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Des artistes abordent la spéculation immobilière et la crise du logement dans le cadre d’un nouveau séminaire

L’artiste invitée Marie-Sophie Banville parle de son cours [Anti] Speculation – Excess and the City et de l’Office des règles et des normes
9 janvier 2020
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Par Amelia Wong-Mersereau

Design by Marie-Sophie Bainville Conception : Marie-Sophie Bainville.

L’Office des règles et des normes, un studio de recherche transdisciplinaire qui a tout récemment ouvert à la Faculté des beaux-arts, propose un nouveau cours intitulé [Anti] Speculation-Excess and the City (« [l’anti-]spéculation – malaise en ville ») ce trimestre d’hiver.

L’art, les règles et les normes se rejoignent dans ce séminaire expérimental où une vingtaine d’étudiantes et d’étudiants aborderont en tant qu’artistes les thèmes de la spéculation immobilière et de la crise du logement. L’artiste invitée Marie-Sophie Banville dirigera le séminaire et aidera les étudiants à analyser le système complexe de règlements qui crée des villes inabordables et engendre des problèmes sociaux de déplacement, de précarité et d’itinérance. Marie-Sophie Banville détient un baccalauréat ès arts en science politique et en étude de genre de l’Université McGill ainsi qu’une maîtrise en urbanisme de l’Université de Montréal.

Elle était heureuse de discuter de ce séminaire et de sa collaboration avec l’Office des règles et des normes.

Marie-Sophie Bainville  Photo : Yann Chevalier L’artiste invitée Marie-Sophie Banville dirigera le séminaire PERC 498 : [Anti] Speculation-Excess and the City Photo : Yann Chevalier

Comment ce cours a-t-il vu le jour et comment en êtes-vous venue à collaborer avec l’Office des règles et des normes?

Je voulais trouver de nouvelles solutions de logement qui vont au-delà des logements sociaux. Au cours des trois dernières années, je me suis investie dans un projet appelé Vivacité pour trouver de nouveaux types de logements à caractère non spéculatif, des propriétés perpétuellement abordables. J’ai examiné l’élément central de la crise du logement. J’ai commencé à saisir les mécanismes qui rendent la tâche de construire des logements abordables si difficile et j’ai acquis une compréhension plus concrète de la façon dont le système est structuré.

Grâce à ce travail, je me suis intéressée davantage aux raisons fondamentales qui rendent les villes si inabordables, ce qui m’a amenée à faire la connaissance de Jonathan Lapalme de l’Office des règles et des normes. Ce studio s’inspire de l’idée selon laquelle les règles et les normes forment les architectures intérieures de nos sociétés, mais sont difficiles à cerner et à comprendre. Pouvons-nous en tant qu’artistes nous familiariser avec l’architecture profonde de ces systèmes, les rendre plus visibles et y réfléchir de façon plus critique?

Comme Jonathan et moi partagions ces idées, il m’a demandé si j’aimerais animer ce séminaire.

J’ai toujours trouvé fascinant de collaborer avec des artistes, car je crois sincèrement qu’ils peuvent se rendre aux confins du débat public et de la conscience collective. Ils sont libres d’explorer des idées gênantes. Parfois, mon point de vue les aide à approfondir leur travail. Nos conversations sont particulièrement stimulantes et créatives, et je dirais même que ce type d’échange est capital pour moi.

Que voulez-vous dire au juste par « spéculation » et « anti-spéculation »?

Pour moi, les concepts de spéculation et de logement spéculatif se rapportent à la façon dont nous avons pris la terre, à ce que nous y avons bâti (des maisons, des magasins, etc.) et à la manière dont nous en avons fait un produit financier et un moyen de placement. Nous faisons ça de plus en plus vite. Tout le système s’articule autour de l’extraction de valeur privée de la terre et des unités d’habitation, afin que celles-ci puissent devenir des instruments de placement de plus en plus liquides et rien de plus. Telle est la logique de la spéculation.

L’anti-spéculation, c’est tout ce qui tente de prendre la terre, les logements et ce qui est construit sur la terre et de les rapprocher de nouveau de la façon dont nous les utilisons. Pas en tant que valeur d’échange, mais plutôt que de valeur liée au fait qu’il s’agit d’un endroit de vie, de rencontre, de passion et de travail : les éléments fondamentaux de la vie humaine et de la façon dont nous nouons des liens entre nous et avec d’autres espèces.

Voilà la grande distinction entre les logements spéculatifs et non spéculatifs.

Nous devons examiner de près la façon dont nous employons la terre à l’heure actuelle. Nous nous en servons comme mécanisme pour emmagasiner de la valeur. Les outils dont nous disposons à ce jour nous permettent seulement d’aborder cette valeur d’un point de vue individuel et exclusif. Avant d’être en mesure d’éliminer la notion de propriété privée, peut-être pourrions-nous penser à des mécanismes permettant de mieux redistribuer la valeur conservée dans la terre. Il existe une nouvelle génération d’outils numériques et de débats entourant ces questions, et j’en déduis que nous avons un moyen pour agir!

Que peuvent attendre les étudiants de ce séminaire?

Je travaille à la formulation de questions auxquelles, en toute honnêteté, je n’ai pas les réponses. Le but de ce cours est de nous faire aller ensemble dans des territoires peu familiers et de donner aux étudiantes et étudiants le sentiment qu’en tant qu’artistes, ils apportent une perspective sur ces sujets qui est absolument cruciale dans le débat.

Dans le cours, je souhaite explorer cinq systèmes : la propriété privée, le capitalisme résidentiel, l’urbanisme fiscal, un modèle de construction spéculative et les investissements étrangers. J’ai vraiment hâte parce que j’ai des intuitions au sujet de la façon dont nous pouvons rendre ces systèmes visibles et interagir avec eux d’une façon efficace, mais le programme reste très ouvert. Comment pouvons-nous amener les gens à comprendre les racines profondes de la propriété privée?

Comment pouvons-nous trouver des points d’entrée pour transcender ce type de point de vue sur l’embourgeoisement qui se fonde sur une mentalité du « nous contre eux »?

Considérez-vous que ce cours adopte une perspective décoloniale?

Oui, absolument. Au cours des derniers mois, alors que je travaillais de plus en plus avec des penseurs et des communautés autochtones, j’ai eu un gros déclic. Je pense que le fait de reconnaître la spéculation est une forme de réconciliation profonde, mais je ne suis pas experte en la matière. Cette idée est nouvelle pour moi et j’ai hâte de donner ce cours pour me familiariser davantage avec ce concept, et ce, en toute humilité, puisque je ne connais pas les réponses. Nous sommes dans cette situation à l’heure actuelle parce que notre lien à la terre est fondamentalement brisé. Nous avons besoin de retisser et de reconstruire de nouveaux types de relations avec la terre, et les perspectives autochtones peuvent nous indiquer de quelle manière nous y prendre.

Il s’agit d’une conversation très épineuse. Les gens qui possèdent déjà une maison peuvent penser « me rendre jusqu’ici a été si difficile, je veux que rien ne change! » Et je les comprends. C’est pourquoi les artistes ont un important rôle à jouer. Ils peuvent proposer de nouvelles formes de rapports avec la terre et les autres, s’intéresser à la structure de ces systèmes et se familiariser avec les craintes et les anxiétés qui y sont ancrées.

[Anti] Speculation-Excess and the City [PERC 498] est ouvert à tous les étudiants de l’Université Concordia. Les personnes intéressées peuvent s’y inscrire jusqu’au 20 janvier – un nombre de places limité est encore disponible. Renseignements : Perla.Muyal@concordia.ca.

Pour en savoir plus sur l’Office des règles et des normes, écrivez à fannie.gadouas@concordia.ca pour vous inscrire à la liste d’envoi.

What can students expect from the seminar?

I am working on crafting questions which I honestly don’t have the answers to. This class is about going together into unchartered territories and for students to feel that, as artists, they are bringing a perspective to these subjects that is absolutely crucial to the debate.

These are the five systems I want to explore with students: private property, residential capitalism, fiscal urbanism, a speculative building model, and foreign investment. I am really looking forward to this class because I have intuitions about how we can make these systems visible and interact with them in an effective manner but it’s really open. How do we get people to understand the deep roots of private property?

How can we find points of entry to get past this kind of oppositional view on gentrification of us versus them?

Would you say this course takes a decolonial perspective?

Yes, absolutely. In the past months, as I worked more and more with Indigenous thinkers and communities, something big opened for me. I think that coming to terms with speculation is a form of deep reconciliation, but I’m no expert in that. This is a new idea for me and I look forward to this class to further engage with that concept in a humble way, since I do not have the answers. We are in this situation right now because our relationship to land is fundamentally broken. We need to reweave and rebuild new types of relationships to land, and Indigenous perspectives can lead the way in terms of how we do that.

It is a very difficult conversation to have. People who already own homes might think, “it was already so difficult to get here in the first place, I don’t want anything to change!” And I get it. This is where artists are so relevant. They can bring new ways of relating to the earth, to each other, and they can get into the fabric of those systems and engage with all the fears and anxieties that are embedded in there.

[Anti] Speculation-Excess and the City [PERC 498] is open to all Concordia students. Interested students have until January 20 to register and limited spaces are still available. Email Perla.Muyal@concordia.ca for more information.

To find out more about the Office of Rules and Norms, sign up to its mailing list: Email fannie.gadouas@concordia.ca.

 



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