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Communiqué de presse

Comment réduire le nombre d’animaux tués sur la route

Mieux protéger la faune exige une plus grande collecte de données comparables, montre une étude collective

Le lynx ibérique fortement menacé risque particulièrement de mortalité routière. Le lynx ibérique fortement menacé risque particulièrement de mortalité routière. | Photo par Jeremiah John McBride — flickr cc


Montréal, le 4 avril 2017 –
Chaque année, des centaines de millions d’animaux sont victimes d’accidents routiers.

Grâce à leurs travaux, Jochen Jaeger, professeur agrégé de géographie à la Faculté des arts et des sciences de l’Université Concordia, et ses collègues de l’international ont bon espoir de contribuer à l’amoindrissement de cette triste statistique.

Contrairement à la plupart des chercheurs qui s’intéressent à un endroit précis, ils ont décidé d’opter pour une approche innovante.

Ainsi, les membres de l’équipe de recherche internationale dont fait partie le Pr Jaeger ont observé un temps d’arrêt afin d’examiner de nouveau des dizaines d’études menées aux quatre coins du monde. Ils ont d’abord relevé l’information pertinente des rapports validés par les milieux scientifiques et de la documentation parallèle. Ils ont ensuite effectué une analyse comparée des données tirées de diverses études; dans la foulée, ils ont découvert que de nombreux lieux présentaient une certaine complémentarité. Enfin, ils se sont penchés sur les mesures de prévention qui s’étaient révélées le plus utiles à la longue. Les résultats de leur démarche ont récemment été publiés dans la revue PLoS ONE

Parmi la quarantaine de moyens de prévention testés, il s’avère que l’aménagement de clôtures – pourvues ou non de structures de passage faunique – a permis de réduire de 54 % le nombre d’animaux victimes de collisions avec un véhicule automobile, et ce, toutes espèces confondues. En l’absence de clôtures, ces structures n’exercent pas d’effet significatif. En ce qui concerne les grands mammifères, l’agencement de clôtures et de passages a induit une diminution de 83 % des décès accidentels. Par contre, la mise en place de systèmes de détection des animaux (fils détecteurs de mouvement au laser et capteurs radar, par exemple) n’a entraîné qu’une baisse de 57 % à cet égard.

Du reste, l’étude a établi que les moyens au coût élevé étaient beaucoup plus efficaces que ceux dont l’emploi revient moins cher.

« Les dispositifs bon marché, par exemple les réflecteurs antifaune, ne devraient pas être employés tant et aussi longtemps qu’une analyse empirique poussée n’aura prouvé leur utilité », fait valoir le Pr Jaeger.

 

Une multitude de nouvelles routes

Un autre aspect tout aussi important de la présente recherche réside dans son potentiel à rehausser la qualité et la cohérence de travaux futurs. Parmi les 1 274 études existantes – à l’échelle mondiale – sur la mortalité animale due aux véhicules, les cinquante que le Pr Jaeger et ses collègues ont compulsées sont les seules qui puissent être mises en parallèle. De plus, certaines d’entre elles présentent plusieurs ensembles de données.

En tête de liste des recommandations formulées par l’équipe scientifique quant aux méthodes de recherche figure la nécessité de préciser le taux de mortalité animale causée par la traversée d’une route, et ce, avant la mise en place de mesures de prévention.

Par ailleurs, les chercheurs suggèrent d’observer de plus près le comportement animal aux « points chauds » que constituent les extrémités des tronçons clôturés. En effet, de nombreux décès semblent survenir après qu’un animal a longé les clôtures de protection et franchi la route là où celles-ci prennent fin. Le réaménagement de l’extrémité des clôtures pourrait atténuer ce phénomène, mais des recherches sur cette idée restent à faire.

Autres priorités ciblées par les chercheurs : fixer la durée minimale des études avant-après à quatre ans; et mener toute étude expérimentale-témoin avant-après pendant au moins quatre ans ou sur au moins quatre sites.

Dans un monde où s’étend toujours plus le réseau routier et, partant, s’accroît le risque pour les animaux d’y trouver la mort, Jochen Jaeger souligne l’importance grandissante des critères de qualité fondamentaux des méthodes adoptées. Il donne comme exemple le Brésil et l’Inde, pays où le taux de mortalité animale attribuable aux véhicules grimpera inexorablement.

« Sous peu, un nombre incroyable de projets routiers seront mis en œuvre dans toute l’Amazonie, rappelle le Pr Jaeger. Comme il y aura une multitude de nouvelles routes, une quantité phénoménale d’animaux risquent de mourir à la suite de collisions avec des véhicules. »

« Le réseau routier de certains États, la Suisse et l’Allemagne notamment, est pour ainsi dire parachevé, poursuit-il. Mais au Brésil et dans bon nombre d’autres pays, la plupart des routes sont actuellement en construction. »

Le professeur insiste : des régions comme l’Amazonie doivent de toute urgence prendre des mesures d’atténuation des effets sur la biodiversité ambiante. Cela dit, il faut également que le Canada rehausse ses mécanismes de protection de la faune.

Il est donc crucial que les futures études soient menées avec rigueur, que leurs auteurs en partagent les résultats et que ceux-ci soient comparables avec ceux d’autres enquêtes.

« Si mille autres études sont menées, mais que seulement cinquante d’entre elles peuvent servir à une méta-analyse dans dix ans, nous aurons raté une occasion extraordinaire. Par conséquent, les travaux de recherche doivent être réalisés de telle sorte qu’ils puissent tous être inclus dans la prochaine méta-analyse. »

Du 4 au 7 avril, à Montréal, le Pr Jaeger participera au 37e colloque annuel de l’International Association for Impact Assessment (« association internationale d’évaluation des impacts environnementaux »). Il co-préside une session avec Aurora Torres (Museo Nacional de Sciences Naturales) sur la création d'un réseau international qui engage les scientifiques et les praticiens à évaluer l'impact de l'infrastructure humaine sur la faune à l'échelle mondiale et inspirer des idées et des applications novatrices. Se joindront à eux des étudiants à la maîtrise en évaluation environnementale de Concordia, qui animeront une séance consacrée à l’étude des répercussions écologiques. 


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