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Communiqué de presse

Les troubles comportementaux durant l'enfance influeraient sur le taux de cortisol


Selon une étude de Concordia, il faudrait intervenir dès l’apparition d’un problème de comportement

Montréal, le 9 février 2011 – Le cortisol, communément appelé « hormone du stress », semble agir de façon paradoxale chez l’enfant. Ainsi, certains jeunes présentant des troubles comportementaux affichent un taux anormalement élevé de cortisol, tandis que d’autres, qui connaissent pourtant le même type de problèmes, enregistrent un niveau étrangement faible de l’hormone. Qu’en est?il donc?

Des chercheurs de l’Université Concordia et du Centre de recherche en développement humain pourraient être en mesure d’expliquer ce paradoxe. En effet, dans une étude publiée dans la revue Hormones and Behavior, ils relient le taux de cortisol non seulement aux problèmes de comportement, mais également à la durée de ceux?ci.

« Nous avons examiné la relation entre le taux de cortisol enregistré chez des enfants au comportement problématique – agressif ou dépressif, notamment – et le laps de temps écoulé depuis le début d’une telle manifestation, indique Paula Ruttle, auteure principale de l’étude et doctorante au Département de psychologie de Concordia. Le niveau de cortisol est anormalement élevé au moment où les troubles comportementaux surviennent, mais étrangement faible quand ils sont présents depuis longtemps. »

Pour déterminer le taux de cortisol que présentaient les sujets de l’étude, les chercheurs ont analysé des échantillons de salive de 96 jeunes au début de l’adolescence. Ils ont ensuite apparié niveaux de cortisol et évaluations du comportement effectuées pendant l’enfance, puis l’adolescence. Les problèmes de comportement ont par ailleurs été scindés en deux catégories : ceux liés à l’intériorisation, comme la dépression et l’anxiété, et ceux rattachés à l’extériorisation, par exemple l’agressivité et le déficit d’attention.

Les hauts et les bas du cortisol

Les jeunes qui développent des symptômes de type dépressif ou des problèmes d’anxiété à l’adolescence présentent un taux de cortisol élevé. Par contre, ceux qui ressentent ces symptômes plus tôt affichent un niveau de cortisol anormalement bas. Bref, le taux de cortisol augmenterait lorsqu’une personne expérimente pour la première fois un stress lié à la dépression ou à l’anxiété, mais il diminuerait quand le sujet vit un tel stress pendant une longue période.

« Il semble que le corps s’adapte à un stress prolongé, notamment à la dépression, en atténuant sa réaction normale », explique Lisa Serbin, coauteure de l’étude et professeure de psychologie et titulaire de la Chaire de recherche de l’Université Concordia en développement humain.

« Voici un exemple extrême : une personne qui aperçoit un ours dans son jardin éprouve une réaction de lutte ou de fuite, précise Mme Serbin, qui est aussi membre du Centre de recherche en développement humain. Son niveau de stress et, par conséquent, son taux de cortisol augmentent alors. Toutefois, si cette même personne voit des ours dans son jardin chaque jour pendant un an, sa réaction au stress sera atténuée, et son taux de cortisol finira par atteindre un niveau anormalement bas. »

Comportement anormal et petite enfance

Au premier coup d’œil, les résultats de l’étude concernant les enfants qui manifestent un comportement agressif ou un déficit d’attention pourraient contredire la présente théorie. Dans ce groupe, les chercheurs ont en effet découvert qu’un bas niveau de cortisol était associé à une conduite agressive durant l’enfance et l’adolescence.

Toutefois, puisque le comportement agressif commence souvent dans la deuxième année de vie d’un enfant, sinon avant, les sujets ont peut?être subi du stress pendant des années avant de participer à l’étude. C’est ce qui expliquerait, selon les auteurs, leur taux anormalement faible de cortisol.

« Du point de vue psychologique, cette réaction atténuée est tout à fait logique, soutient Mme Ruttle. À court terme, un niveau élevé de cortisol aide le corps à réagir au stress. Par contre, à plus longue échéance, un taux de cortisol excessif est lié à une gamme de problèmes de santé physique et mentale. Afin de se protéger, le corps court?circuite en quelque sorte le système cortisolique – solution qui n’est pas meilleure d’après ce que montrent nos recherches. »

Jeune et insouciant… vraiment?

L’individu qui réagit peu au stress peut ne pas répondre à des situations qui pourraient – et devraient – énerver autrui. Par exemple, l’enfant qui éprouve des problèmes de comportement depuis longtemps obtient souvent des résultats médiocres à l’école. Compte tenu de sa réaction atténuée en situation de stress, ce jeune peut ne pas s’inquiéter de l’approche d’un examen et, par conséquent, ne pas s’y préparer autant que le feraient ses camarades de classe.

De l’avis de Mme Serbin, l’étude a de nombreuses conséquences importantes. « Cette recherche suggère que l’intervention devrait avoir lieu dès l’apparition d’un problème de comportement, affirme?t?elle. Chez l’enfant qui présente des troubles profonds d’extériorisation, cette intervention pourrait survenir précocement, peut?être même quand il est tout petit ou d’âge préscolaire. »

« Nous avons maintenant la preuve que les troubles comportementaux chez les enfants sont reliés à leur état de santé mentale et physique, poursuit?elle. L’approche temporisatrice n’est peut?être donc pas la plus indiquée. »

Partenaires de recherche :

Le présent projet a reçu l’appui financier du Conseil de recherches en sciences humaines du Canada ainsi que des Instituts de recherche en santé du Canada.

Renseignements sur l’étude :

Paru dans la revue Hormones and Behavior, l’article « Disentangling psychobiological mechanisms underlying internalizing and externalizing behaviors in youth: Longitudinal and concurrent associations with cortisol » est signé par Paula L. Ruttle, Lisa A. Serbin, Dahlia Ben?Dat Fisher, Dale M. Stack et Alex E. Schwartzman de l’Université Concordia et du Centre de recherche en développement humain, ainsi que par Elizabeth A. Shirtcliff de l’Université de La Nouvelle?Orléans.

Sur le Web :



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