar non loin du lieu de l’explosion et il m’a raconté qu’à sa connaissance, il était le seul survivant parmi ses copains du bar », se souvient Riley Sparks.

Dans les jours qui ont suivi, les médias du monde entier ont afflué, réalisant des dizaines de points de presse et des milliers de reportages dans cet endroit auparavant bucolique. Les journalistes ne voyaient pas le temps passer. « Nous nous levions à cinq heures et nous couchions à minuit, explique Laura Beeston. Même quand nous n’étions pas en service, nous discutions des sujets à aborder et de l’angle sous lequel les traiter. »

À diverses reprises, ils prenaient la mesure de la tragédie qu’ils étaient en train de couvrir. « Nous filmions l’église quand les cloches ont sonné 50 fois à la mémoire des 50 victimes, poursuit Thomas Daigle. À quelques mètres de moi, j’ai vu un homme et une femme, manifestement un père et une mère, agenouillés devant une croix au pied de laquelle ils avaient déposé la photo de leur fils. Ils pleuraient et ils priaient. C’était très dur à voir. »

Christopher Curtis a été frappé par le courage et la résilience des habitants de Lac-Mégantic. Il se remémore l’histoire d’un homme dont la maison a été ravagée par les flammes. Il a depuis été relogé dans un motel avec sa famille. « Il se dirige vers moi et me dit : ‘Écoutez, j’ai un message pour la population. Ici, on se tient tous, on va se battre et on va la reconstruire, notre ville. Je ne veux pas que les journalistes partent. Je veux que vous restiez pour ça, justement. »

Deux semaines ont passé à présent et les jeunes journalistes interviewés pour cet article commencent, avec le recul, à prendre conscience de ce qu’ils ont vu et de l’influence profonde que leurs reportages ont eue dans leur vie.

« Je n’avais jamais couvert pareil drame, observe Laura Beeston. Ça a été extrêmement difficile de trouver le juste équilibre entre la nécessité de rendre compte de faits pénibles et celle de faire preuve d’humilité et de compassion devant le vécu des sinistrés. Cette tragédie me pousse à devenir une meilleure journaliste de toutes les manières possibles. Elle vient me rappeler la raison d’être de mon métier. »

Quant à Christopher Curtis, il avoue avoir été partagé entre des sentiments de culpabilité dans l’exercice de sa profession et une grande tristesse pour les victimes. Il n’en demeure pas moins persuadé de la nécessité de témoigner du vécu des sinistrés.

« Évidemment qu’on est mal à l’aise, dit-il. Mais il est important également que les gens sachent ce que vivent d’autres personnes qui leur ressemblent dans une petite ville, comment leur existence s’en trouve bouleversée et comment ils réagissent. ».

Liens connexes:
•    « La communauté de Concordia offre ses condoléances aux résidants de Lac-Mégantic » — NOW, 8 juillet 2013
•    Département de journalisme de Concordia
•    The Gazette
•    CBC

Nos diplômés sur la scène du drame

Un certain nombre d’anciens étudiants de Concordia, dont beaucoup de récents diplômés, ont couvert les évènements tragiques de Lac-Mégantic pour le compte de différents médias.

“Ils traitent le sujet avec toute la profondeur et l’intégrité journalistique requises”, a déclaré le directeur du Département de journalisme, Brian Gabrial.

Voici la liste – qui s’allonge chaque jour – de ces diplômés qui se sont rendus à Lac-Mégantic :
   
•    Peggy Curran (The Gazette), BA (génie et hist.) 78
•    Ingrid Peritz (The Globe and Mail), BA (journal. et études urbaines) 82
•    Mark Kelley (CBC), BA (journal.) 85
•    Debra Arbec (CBC), BA (journal.) 89
•    Ioanna Roumeliotis (CBC), BA (journal.) 91
•    Linda Gyulai (The Gazette), Dipl. 2e cycle (journal.) 93
•    Genevieve Beauchemin (CTV), Dipl. 2e cycle (journal.) 94
•    Lauren McCallum (CBC), BA (journal.) 95
•    Phil Carpenter (The Gazette), BA (journal.) 97
•    Catherine Solyom (The Gazette), Dipl. 2e cycle (journal.) 00
•    Andy Blatchford (CP), BA (environnement humain) 03, Dipl. 2e cycle (journal.) 05
•    Catherine Cullen (CBC), Dipl. 2e cycle (journal.) 05
•    Aaron Derfel (The Gazette), BA (journal.) 06
•    Raffy Boudjikanian (CBC), BA (journal.) 07
•    Ben Shingler (CP), Dipl. 2e cycle (journal.) 08
•    Thomas Daigle (CBC), BA (journal.) 10
•    Justin Giovanetti (The Globe and Mail), BA (journal. et science po) 11
•    Willy Lowry (CBC), BA (journal.) 11
•    Peter Tardif (CBC), BA (journal.) 11
•    Aalia Adam (Global News), BA (journal.) 12
•    Emily Brass (CBC), BA (journal.) 12
•    Laura Beeston (The Gazette), BA (journal. et études des femmes) 13
•    Megan Dolski (CP), BA (journal.) 13
•    Jacques Gallant (The Star), BA (journal./littér. française) 13
•    Adam Kovac (The Gazette), BA (journal. et science po) 13
•    Riley Sparks (The Gazette), BFA photograhpie (encore aux études)
•    Christopher Curtis (The Gazette), journalisme (encore aux études)
 



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