Concordia University

http://www.concordia.ca/content/shared/fr/actualites/central/communiques-de-presse/2011/08/09/blamer-jusqua-sen-rendre-malade.html

Communiqué de presse

Blâmer jusqu'à s'en rendre malade


Des chercheurs de Concordia étudient le lien entre l’amertume et l’altération de la santé

Montréal, le 9 août 2011 – Les personnes qui éprouvent constamment de l’amertume risquent de tomber malades. C’est la conclusion à laquelle sont arrivés des chercheurs de l’Université Concordia après s’être penchés sur les relations entre échec, rancœur et qualité de vie.

« Une incessante amertume peut susciter des sentiments généralisés de colère et d’hostilité. Il suffit qu’un individu les ressente suffisamment fort pour que sa santé physique s’en trouve affectée », affirme Carsten Wrosch, professeur au Département de psychologie de Concordia et membre du Centre de recherche en développement humain.

Pourquoi, à différentes étapes de leur vie, certaines personnes s’abstiennent-elles de ressentir de la rancœur tandis que d’autres n’y parviennent pas? Le paradoxe intéresse tout particulièrement M. Wrosch. Ses considérations théoriques sur le sujet ont d’ailleurs fait l’objet d’un chapitre – « Self-Regulation of Bitterness Across the Lifespan » – dans l’ouvrage Embitterment: Societal, psychological, and clinical perspectives publié chez Springer en 2011.

Ces quinze dernières années, les recherches du professeur ont porté sur les répercussions d’émotions négatives, notamment le regret et la tristesse. Tout récemment, son attention s’est focalisée sur l’impact de l’amertume. Avec sa collaboratrice Jesse Renaud, diplômée de Concordia, M. Wrosch a découvert que l’échec est l’une des causes les plus fréquentes de ce sentiment. De plus, la colère et le ressentiment jouent souvent les seconds couteaux.

Contrairement au regret, qui se rapproche davantage du blâme auto-infligé et tient du « j’aurais pu » et autres « j’aurais dû », la rancœur est associée à des facteurs externes. En cas d’échec, elle rejette le blâme sur autrui ou autre chose. « Entretenue longtemps, l’amertume peut pronostiquer des dysfonctionnements biologiques (altération des fonctions physiologiques susceptible d’affecter le métabolisme, la réponse immunitaire ou le fonctionnement d’un organe) aussi bien que des maux physiques », explique M. Wrosch.

L’amertume, affection médicale?
Suggérer que l’amertume puisse provoquer la maladie est une chose; proposer qu’elle soit reconnue comme un trouble mental en est une autre. C’est pourtant l’initiative qu’a prise en 2003 Michael Linden, directeur de la clinique psychiatrique de l’Université libre de Berlin.

M. Linden soutient que la rancœur est une maladie, qu’il faudrait recenser comme syndrome de l’amertume post-traumatique. Il évalue qu’entre un et deux pour cent des gens sont aigris. Une fois leur affection dûment nommée, ces personnes bénéficieraient selon lui de l’attention médicale à laquelle ils ont droit.

La proposition est toujours à l’étude. Selon M. Wrosch et Mme Renaud, l’individu qui subit un échec peut ne pas concevoir d’amertume s’il trouve un autre moyen de réaliser ses objectifs. S’il n’y arrive pas, de souligner les chercheurs, il doit absolument s’affranchir de ses efforts stériles – qu’il s’agisse d’obtenir une promotion ou de sauver son couple – pour se consacrer plutôt à un projet tout aussi important, par exemple une nouvelle carrière ou passion.

Processus d’autorégulation, le désengagement et le réengagement peuvent s’avérer nécessaires comme réactions d’évitement pour qui serait à même d’éprouver de l’amertume. « Pour être efficace, l’intervention thérapeutique doit s’articuler autour des moyens qu’envisage l’individu touché afin de parvenir à la maîtrise de soi », précise Mme Renaud.

Dans certains cas, effacer l’amertume exige plus que de l’autorégulation. En effet, quand l’émotion naît du blâme que l’on fait retomber sur les autres, la guérison passe parfois par ces derniers. « Pour vaincre des sentiments amers, on peut également avoir à recourir à une autre démarche : le pardon », ajoute M. Wrosch. 

Partenaires de recherche :
Cette étude a reçu l’appui des Instituts de recherche en santé et du Conseil de recherches en sciences humaines du Canada.

Liens connexes :



Back to top

© Université Concordia